Albert Poulin, premier Scout du Diocèse de Sherbrooke

, par Bilan du Siècle - Université de Sherbrooke


Au Révérend Père Adalbert Guillot, Curé de la paroisse 
de 1927 à 1933, à Albert Poulin, jeune étudiant au Séminaire 
de Sherbrooke, l’honneur et le mérite d’avoir fondé le Scoutisme 
non seulement au Perpétuel-Secours, mais encore dans tout le diocèse.



Ancien élève du Séminaire de Québec, le Père 
Guillot, très versé dans la sociologie et les mouvements d’apostolat, 
gardait envers la jeunesse une confiance illimitée. Quelques années 
plus tard, Bernanos écrira : « Quand la jeunesse se refroidit, 
c’est le monde entier qui claque des dents. »



Depuis peu adapté aux jeunes catholiques de la Province de Québec, 
le Scoutisme reçut tout de suite les bonnes grâces du Père 
Guillot, qui résolut de l’instaurer dans sa paroisse. Il eut l’oeil averti 
en discernant chez Albert Poulin, seize ans, le premier Scoutmestre. Albert 
ne connaissait pourtant rien du Scoutisme, rien du morse, rien des signes de 
piste, du sémaphore, de la combinaison des noeuds, de la batterie d’un 
camp, rien des totems et rien des sachems. Et cependant, il était déjà 
Scout à l’avance dans son coeur, accoutumé qu’il était 
à la loyauté personnelle et au don spontané de lui-même, 
vertus caractéristiques d’un Scout digne de son nom. Le Père Guillot 
savait qu’Albert méritait de porter avant des milliers d’autres la croix 
potencée de Jérusalem, la croix que les Croisés arboraient 
sur leurs étendards et écussons. Toujours bon et serein de visage, 
le Père Guillot avait donc prié Albert de donner corps et âme 
à son projet.



Dans un carnet de chef de patrouille, conservé par Alcide Beaucher comme 
une pièce à conviction, Alcide, le premier C.P. de la première 
troupe, on retrace les noms des jeunes garçons qui furent les premières 
recrues d’Albert : Léopold Fortier, Maurice Poulin et Maurice Vallée. 
Ils se réunirent le 24 juin 1931 dans le jardin du monastère sous 
la tente d’ombre d’un érable. Cette date est à retenir, car elle 
marque la toute première activité Scoute du diocèse. Ils 
se rassemblèrent une autre fois cherchant l’étoile qui guiderait 
leurs pas, avant que le Père Guillot, friand de revues, en feuilletant 
Le Semeur, l’organe de l’A.C.J.C., eût saisi au vol une nouvelle mirobolante 
pour la formation d’Albert. Imaginez que les Chefs Eclaireurs de Montréal 
organisaient un camp volant à l’intention expresse et exclusive des futurs 
chefs Scouts. Sur l’heure, le Père Guillot entra en communication avec 
le Père Maurice Beaulieu, S.J., Aumônier de la Troupe de l’Immaculée 
Conception de Montréal, et lui fit part de son désir de lui envoyer 
un jeune paroissien, appelé à devenir un chef de file dans le 
Scoutisme.



Partis de Montréal à la mi-juillet 1931, dix collégiens 
recrutés à partir de la classe de Belles-Lettres prenaient pacifiquement 
d’assaut villes après villes, villages après villages. Ils campaient 
le soir au bord des routes et décampaient au petit jour, des fourmis 
dans les jarrets. Le Père Beaulieu était l’aumônier du camp 
volant et Philippe Morel, Chef de la Troupe de l’Immaculée-Conception, 
frère de Guido Morel, Commissaire Provincial des Éclaireurs, agissait 
comme chef de camp. Albert Poulin les alla rejoindre à Granby et revint 
à pied à Sherbrooke avec cette bande de routiers.



En chemises kaki, culottes marine et chapeaux pointus, la caravane, sac au dos 
avec le fourniment des boussoles, des gamelles, des couteaux et des cordages, 
s’écroula finalement dans le jardin du monastère, repue de fatigue, 
comme une volée d’oies sauvages en migration.



Quelles devaient être les impressions de la communauté devant l’irruption 
de ces cow-boys si bien civilisés ? Elles furent profondes. Si d’aventure, 
nos chroniques domestiques empiètent sur la vie paroissiale, il faut 
y voir du sensationnel. Pas seulement le jardin, mais encore tous les confrères 
furent émoustillés du fracas des rengaines et de la flamme à 
pic des feux de camp





Les Scouts ont mis la flamme au bois résineux,

Écoutez chanter l’âme qui palpite en eux.



Béni soit le confrère qui a relaté dans le livre de nos 
chroniques, l’originelle histoire de notre Scoutisme. Ces chroniques valent 
leur pesant d’or. Voilà pourquoi, elles seront étalées, 
pour le bénéfice et l’intérêt de tous. Des commentaires 
appropriés accompagneront les citations des chroniques qui nous plongent 
dans la source première de notre scoutisme.



23 juillet 1931. « Arrivée des Chefs Éclaireurs conduits 
par l’Aumônier général, le R.P. Maurice Beaulieu, S.J. Ils 
installent leurs tentes dans le jardin et y passent trois jours. Sherbrooke 
est le terme de leur randonnée. Leur entraînement est jugé 
satisfaisant ; et, le soir de la veille du départ, à la lueur 
joyeuse des flambeaux a lieu l’impressionnante cérémonie de la 
promesse. »



Cette chronique permet de fixer au 25 juillet 1931 la promesse scoute d’Albert. 
Nos Scouts seront heureux d’apprendre que leur premier frère a prononcé 
sa promesse dans le jardin des Rédemptoristes en présence des 
responsables de la Troupe de l’Immaculée-Conception de Montréal, 
la souche du Scoutisme sherbrookois.



