150e de la fédération canadienne : l’histoire au-delà des slogans et des formules creuses

, par Gilles Laporte

En 2017, le gouvernement fédéral entend consacrer des moyens importants pour promouvoir une certaine vision du Canada et de son histoire. Afin de donner aux Québécois accès à une vision plus équilibrée de l’histoire, le collectif L’Autre 150e entend offrir tout au long de l’année une perspective québécoise à certains événements essentiels pour saisir là où nous en sommes aujourd’hui.

Au nombre de 150, ces événements seront déclinés tout au long de l’année 2017, généralement lors de leur date anniversaire. Chacun de ces événements historiques mettra en lumière un aspect de la réalité subie par les Québécois et illustrant que le Québec a payé un prix élevé pour son adhésion à la fédération canadienne en 1867.

Bien entendu, les faits seront présentés tels quels de sorte que chacun pourra juger de leur portée ou approfondir ses connaissances grâce aux références qui seront à chaque fois fournies. Le but n’est donc pas de se transformer en «  rabat-joie  » ni encore moins de réinterpréter le passé, mais d’assurer une forme de vigilance au travers des divers récits du passé canadien qu’on nous proposera en 2017 et d’ainsi rencontrer le désir de nombreux Québécois pour une histoire qui ira plus loin que les slogans joviaux et les formules creuses.

Les 150 faits et événements que l’équipe d’historiens a retenus se déclinent en huit thèmes.

1. 1867, le ver est dans la pomme

Dès le départ l’adhésion du Québec à la fédération canadienne est loin de faire l’unanimité. Le Parti libéral notamment s’y oppose. Honoré Mercier et Wilfrid Laurier étaient contre.

Les faits réunis sous ce thème visent donc à montrer que la fédération canadienne est d’emblée née dans la controverse et frappée de certaines tares congénitales, dont la suprématie du niveau fédéral, de ses origines foncièrement antidémocratiques et du rôle de certains groupes de pression à l’origine même de la plupart des traits de la loi constitutionnelle de 1867.

2. Les coups de force du Canada

Une grande majorité des Québécois a néanmoins adhéré de bonne foi au nouveau régime. Leur «  rêve canadien  » allait cependant vite faire place au désenchantement. On parle ici de crises majeures qui ont à chaque fois ébranlé les bases mêmes du pacte confédéral : la pendaison de Louis Riel (1885), la crise de la conscription (1917), la loi des mesures de guerre (1970) ou l’isolement du Québec lors du bras de fer constitutionnel de 1981.

Ces coups de force ont laissé des cicatrices profondes dans notre histoire et demeurent essentiels pour comprendre où nous en sommes aujourd’hui. Si on compte célébrer 150 ans de fédération canadienne, on ne peut tout simplement pas les passer sous silence.

3. Un régime qui ne tient pas ses promesses

Encore aujourd’hui, les manuels scolaires perpétuent le terme de «  Confédération  » pour décrire le régime actuel. Or, la réalité politique montre plutôt que le principe de «  provinces  » cédant une partie de leur souveraineté à une autorité centrale n’a jamais eu de portée juridique et que la suprématie fédérale et l’uniformisation de la fédération canadienne se sont vite imposées. On a aussi promptement relégué au rang de mythe la notion de «  peuple fondateur  » avec laquelle on avait appâté le Québec.

Les faits historiques réunis sous ce thème feront la chronique de cette centralisation fédérale et de l’abaissement des pouvoirs du Québec.

4. Une francophonie canadienne malmenée

L’encre de la loi constitutionnelle de 1867 n’est pas encore sèche que les droits des Canadiens français vivant hors du Québec sont brutalement pris à parti. Au Nouveau-Brunswick, au Manitoba, puis en Ontario les écoles françaises ne sont plus financées quand elles ne sont pas carrément interdites. Dès leur fondation en 1905, l’Alberta et la Saskatchewan excluaient en pratique toute reconnaissance du français. Malgré la Loi sur les langues officielles, les rapports du Commissaire aux langues officielles montrent chaque année les reculs du français, tant dans l’administration fédérale que dans les foyers canadiens.

Les faits réunis sous ce thème seront l’occasion de saluer l’héroïsme des francophones d’Acadie, de l’Ontario et de l’Ouest. Il est cependant essentiel d’aussi montrer à quel point ils ont fait les frais de leur adhésion au rêve canadien.

