50 ans après le décès de Conrad Poirier, des photographies toujours bien vivantes.

, par Instantanés

 

Il y a 50 ans, le 12 janvier 1968, le photographe montréalais Conrad Poirier décédait d’une crise cardiaque à Montréal-Ouest à l’âge de 55 ans.

 

Pionnier du photojournalisme au Québec et adepte de la « nouvelle vision », Conrad Poirier profite de l’évolution technologique des appareils photographiques durant l’entre-deux-guerres, plus légers et plus maniables, pour faire de la photographie sociale dès le milieu des années 1930. Il immortalise sur la pellicule 4×5 po de son Speed Graphic des scènes de la vie quotidienne des Montréalais, tantôt au milieu d’une foule célébrant la victoire des armées alliées en 1945, tantôt dans les manufactures d’ampoules ou dans un coin de la place d’Armes croquant le flot effréné de piétons se rendant sur leur lieu de travail à l’heure de pointe.

 

 

Snapshots. Conrad Poirier, 4 avril 1939. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P4306). Conrad Poirier.

 

 

Poirier s’intéresse également aux activités sportives et peaufine son style que l’on reconnait aux images où l’esthétique du corps et l’expression de la modernité du Québec sont privilégiées. Qu’il s’agisse de promenade de jeunes femmes en vélo, de scène de déménagement, de travaux de voirie ou de construction d’édifice, il dépeint le quotidien en mettant à l’avant-plan une représentation non composée de ses contemporains, fait rare pour l’époque.

 

 

Friends and Family. Conrad Poirier, Angus Davidson, 19 août 1935. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P532). Conrad Poirier.

 

 

On retrouve aussi Poirier en compagnie de Gabrielle Roy sur les traces de Bonheur d’occasion dans les rues de Saint-Henri ou dans les studios de C.B.C. avec Alys Robi et Tino Rossi.

 

 

Photographe à la pige et photographe officiel du Samedi, il vend ses photographies à différents journaux et revues de Montréal, notamment La Revue populaire, The Gazette, La Patrie ou encore La Presse. Adepte du scrapbooking, Poirier récolte et collectionne les articles de revues et journaux utilisant ses photographies. Il s’intéresse également à l’évolution des procédés et des techniques photographiques, cinématographiques et radiophoniques. Il réalise aussi des expérimentations dans le sous-sol de son domicile de la rue Ballantyne Nord. Certains de ses clichés nous laissent croire qu’il a pu embrasser une courte carrière de détective privé. Il réalise également des portraits et des photographies de fêtes d’enfants ou d’activités de groupe.

 

 

Bien après son décès, lorsque le fonds d’archives est cédé par le cinéaste et fondateur de la Cinémathèque québécoise, Guy Côté, à la Bibliothèque nationale du Québec, qui les transfère, en 1972, aux Archives nationales du Québec à Montréal, les œuvres de Poirier vont connaître une deuxième vie. Pour mettre en valeur le travail de Poirier, que certains historiens considèrent comme le photojournaliste québécois le plus prolifique de sa génération, les Archives nationales du Québec présentent trois expositions à la fin des années 1980 et réalisent deux catalogues illustrés de photographies tirées du fonds.

 

 

En raison de leur bon état de conservation et du souci manifeste de leur créateur pour leur classification, toutes les photographies ont pu être décrites à la pièce par les archivistes et les techniciens en documentation de BAnQ dans la base de données Pistard, permettant ainsi de repérer les images en quelques clics à l’aide de mots-clefs. Au début des années 2000, le fonds comprenant 22 921 négatifs a été numérisé dans son ensemble et son accès a ainsi été rendu plus aisé pour les chercheurs. Il est désormais possible de découvrir l’ensemble de ce fonds dans la base de données Pistard ou dans BAnQ numérique. On peut également consulter sur place, à BAnQ Vieux-Montréal, les recueils de coupures de presse rassemblées par Poirier, permettant de saisir le contexte d’utilisation des œuvres du photographe.

 

 

Depuis dix ans, on ne recense pas moins de 670 projets réalisés par des usagers de BAnQ utilisant des photographies de Conrad Poirier. Vous avez certainement déjà, sans même le savoir, posé les yeux sur une de ses photographies dans un ouvrage historique, un journal, une exposition ou, récemment, dans le cadre des célébrations du 375e anniversaire de Montréal au sein des projections du spectacle AVUDO sur les quais du Vieux-Port de Montréal. Il est possible aussi que vous ayez aperçu certains de ses clichés sur une des pages Facebook des nombreux groupes d’amateurs de photographies du passé.

 

 

Ce fonds iconographique est, à n’en pas douter, l’un des plus exceptionnels couvrant la région montréalaise pour la période 1930 à 1950. Selon la loi canadienne sur le droit d’auteur, l’ensemble de l’œuvre de Poirier appartiendra au domaine public à partir du 1er janvier 2019. L’utilisation majeure de ses clichés ne diminuera donc certainement pas. Il s’agit d’un bel hommage pour ce photographe somme toute peu reconnu de son vivant.

 

 

Old Photos. Conrad Poirier, vers 1914. BAnQ Vieux-Montréal (P48,S1,P957). Conrad Poirier.

 

 

Si vous souhaitez découvrir ce fonds et consulter l’ensemble des photographies de Conrad Poirier, rendez-vous sur BAnQ numérique.

 

 

Quelques recherches universitaires réalisées à propos de l’œuvre de Conrad Poirier :

 

– Martin Brault, dans le recueil Montréal au XXe siècle – Regards de photographes, paru en 1995, sous la direction de l’historien de la photographie Michel Lessard.

– Fanie Demeule, rapport de recherche Nude at Millar Studio : la série de nus féminins comme expérimentation du potentiel artistique de la photographie dans la collection du photoreporter Conrad Poirier, Groupe de de recherche Montréal culturel : 1895-1948, dirigé par Michel Lacroix, Chantal Savoie et Lucie Robert, Département d’Études littéraires, Université du Québec à Montréal, Automne 2014.

– Julie-Anne Godin-Laverdière, Montréal érotique : pin-up et imagerie de nus chez le photographe de presse Conrad Poirier, 1912-1968, Revue de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Numéro 5, 2013.

– Zoé Toussignant, La Revue populaire et Le Samedi – Objets de diffusion de la modernité photographique au Québec, 1935-1945, Revue de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Numéro 5, 2013.

 

 

Florian Daveau, Archiviste-coordonnateur – BAnQ Vieux-Montréal

 

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