Un carnet de chef de patrouille dont il fut déjà question relate 
que, le 5 septembre 1931, Alcide Beaucher, André Vallée et Jean-Charles 
Vallée viennent s’ajouter aux recrues du 24 juin précédent. 
Alcide, le premier chef de patrouille, deviendra le bras droit d’Albert.



Impossible de découvrir un démenti dans l’intérêt 
que le chroniqueur du monastère porte au scoutisme. Il écrivait 
le 9 septembre 1931 : « Réunion hebdomadaire de notre équipe 
d’Éclaireurs. Cette équipe a été fondée dans 
notre paroisse, il y a deux mois, par le Père Recteur. Le Père 
Régent Marchand en est l’aumônier. Le chef de cette équipe 
est le fils de l’architecte Poulin de notre paroisse : Albert Poulin, jeune 
homme de 17 ans, étudiant au Petit Séminaire. 11 a fait son entrée 
cet été en prenant part à la randonnée des Chefs 
Éclaireurs Canadiens-Français à travers la Province sous 
la conduite du R.P. Maurice Beaulieu, Aumônier Général des 
Scouts du Canada. Albert Poulin est allé aussi faire un séjour 
de trois semaines au camp général des Éclaireurs à 
Sorel. Il est inscrit comme chef Éclaireur. Il a sous ses soins sept 
jeunes de 12 à 16 ans qu’il initie au Scoutisme. Leur réunion 
a lieu ici chaque semaine sous la surveillance du Père Marchand. »



Décidément, ce confrère chroniqueur est impayable. Ma foi 
 ! il s ?y connaît. Il n ?oublie rien. Et n ?a-t-on pas l ?impression qu ?il 
pourrait bien être le Père Marchand lui-même ? Comme il ressort 
de ce récit, Albert y est allé à grosses bouchées 
dans sa formation scoute. Il a littéralement passé ses vacances 
de 1931 à camper.



On parle d ?un local où se réunissaient les scouts. Où était 
ce local ? Nulle part ailleurs que dans la salle de la Villa Saint-Alphonse 
qui tenait lieu dans le temps de salle paroissiale.



En octobre 1931, Albert écrit quelques considérations dans le 
carnet du chef de patrouille à la page du résumé de l ?activité 
de ma patrouille : « Pas de lumière au local. Chants. Explications 
d ?examens. Jeux. Examens. Nous avons reçu nos costumes le 15 septembre. 
Nous sommes grandement retardés par les saluts du Très-Saint-Sacrement 
qui arrivent juste au milieu de chaque réunion. Cependant, nous faisons 
notre possible dans la préparation des examens d ?aspirants. Je commence 
à m ?apercevoir que mon meilleur est Alcide. Les deux, les trois Vallée 
ne marchent pas vite. Faut toujours pousser ça dans le dos pour avoir 
un peu. Le séminaire ne me laisse pratiquement pas assez de temps. »



Albert ne nage donc pas dans l ?eau de rose. Le métier de pionnier lui 
pèse lourdement sur le caractère, mais il est déjà 
galvanisé contre le découragement. Le Scoutisme ne nuira pas à 
ses études, puisqu ?il se classera premier au séminaire au baccalauréat 
de Rhétorique.



De nouveau le chroniqueur truffe son cahier de bonnes notes sur les activités 
scoutes. Voici ce qu ?il nous livre. Le 15 novembre 1931, des parcelles d ?or 
« Dans notre salle paroissiale a lieu cet après-midi l ?impressionnante 
cérémonie de la promesse des cinq premiers Éclaireurs Canadiens-Français 
de Sherbrooke. Ces jeunes de notre paroisse ont été formés 
par notre jeune chef Albert Poulin. Le représentant du chef général 
des Éclaireurs Canadiens-Français, M. Philippe Morel, est venu 
de Montréal en compagnie de 16 Éclaireurs. Ils ont rehaussé 
de leur présence, de leurs démonstrations, l ?éclat de la 
cérémonie et fraternisé avec leurs nouveaux frères.



Cette chronique mentionne cette cérémonie comme celle de la première 
promesse. Cette assertion est acceptable seulement dans le sens où les 
premiers scouts formés par Albert ont fait profession sur leur honneur 
de servir. Mais la première promesse scoute fut celle d ?Albert lui-même, 
le 25 juillet 1931, dans le jardin du monastère de concert avec dix autres 
collégiens, venus d ?un peu partout emboîter le pas dans le camp 
volant de formation.



Léopold Fortier, Maurice Poulin, Maurice Vallée, André 
Vallée et Alcide Beaucher étaient les cinq élus. Qu ?est-il 
advenu de Jean-Charles Vallée ? Il n ?a probablement pas prononcé 
sa promesse. Du moins, le carnet du C.P. n ?en parle point. D ?ailleurs, en janvier 
1932, il n ?est plus question dans le journal de bord de nos scouts de Maurice 
Vallée et de Jean-Charles Vallée.



La croix potencée que portent les scouts sur leur chapeau est de couleur 
rouge. Le rouge signifie qu ?un Scout doit être prêt à sauver 
les autres parfois même jusqu ?au sacrifice de son sang. Fait singulier 
et poignant, des cinq qui viennent de prononcer leur promesse, deux, Léopold 
Fortier et Maurice Poulin, trouveront une mort prématurée durant 
la Deuxième Grande Guerre. Léopold sera mortellement blessé 
sur le champ de bataille à Bretteville-sur-Laize, France, le 28 août 
1944. Et Maurice, Sergent-Major dans le 22e Régiment Royal, mourra accidentellement, 
en Angleterre, le 16 mars 1940.



