31 OCTOBRE 2013 : Élection municipale 2013 - Lettre ouverte écrite par le président d’Héritage Montréal et par le directeur des politiques

, par Communications

Objet : Montréal 2013-2017 : Concordia Salus et les défis incontournables de la prochaine administration

Dans une semaine, le paysage politique de Montréal sera bien différent. Peu importe le résultat des urnes du scrutin du 3 novembre, on vivra un important changement de régime dont les effets se feront sentir dans les quartiers comme à l’échelle de la ville et de la région métropolitaine que présidera le Maire de Montréal.

Déjà, le temps d’une génération depuis la fin de l’ère Drapeau, nous avons vécu trois changements de régime, chacun avec sa façon d’aborder l’aménagement, le patrimoine et la place des citoyens. En 1986, Jean Doré modernisa Montréal avec un premier Plan d’urbanisme et des processus de consultation indépendants et démocratiques. En 1994, Pierre Bourque politisa ces processus et força l’intervention du gouvernement par un trop évident désintérêt pour l’urbanisme et le patrimoine. Élu Maire avec la réforme municipale des fusions / défusions, Gérald Tremblay réunit la société civile et l’administration montréalaise au Sommet de Montréal de 2002, mit en place des instances indépendantes – Office de consultation publique (OCPM) et Conseil du patrimoine. Mais, il accepta une gouvernance et un démantèlement du service d’urbanisme plus favorables à aux intérêts particuliers ou locaux qu’à une vue d’ensemble du développement urbain.

Dès le lendemain du vote, le premier défi de la future administration sera de gagner la confiance de la société montréalaise – citoyens, associations, institutions et bâtisseurs privés ou communautaires, le principal partenaire de la Ville face aux nombreux défis d’un développement urbain de qualité et d’une saine gestion du patrimoine et des avoirs de la cité.

Nous ne croyons pas qu’on puisse se payer encore le luxe de gaspiller la personnalité authentique de Montréal avec son paysage urbain marqué par le fleuve, la montagne ou encore ses quartiers vivants et diversifiés à échelle humaine, en tolérant un développement qui se satisfasse de quantité davantage que de qualité. Cela demande une politique intelligente pour imaginer et réaliser des projets publics, privés ou communautaires, sensibles aux préoccupations citoyennes. Outre les dimensions éthiques et financières et le besoin d’humaniser les procédures, on doit mieux intégrer créativité, consultation et collaboration au leadership comme aux processus décisionnels et ce, dans les quartiers, la ville et la région métropolitaine.

Le prochain mandat compte déjà plusieurs échéances incontournables qui commandent un leadership éclairé et mobilisateur, au-delà des concurrences partisanes. Par exemple, en 2014, le Plan d’urbanisme, véritable document stratégique et pacte social fondé sur une vision à long terme du développement urbain, doit être mis à jour. Le futur Plan sera-t-il inspiré et visionnaire comme ceux de 1992 et de 2004 ou platement technique ? Quelle sera la place de la consultation dans sa mise en œuvre ? Quel sera le lien avec le Plan de développement de Montréal qui vient de faire l’objet d’une consultation de l’OCPM et le Plan métropolitain avec son mécanisme de suivi élus-citoyens, l’agora métropolitaine prévue en 2015 ?

Aussi, en 2015 et en 2016, la désaffectation des bâtiments actuels du CHUM et du CUSM augmentera le défi d’avenir de ce patrimoine institutionnel, si distinctif de Montréal, de ses quartiers et de la montagne. Les cas sont nombreux qui illustrent l’ampleur du défi de cohérence et de planification – écoles patrimoniales promises à la démolition au nom de la santé publique ; l’ancien hôpital de la Miséricorde ou de l’église du Très-Saint-Nom de Jésus, tous deux à l’abandon ; épave en béton créée par l’action du CUSM avenue Cedar, dans le territoire protégé du mont Royal.

Comment se donnera-t-on le leadership et l’imagination nécessaires pour réunir la Ville, les commissions scolaires, le gouvernement du Québec, ses réseaux de la santé et de l’éducation, pour donner un avenir pertinent à ce patrimoine du domaine public ? Comment briser la culture du manque d’entretien et de planification, voire de la démolition, dans nos administrations publiques ? Comment éviter que les célébrations de 2017 ne soient ternies par le désolant spectacle de l’Hôtel-Dieu, du Royal Victoria, de la Miséricorde ou de tant d’écoles ou d’églises placardées et vandalisées faute d’un plan de réaffectation ?

La future administration montréalaise devra aussi nous mener à 2017, année du 375e de Montréal, 150e de la confédération et 50e d’Expo 67. Ce rendez-vous doit aller bien au-delà de l’événement. Il faut vite s’engager pour doter Montréal – son centre comme l’ensemble de ses quartiers, de legs durables dignes de sa personnalité authentique autant que de son titre de ville UNESCO de design, des legs dont les futurs Montréalais seront longtemps heureux. En 2017, il faudra augmenter notre mémoire collective des souvenirs mémorables de la fête mais surtout, enrichir notre patrimoine montréalais en conjuguant histoire, géographie, architecture et créativité au service du bien commun.

Tout cela exigera de la prochaine administration de la volonté et un talent sincère et manifeste pour mobiliser la société montréalaise, ses forces vives et son inventivité par des processus crédibles et inspirants. Après deux décennies de jeux de pouvoirs qui ont affaibli notre ville, les futurs élus auront le devoir de rétablir l’alliance entre les Montréalais et leur administration pour que Montréal puisse retrouver confiance. Pour sa part, Héritage Montréal répondra « présent ! » et invite les Montréalais à s’engager à réaliser la devise Concordia Salus dans un esprit non-partisan interrarrondissemental, pour faire grandir Montréal et sa citoyenneté.

Robert Turgeon, président d’Héritage Montréal
Dinu Bumbaru, directeur des politiques

À Montréal, le 30 octobre 2013

Voir en ligne : http://www.heritagemontreal.org/fr/...