5. Le Canada, handicap à la prospérité

Canada est loin de toujours rimer avec prospérité. Parlez-en par exemple à la Nouvelle-Écosse dont l’économie n’a jamais retrouvé son éclat d’avant son adhésion au Canada.

Les faits réunis sous ce thème visent à montrer que la fédération canadienne a peu contribué à la prospérité du Québec. Pire, les choix fédéraux traduisent généralement le désir de privilégier d’autres intérêts.

Ainsi, l’ambitieuse politique nationale menée à compter de 1879 par le gouvernement fédéral n’a nullement permis d’endiguer l’exode de centaines de milliers de Québécois fuyant la misère vers les États-Unis. En 1949, l’État fédéral confirmait que le Québec allait être privé de 400 000 kilomètres carrés du territoire québécois cédés à Terre-Neuve. À plusieurs reprises, les grandes orientations économiques de l’État canadien ont desservi l’économie québécoise : le pacte de l’auto, la ligne Borden, l’élargissement de la voie maritime. Même les aspirations sociales du Québec ont parfois été contrariées : on pense aux coupures drastiques en santé au milieu des années 1990 ou au refus du fédéral de défrayer sa juste part lors de la crise du verglas ou de la tragédie de Lac-Mégantic.

6. Le Québec innove  !

Or les Québécois ne sont pas restés passifs et ont su s’opposer aux poussées centralisatrices d’Ottawa ou quand l’impérialisme britannique souhaitait les voir combattre aux quatre coins de l’Empire ou durant les guerres mondiales. Le Québec a alors su tirer son épingle du jeu et prendre des initiatives originales pour contourner les forces puissantes visant à en faire une province comme les autres.

Les faits réunis sous ce thème recensent les meilleurs coups du Québec : l’essor du mouvement coopératif, la nationalisation de l’électricité, la mise en place du régime public de pensions, la Caisse de dépôt et placement, la représentation du Québec dans le monde ou l’adoption du français comme langue officielle commune.

7. Pas de leçons à recevoir  !

Le Canada se présente aujourd’hui comme un «  idéal moral  », ouvert, tolérant et accueillant. Le patriotisme québécois a ainsi servi de repoussoir aux trudeauistes pour faire du Canada un élève modèle. Or le Québec s’est parfois montré particulièrement ouvert aux minorités qui souhaitaient partager son territoire.

Les faits réunis sous ce thème visent par exemple à rappeler la reconnaissance des peuples autochtones par le gouvernement de René Lévesque en 1985.

Les Québécois n’ont donc pas de leçons à recevoir d’un Canada anglais qui a adopté la Loi sur les Indiens, stoppé l’entrée des Chinois une fois le chemin de fer terminé à la fin du 19e siècle, refoulé des Juifs aux frontières durant les années 1930, enfermé des Japonais et des Italiens durant la Seconde Guerre mondiale...

8. 150 ans de «  Quebec bashing  »...

Les aspirations des Canadiens français et leur volonté de s’émanciper ont parfois été regardées de haut. Passons sur les petites mesquineries politiciennes où sur le racisme ordinaire de certains chroniqueurs. Des déclarations issues de personnalités publiques ont parfois eu l’heur de ternir la réputation de tout un peuple. Ainsi en 1962, quand le président du Canadian national déclare qu’aucun Canadien français n’a assez de compétence pour siéger à son conseil d’administration  ; en 1970, quand des camions de la Brink’s simulent une fuite des capitaux en cas de victoire péquiste aux élections ou en 1976, quand Pierre Trudeau déclare devant le Congrès des États-Unis que la victoire des souverainistes serait un «  crime contre l’histoire de l’humanité  ».

Voilà donc la table mise pour ces 150 rendez-vous avec l’histoire  ; avec toute l’histoire. Question de rappeler que «  commémorer  » est d’abord une affaire de mémoire commune et que les malaises dans le Canada actuel tirent directement leur origine de cette mémoire difficile. En tout état de cause, il est essentiel de connaître l’origine de ces malaises si on veut les comprendre et si on souhaite un jour y remédier.

Pour suivre l’Autre 150e tout au long de l’année des commémorations du 150e de la fédération canadienne, cliquez ici .


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