Le noyautement de nouvelles recrues en 1932 :

En janvier, Lonia Rouillard ; en février, Paulin Charest et Gérard 
Lussier ; en mars, Guy Beauchesne ; en mai, Jacques Chartier, Guy Faucher et 
Richard Crépeau ; et en juin, Guy Donahue.



Un cauchemar à sept têtes :

L’égoïsme, la paresse et la fourberie dans une troupe sont pernicieux 
comme la peste. Ces défauts ne sont pourtant jamais chroniques chez un 
Scout, car ou bien il s’en corrige, ou bien il se retire de la troupe. Pour 
devenir Scout, il faut être, comme les chevaliers, je dirais, appelé 
à l’héroïsme. Dieu merci, parmi les premières recrues 
d’Albert, il s’est trouvé des candidats qui feront leur marque dans le 
Scoutisme.



Il s’est vu néanmoins des troupes abondamment lestées de vertus 
qui ont pourtant végété dans l’anémie. Le Scout 
vit dans un monde à lui, un monde qu’il se crée. Ce monde n’évolue 
pas au gré des vents. Seuls les habitués et les initiés, 
tels les chefs et les aumôniers, savent très bien combien il en 
coûte financièrement pour mettre en mouvement une troupe.



Albert était pressé d’argent pour l’organisation de son local 
et l’achat d’une batterie de camp. Comment un détachement de jeunes garçons 
pourraient-ils passer de quinze à vingt jours en pleine forêt sans 
être équipés contre toutes les intempéries ? Comment 
encore des parents consentiraient-ils au campement de leur garçonnet 
de douze ans, si l’organisation du camp n’était pour eux de tout repos 
 ? Mais avant que l’organisation soit de tout repos pour les parents, le chef, 
lui, a vu des cauchemars de toutes les couleurs à tenter l’achat des 
articles indispensables à sa batterie.



En 1932, Albert était encore à zéro dans l’inventaire d’un 
mobilier de troupe. Quels moyens mettra-t-il en oeuvre pour s’amasser quelque 
argent ? Il est débrouillard. Il a du cran et de la décision. Sa 
troupe vivra. Notre chroniqueur là-dessus encore a laissé des 
renseignements inédits. On est au 26 avril 1932 : « Il y a du théâtre... 
Chrétien. En effet, les jeunes garçons de la paroisse, ayant à 
leur tête le R.P. Marchand, organisent une petite séance en l’honneur 
du R.P. Recteur. D’abord la soirée commence par les exercices des Éclaireurs, 
car la réunion a aussi pour but de donner une idée pratique du 
Scoutisme. Sous le commandement du Chef Albert Poulin, les jeunes prient, chantent, 
font de la gymnastique, etc.



Puis, vient la comédie, Le Docteur Oscar, qui, elle aussi, nous a déridés. 
 »



Le 28 avril 1932, la communauté assiste à la deuxième représentation 
de cet ineffable Docteur Oscar.



Au livre des prônes, le Père Guillot avait bien dit que la première 
représentation accommoderait les enfants moyennant $ 0.10 par tête. 
La seconde conviait les grandes personnes et commandait une entrée de 
$ 0.35.



On avait commencé à exercer la comédie en décembre 
1931. Elle rapporta $ 80. Albert avait besoin de ce tremplin pour lancer ses 
gars dans la jungle d’un premier camp.



L’heure des défections :

L’année 1932 fut la plus dure à traverser. Pour manoeuvrer, le 
chef avait besoin de tous ses matelots. D’aucuns pourtant lâchèrent. 
Le code Scout leur pesait trop. Il y aurait eu sûrement motif à 
découragement, mais Albert s’agrippa fort, plus résolument à 
son gouvernail. Il ne laissa pas s’assoupir le bateau de ses espérances. 
En définitive, les transfuges ne firent qu’émonder le jeune arbre 
du Scoutisme sur le point de devenir très vigoureux.



Premier camp dans le jardin des Rédemptoristes :

C’est donc à l’heure des défections, au noeud de la crise, enhardi 
par le succès du Docteur Oscar, qu’Albert prit la résolution envers 
et contre tout de monter son premier camp sitôt qu’il aurait d’abord campé 
avec les Scouts de Montréal. Le chroniqueur fixe la date et détermine 
le lieu de ce camp : « Du 17 au 25 août 1932. Les Éclaireurs 
s’exercent dans notre jardin à la vie du camp. Le 24 août, la communauté 
assiste à la réception d’un nouvel Éclaireur, près 
des tentes à l’orée de la forêt. Ils nous donnent plusieurs 
exhibitions de leurs signaux et gestes. La prière du soir autour du feu 
termine la cérémonie. Nous gardons une bonne impression de nos 
Éclaireurs. »



Ce camp si près de la civilisation avait nécessité l’emprunt 
de deux tentes. On compte parmi les campeurs : Albert Poulin, Chef, Alcide Beaucher, 
C.P., Léopold Fortier, Maurice Poulin, Lonia Rouillard, Jacques Chartier, 
Richard Crépeau, et Guy Donahue.



Avènement du R.P. Élzéar de l’Étoile :

Le changement d’aumônier apparaît au registre des confirmations. 
Cette fois, c’est le Père Guillot lui-même qui écrit : « 
26 décembre 1932. Les Éclaireurs Canadiens-Français auront 
désormais leurs réunions hebdomadaires dans la maison des Syndicats 
Catholiques dont la salle supérieure a été mise gratuitement 
à leur disposition. Ils pourront se recruter plus facilement dans la 
ville. Ces Scouts ont été établis dans notre paroisse au 
printemps de 1931 et affiliés à la Fédération des 
Eclaireurs Canadiens-Français de Montréal. Ils suivent les règlements, 
manuels édités par les Pères Jésuites pour les E.C.F. 
Leur premier aumônier a été le Père Régent 
Marchand que le Père de l’Étoile a remplacé en mai 1932. 
S. Exc. Mgr A.-O. Gagnon. et le T.R.P. Provincial ont donné leur pleine 
approbation à cette oeuvre. »



Nos chroniques domestiques ne parleront plus désormais des Scouts. Pourquoi 
le Père Guillot a-t-il enlevé l’aumônerie des Scouts au 
Père Marchand ? Il semble bien que le Père Marchand estimait le 
recrutement des Scouts trop lent. Il pensa qu’il aurait plus de veine à 
fonder un clan de routiers. Il ruminait donc un plan jugé malhabile et 
téméraire par son Supérieur. Ce n’était pas le temps 
de brûler les étapes et d’embêter nos Scouts qui avaient 
déjà tant de mérites à leur crédit, particulièrement 
leur Chef.



Le Père de l’Étoile, devant le problème du recrutement, 
aura une autre politique. Son avènement fit choc. De tempérament 
ardent et tout d’une pièce, il prit tout de suite le boeuf par les cornes. 
Après avoir étudié les conditions du milieu, il débita 
crânement à Albert que la paroisse, trop peu populeuse, ne garantissait 
pas la survivance de sa troupe. Quand le boeuf a brouté l’herbe tout 
autour de son pieu d’attache, on le mène paître ailleurs. En décembre 
1932, les Scouts du Perpétuel-Secours partirent avec leur saint-crépin 
et trouvèrent asile au troisième étage de l’Édifice 
des Syndicats sur la rue Gordon.



Une fois installée au centre de la ville, la troupe Scoute regorgea vite 
de recrues des plus prometteuses. Au printemps de 1933, trois chefs de patrouille 
sont en action : Alcide Beaucher, Irénée Fortier et Jacques Chartier.



Le Père de l’Étoile s’en va à la J.O.C. :

La longue histoire de la J.O.C. de Sherbrooke laisse bien entendre que le Père 
de l’Étoile, réclamé à cor et à cri par plusieurs 
diocèses pour l’apostolat ouvrier, ne pouvait pas garder l’aumônerie 
des Scouts. Il les quitta à l’automne de 1933. Ce fut un autre problème 
pour Albert. Il ne fut pas long à communiquer son impasse à M. 
l’Abbé Origène Vel, l’ami des jeunes, qui entretint à son 
tour M. l’Abbé Ira Bourassa de la chose. « Je serai l’aumônier 
des Éclaireurs », repartit l’Abbé Bourassa. Or, comme son 
interlocuteur observait qu’il n’aurait jamais le temps de s’en occuper. « 
Tu seras mon assistant », de conclure l’Abbé Bourassa.



Et c’est de la sorte que l’Abbé Vel amorça sa carrière 
si longue et tellement fructueuse d’Aumônier des Scouts. Il demeurera 
dans les annales de notre Scoutisme diocésain l’un des grands patrons.



Premier camp régulier de 1934 :

En 1933, en mal d’argent, les Scouts ne montèrent pas de camp. Seulement, 
ils participèrent à plusieurs excursions en vue de perfectionner 
leur technique. Tantôt une excursion pour l’apprentissage de la cuisine. 
Tantôt une autre pour l’exercice du montage des tentes. Ici l’on marche 
à la conquête de l’histoire régionale. Là on bivouaque 
dans les séances d’études de la grande nature, à l’exemple 
du grand saint François. Mais le clou de leurs aventures en cet été 
fut l’ascension du Mont Orford.



A la fin de novembre 1933, la famille compte quatre patrouilles. Au point de 
vue effectif, c’est complet. L’été suivant, soit du 1er au 18 
juillet, 28 Scouts, alertes et gaillardets, s’en vont camper à la Pointe-Gervais 
sur un terrain appartenant à M. l’Abbé Émile Gervais. Ce 
premier camp régulier en bonne et due forme se range parmi les souvenirs 
les plus chers d’Albert. Enfin, il arrivait à bon port avec tous ses 
plus braves matelots après avoir manoeuvré pendant trois ans de 
peine et de misère.



En septembre 1934, Albert est forcé de prendre un repos qu’il n’a pas 
volé. Son assistant, Gérard Cambron, dont l’avenir mettra au grand 
jour toutes les ressources, le remplace. En juin de la même année, 
le chef reprend le gouvernail de sa troupe et vous monte un camp du tonnerre. 
En 1935, il est théologien au Grand Séminaire de Sherbrooke et, 
en 1936, à celui de Montréal.



En cette année du jubilé d’or, il fait bon d’ajouter au diadème 
de notre madone du Perpétuel-Secours la croix des Scouts




O Croix des Scouts, croix glorieuse,

Croix des héros des anciens jours, A

l’âme haute et généreuse, Tu resteras

chère toujours.



Grâce à l’initiative et à la détermination du Père 
Guillot et d’Albert Poulin, le Scoutisme s’établissait ici quatre ans 
seulement après celui de Montréal. Le bosquet du monastère, 
trente-deux ans passés, avant les grands bois des Cantons de l’Est, a 
retenti d’un écho de chevalerie : Notre Dame... Victoires.


Au Révérend Père Adalbert Guillot, Curé de la paroisse 
de 1927 à 1933, à Albert Poulin, jeune étudiant au Séminaire 
de Sherbrooke, l’honneur et le mérite d’avoir fondé le Scoutisme 
non seulement au Perpétuel-Secours, mais encore dans tout le diocèse.



Ancien élève du Séminaire de Québec, le Père 
Guillot, très versé dans la sociologie et les mouvements d’apostolat, 
gardait envers la jeunesse une confiance illimitée. Quelques années 
plus tard, Bernanos écrira : « Quand la jeunesse se refroidit, 
c’est le monde entier qui claque des dents. »



Depuis peu adapté aux jeunes catholiques de la Province de Québec, 
le Scoutisme reçut tout de suite les bonnes grâces du Père 
Guillot, qui résolut de l’instaurer dans sa paroisse. Il eut l’oeil averti 
en discernant chez Albert Poulin, seize ans, le premier Scoutmestre. Albert 
ne connaissait pourtant rien du Scoutisme, rien du morse, rien des signes de 
piste, du sémaphore, de la combinaison des noeuds, de la batterie d’un 
camp, rien des totems et rien des sachems. Et cependant, il était déjà 
Scout à l’avance dans son coeur, accoutumé qu’il était 
à la loyauté personnelle et au don spontané de lui-même, 
vertus caractéristiques d’un Scout digne de son nom. Le Père Guillot 
savait qu’Albert méritait de porter avant des milliers d’autres la croix 
potencée de Jérusalem, la croix que les Croisés arboraient 
sur leurs étendards et écussons. Toujours bon et serein de visage, 
le Père Guillot avait donc prié Albert de donner corps et âme 
à son projet.



Dans un carnet de chef de patrouille, conservé par Alcide Beaucher comme 
une pièce à conviction, Alcide, le premier C.P. de la première 
troupe, on retrace les noms des jeunes garçons qui furent les premières 
recrues d’Albert : Léopold Fortier, Maurice Poulin et Maurice Vallée. 
Ils se réunirent le 24 juin 1931 dans le jardin du monastère sous 
la tente d’ombre d’un érable. Cette date est à retenir, car elle 
marque la toute première activité Scoute du diocèse. Ils 
se rassemblèrent une autre fois cherchant l’étoile qui guiderait 
leurs pas, avant que le Père Guillot, friand de revues, en feuilletant 
Le Semeur, l’organe de l’A.C.J.C., eût saisi au vol une nouvelle mirobolante 
pour la formation d’Albert. Imaginez que les Chefs Eclaireurs de Montréal 
organisaient un camp volant à l’intention expresse et exclusive des futurs 
chefs Scouts. Sur l’heure, le Père Guillot entra en communication avec 
le Père Maurice Beaulieu, S.J., Aumônier de la Troupe de l’Immaculée 
Conception de Montréal, et lui fit part de son désir de lui envoyer 
un jeune paroissien, appelé à devenir un chef de file dans le 
Scoutisme.



Partis de Montréal à la mi-juillet 1931, dix collégiens 
recrutés à partir de la classe de Belles-Lettres prenaient pacifiquement 
d’assaut villes après villes, villages après villages. Ils campaient 
le soir au bord des routes et décampaient au petit jour, des fourmis 
dans les jarrets. Le Père Beaulieu était l’aumônier du camp 
volant et Philippe Morel, Chef de la Troupe de l’Immaculée-Conception, 
frère de Guido Morel, Commissaire Provincial des Éclaireurs, agissait 
comme chef de camp. Albert Poulin les alla rejoindre à Granby et revint 
à pied à Sherbrooke avec cette bande de routiers.



En chemises kaki, culottes marine et chapeaux pointus, la caravane, sac au dos 
avec le fourniment des boussoles, des gamelles, des couteaux et des cordages, 
s’écroula finalement dans le jardin du monastère, repue de fatigue, 
comme une volée d’oies sauvages en migration.



Quelles devaient être les impressions de la communauté devant l’irruption 
de ces cow-boys si bien civilisés ? Elles furent profondes. Si d’aventure, 
nos chroniques domestiques empiètent sur la vie paroissiale, il faut 
y voir du sensationnel. Pas seulement le jardin, mais encore tous les confrères 
furent émoustillés du fracas des rengaines et de la flamme à 
pic des feux de camp





Les Scouts ont mis la flamme au bois résineux,

Écoutez chanter l’âme qui palpite en eux.



Béni soit le confrère qui a relaté dans le livre de nos 
chroniques, l’originelle histoire de notre Scoutisme. Ces chroniques valent 
leur pesant d’or. Voilà pourquoi, elles seront étalées, 
pour le bénéfice et l’intérêt de tous. Des commentaires 
appropriés accompagneront les citations des chroniques qui nous plongent 
dans la source première de notre scoutisme.



23 juillet 1931. « Arrivée des Chefs Éclaireurs conduits 
par l’Aumônier général, le R.P. Maurice Beaulieu, S.J. Ils 
installent leurs tentes dans le jardin et y passent trois jours. Sherbrooke 
est le terme de leur randonnée. Leur entraînement est jugé 
satisfaisant ; et, le soir de la veille du départ, à la lueur 
joyeuse des flambeaux a lieu l’impressionnante cérémonie de la 
promesse. »



Cette chronique permet de fixer au 25 juillet 1931 la promesse scoute d’Albert. 
Nos Scouts seront heureux d’apprendre que leur premier frère a prononcé 
sa promesse dans le jardin des Rédemptoristes en présence des 
responsables de la Troupe de l’Immaculée-Conception de Montréal, 
la souche du Scoutisme sherbrookois.



Un carnet de chef de patrouille dont il fut déjà question relate 
que, le 5 septembre 1931, Alcide Beaucher, André Vallée et Jean-Charles 
Vallée viennent s’ajouter aux recrues du 24 juin précédent. 
Alcide, le premier chef de patrouille, deviendra le bras droit d’Albert.



Impossible de découvrir un démenti dans l’intérêt 
que le chroniqueur du monastère porte au scoutisme. Il écrivait 
le 9 septembre 1931 : « Réunion hebdomadaire de notre équipe 
d’Éclaireurs. Cette équipe a été fondée dans 
notre paroisse, il y a deux mois, par le Père Recteur. Le Père 
Régent Marchand en est l’aumônier. Le chef de cette équipe 
est le fils de l’architecte Poulin de notre paroisse : Albert Poulin, jeune 
homme de 17 ans, étudiant au Petit Séminaire. 11 a fait son entrée 
cet été en prenant part à la randonnée des Chefs 
Éclaireurs Canadiens-Français à travers la Province sous 
la conduite du R.P. Maurice Beaulieu, Aumônier Général des 
Scouts du Canada. Albert Poulin est allé aussi faire un séjour 
de trois semaines au camp général des Éclaireurs à 
Sorel. Il est inscrit comme chef Éclaireur. Il a sous ses soins sept 
jeunes de 12 à 16 ans qu’il initie au Scoutisme. Leur réunion 
a lieu ici chaque semaine sous la surveillance du Père Marchand. »



Décidément, ce confrère chroniqueur est impayable. Ma foi 
 ! il s ?y connaît. Il n ?oublie rien. Et n ?a-t-on pas l ?impression qu ?il 
pourrait bien être le Père Marchand lui-même ? Comme il ressort 
de ce récit, Albert y est allé à grosses bouchées 
dans sa formation scoute. Il a littéralement passé ses vacances 
de 1931 à camper.



On parle d ?un local où se réunissaient les scouts. Où était 
ce local ? Nulle part ailleurs que dans la salle de la Villa Saint-Alphonse 
qui tenait lieu dans le temps de salle paroissiale.



En octobre 1931, Albert écrit quelques considérations dans le 
carnet du chef de patrouille à la page du résumé de l ?activité 
de ma patrouille : « Pas de lumière au local. Chants. Explications 
d ?examens. Jeux. Examens. Nous avons reçu nos costumes le 15 septembre. 
Nous sommes grandement retardés par les saluts du Très-Saint-Sacrement 
qui arrivent juste au milieu de chaque réunion. Cependant, nous faisons 
notre possible dans la préparation des examens d ?aspirants. Je commence 
à m ?apercevoir que mon meilleur est Alcide. Les deux, les trois Vallée 
ne marchent pas vite. Faut toujours pousser ça dans le dos pour avoir 
un peu. Le séminaire ne me laisse pratiquement pas assez de temps. »



Albert ne nage donc pas dans l ?eau de rose. Le métier de pionnier lui 
pèse lourdement sur le caractère, mais il est déjà 
galvanisé contre le découragement. Le Scoutisme ne nuira pas à 
ses études, puisqu ?il se classera premier au séminaire au baccalauréat 
de Rhétorique.



De nouveau le chroniqueur truffe son cahier de bonnes notes sur les activités 
scoutes. Voici ce qu ?il nous livre. Le 15 novembre 1931, des parcelles d ?or 
« Dans notre salle paroissiale a lieu cet après-midi l ?impressionnante 
cérémonie de la promesse des cinq premiers Éclaireurs Canadiens-Français 
de Sherbrooke. Ces jeunes de notre paroisse ont été formés 
par notre jeune chef Albert Poulin. Le représentant du chef général 
des Éclaireurs Canadiens-Français, M. Philippe Morel, est venu 
de Montréal en compagnie de 16 Éclaireurs. Ils ont rehaussé 
de leur présence, de leurs démonstrations, l ?éclat de la 
cérémonie et fraternisé avec leurs nouveaux frères.



Cette chronique mentionne cette cérémonie comme celle de la première 
promesse. Cette assertion est acceptable seulement dans le sens où les 
premiers scouts formés par Albert ont fait profession sur leur honneur 
de servir. Mais la première promesse scoute fut celle d ?Albert lui-même, 
le 25 juillet 1931, dans le jardin du monastère de concert avec dix autres 
collégiens, venus d ?un peu partout emboîter le pas dans le camp 
volant de formation.



Léopold Fortier, Maurice Poulin, Maurice Vallée, André 
Vallée et Alcide Beaucher étaient les cinq élus. Qu ?est-il 
advenu de Jean-Charles Vallée ? Il n ?a probablement pas prononcé 
sa promesse. Du moins, le carnet du C.P. n ?en parle point. D ?ailleurs, en janvier 
1932, il n ?est plus question dans le journal de bord de nos scouts de Maurice 
Vallée et de Jean-Charles Vallée.



La croix potencée que portent les scouts sur leur chapeau est de couleur 
rouge. Le rouge signifie qu ?un Scout doit être prêt à sauver 
les autres parfois même jusqu ?au sacrifice de son sang. Fait singulier 
et poignant, des cinq qui viennent de prononcer leur promesse, deux, Léopold 
Fortier et Maurice Poulin, trouveront une mort prématurée durant 
la Deuxième Grande Guerre. Léopold sera mortellement blessé 
sur le champ de bataille à Bretteville-sur-Laize, France, le 28 août 
1944. Et Maurice, Sergent-Major dans le 22e Régiment Royal, mourra accidentellement, 
en Angleterre, le 16 mars 1940.



Le noyautement de nouvelles recrues en 1932 :

En janvier, Lonia Rouillard ; en février, Paulin Charest et Gérard 
Lussier ; en mars, Guy Beauchesne ; en mai, Jacques Chartier, Guy Faucher et 
Richard Crépeau ; et en juin, Guy Donahue.



Un cauchemar à sept têtes :

L’égoïsme, la paresse et la fourberie dans une troupe sont pernicieux 
comme la peste. Ces défauts ne sont pourtant jamais chroniques chez un 
Scout, car ou bien il s’en corrige, ou bien il se retire de la troupe. Pour 
devenir Scout, il faut être, comme les chevaliers, je dirais, appelé 
à l’héroïsme. Dieu merci, parmi les premières recrues 
d’Albert, il s’est trouvé des candidats qui feront leur marque dans le 
Scoutisme.



Il s’est vu néanmoins des troupes abondamment lestées de vertus 
qui ont pourtant végété dans l’anémie. Le Scout 
vit dans un monde à lui, un monde qu’il se crée. Ce monde n’évolue 
pas au gré des vents. Seuls les habitués et les initiés, 
tels les chefs et les aumôniers, savent très bien combien il en 
coûte financièrement pour mettre en mouvement une troupe.



Albert était pressé d’argent pour l’organisation de son local 
et l’achat d’une batterie de camp. Comment un détachement de jeunes garçons 
pourraient-ils passer de quinze à vingt jours en pleine forêt sans 
être équipés contre toutes les intempéries ? Comment 
encore des parents consentiraient-ils au campement de leur garçonnet 
de douze ans, si l’organisation du camp n’était pour eux de tout repos 
 ? Mais avant que l’organisation soit de tout repos pour les parents, le chef, 
lui, a vu des cauchemars de toutes les couleurs à tenter l’achat des 
articles indispensables à sa batterie.



En 1932, Albert était encore à zéro dans l’inventaire d’un 
mobilier de troupe. Quels moyens mettra-t-il en oeuvre pour s’amasser quelque 
argent ? Il est débrouillard. Il a du cran et de la décision. Sa 
troupe vivra. Notre chroniqueur là-dessus encore a laissé des 
renseignements inédits. On est au 26 avril 1932 : « Il y a du théâtre... 
Chrétien. En effet, les jeunes garçons de la paroisse, ayant à 
leur tête le R.P. Marchand, organisent une petite séance en l’honneur 
du R.P. Recteur. D’abord la soirée commence par les exercices des Éclaireurs, 
car la réunion a aussi pour but de donner une idée pratique du 
Scoutisme. Sous le commandement du Chef Albert Poulin, les jeunes prient, chantent, 
font de la gymnastique, etc.



Puis, vient la comédie, Le Docteur Oscar, qui, elle aussi, nous a déridés. 
 »



Le 28 avril 1932, la communauté assiste à la deuxième représentation 
de cet ineffable Docteur Oscar.



Au livre des prônes, le Père Guillot avait bien dit que la première 
représentation accommoderait les enfants moyennant $ 0.10 par tête. 
La seconde conviait les grandes personnes et commandait une entrée de 
$ 0.35.



On avait commencé à exercer la comédie en décembre 
1931. Elle rapporta $ 80. Albert avait besoin de ce tremplin pour lancer ses 
gars dans la jungle d’un premier camp.



L’heure des défections :

L’année 1932 fut la plus dure à traverser. Pour manoeuvrer, le 
chef avait besoin de tous ses matelots. D’aucuns pourtant lâchèrent. 
Le code Scout leur pesait trop. Il y aurait eu sûrement motif à 
découragement, mais Albert s’agrippa fort, plus résolument à 
son gouvernail. Il ne laissa pas s’assoupir le bateau de ses espérances. 
En définitive, les transfuges ne firent qu’émonder le jeune arbre 
du Scoutisme sur le point de devenir très vigoureux.



Premier camp dans le jardin des Rédemptoristes :

C’est donc à l’heure des défections, au noeud de la crise, enhardi 
par le succès du Docteur Oscar, qu’Albert prit la résolution envers 
et contre tout de monter son premier camp sitôt qu’il aurait d’abord campé 
avec les Scouts de Montréal. Le chroniqueur fixe la date et détermine 
le lieu de ce camp : « Du 17 au 25 août 1932. Les Éclaireurs 
s’exercent dans notre jardin à la vie du camp. Le 24 août, la communauté 
assiste à la réception d’un nouvel Éclaireur, près 
des tentes à l’orée de la forêt. Ils nous donnent plusieurs 
exhibitions de leurs signaux et gestes. La prière du soir autour du feu 
termine la cérémonie. Nous gardons une bonne impression de nos 
Éclaireurs. »



Ce camp si près de la civilisation avait nécessité l’emprunt 
de deux tentes. On compte parmi les campeurs : Albert Poulin, Chef, Alcide Beaucher, 
C.P., Léopold Fortier, Maurice Poulin, Lonia Rouillard, Jacques Chartier, 
Richard Crépeau, et Guy Donahue.



Avènement du R.P. Élzéar de l’Étoile :

Le changement d’aumônier apparaît au registre des confirmations. 
Cette fois, c’est le Père Guillot lui-même qui écrit : « 
26 décembre 1932. Les Éclaireurs Canadiens-Français auront 
désormais leurs réunions hebdomadaires dans la maison des Syndicats 
Catholiques dont la salle supérieure a été mise gratuitement 
à leur disposition. Ils pourront se recruter plus facilement dans la 
ville. Ces Scouts ont été établis dans notre paroisse au 
printemps de 1931 et affiliés à la Fédération des 
Eclaireurs Canadiens-Français de Montréal. Ils suivent les règlements, 
manuels édités par les Pères Jésuites pour les E.C.F. 
Leur premier aumônier a été le Père Régent 
Marchand que le Père de l’Étoile a remplacé en mai 1932. 
S. Exc. Mgr A.-O. Gagnon. et le T.R.P. Provincial ont donné leur pleine 
approbation à cette oeuvre. »



Nos chroniques domestiques ne parleront plus désormais des Scouts. Pourquoi 
le Père Guillot a-t-il enlevé l’aumônerie des Scouts au 
Père Marchand ? Il semble bien que le Père Marchand estimait le 
recrutement des Scouts trop lent. Il pensa qu’il aurait plus de veine à 
fonder un clan de routiers. Il ruminait donc un plan jugé malhabile et 
téméraire par son Supérieur. Ce n’était pas le temps 
de brûler les étapes et d’embêter nos Scouts qui avaient 
déjà tant de mérites à leur crédit, particulièrement 
leur Chef.



Le Père de l’Étoile, devant le problème du recrutement, 
aura une autre politique. Son avènement fit choc. De tempérament 
ardent et tout d’une pièce, il prit tout de suite le boeuf par les cornes. 
Après avoir étudié les conditions du milieu, il débita 
crânement à Albert que la paroisse, trop peu populeuse, ne garantissait 
pas la survivance de sa troupe. Quand le boeuf a brouté l’herbe tout 
autour de son pieu d’attache, on le mène paître ailleurs. En décembre 
1932, les Scouts du Perpétuel-Secours partirent avec leur saint-crépin 
et trouvèrent asile au troisième étage de l’Édifice 
des Syndicats sur la rue Gordon.



Une fois installée au centre de la ville, la troupe Scoute regorgea vite 
de recrues des plus prometteuses. Au printemps de 1933, trois chefs de patrouille 
sont en action : Alcide Beaucher, Irénée Fortier et Jacques Chartier.



Le Père de l’Étoile s’en va à la J.O.C. :

La longue histoire de la J.O.C. de Sherbrooke laisse bien entendre que le Père 
de l’Étoile, réclamé à cor et à cri par plusieurs 
diocèses pour l’apostolat ouvrier, ne pouvait pas garder l’aumônerie 
des Scouts. Il les quitta à l’automne de 1933. Ce fut un autre problème 
pour Albert. Il ne fut pas long à communiquer son impasse à M. 
l’Abbé Origène Vel, l’ami des jeunes, qui entretint à son 
tour M. l’Abbé Ira Bourassa de la chose. « Je serai l’aumônier 
des Éclaireurs », repartit l’Abbé Bourassa. Or, comme son 
interlocuteur observait qu’il n’aurait jamais le temps de s’en occuper. « 
Tu seras mon assistant », de conclure l’Abbé Bourassa.



Et c’est de la sorte que l’Abbé Vel amorça sa carrière 
si longue et tellement fructueuse d’Aumônier des Scouts. Il demeurera 
dans les annales de notre Scoutisme diocésain l’un des grands patrons.



Premier camp régulier de 1934 :

En 1933, en mal d’argent, les Scouts ne montèrent pas de camp. Seulement, 
ils participèrent à plusieurs excursions en vue de perfectionner 
leur technique. Tantôt une excursion pour l’apprentissage de la cuisine. 
Tantôt une autre pour l’exercice du montage des tentes. Ici l’on marche 
à la conquête de l’histoire régionale. Là on bivouaque 
dans les séances d’études de la grande nature, à l’exemple 
du grand saint François. Mais le clou de leurs aventures en cet été 
fut l’ascension du Mont Orford.



A la fin de novembre 1933, la famille compte quatre patrouilles. Au point de 
vue effectif, c’est complet. L’été suivant, soit du 1er au 18 
juillet, 28 Scouts, alertes et gaillardets, s’en vont camper à la Pointe-Gervais 
sur un terrain appartenant à M. l’Abbé Émile Gervais. Ce 
premier camp régulier en bonne et due forme se range parmi les souvenirs 
les plus chers d’Albert. Enfin, il arrivait à bon port avec tous ses 
plus braves matelots après avoir manoeuvré pendant trois ans de 
peine et de misère.



En septembre 1934, Albert est forcé de prendre un repos qu’il n’a pas 
volé. Son assistant, Gérard Cambron, dont l’avenir mettra au grand 
jour toutes les ressources, le remplace. En juin de la même année, 
le chef reprend le gouvernail de sa troupe et vous monte un camp du tonnerre. 
En 1935, il est théologien au Grand Séminaire de Sherbrooke et, 
en 1936, à celui de Montréal.



En cette année du jubilé d’or, il fait bon d’ajouter au diadème 
de notre madone du Perpétuel-Secours la croix des Scouts




O Croix des Scouts, croix glorieuse,

Croix des héros des anciens jours, A

l’âme haute et généreuse, Tu resteras

chère toujours.



Grâce à l’initiative et à la détermination du Père 
Guillot et d’Albert Poulin, le Scoutisme s’établissait ici quatre ans 
seulement après celui de Montréal. Le bosquet du monastère, 
trente-deux ans passés, avant les grands bois des Cantons de l’Est, a 
retenti d’un écho de chevalerie : Notre Dame... Victoires.

Source : Gérard Tremblay, jr, C.Ss. R. ?Notre-Dame du Perpétuel-Secours ? Pages d ?histoire sur la maison et la paroisse ?. Éditions Paulines, Sherbrooke 1966.

Voir en ligne : http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/p...