Annie MacDonald Langstaff – Courage et détermination

, par Instantanés

Parmi les dossiers de Cour conservés à BAnQ Vieux-Montréal, on retrouve le cas peu commun d’Annie MacDonald Langstaff, qui fit appel à la justice afin d’obtenir le droit de passer les examens d’admission du Barreau du Québec en juillet 1914 (TP11, S2, SS2, SSS42, 1914, dossier 528). Née en Ontario le 6 juin 1887, elle épouse Samuel Gilbert Langstaff en 1904. Après avoir donné naissance à une fille, le couple se sépare en 1906 et Annie déménage à Montréal l’année suivante.

 

En 1911, alors qu’elle travaille comme sténographe dans le cabinet de Samuel W. Jacobs (Jacobs, Hall, Couture & Fitch), Annie entame des études en droit à l’Université McGill. Trois ans plus tard, elle devient la première femme diplômée en droit au Québec, se démarquant au passage par l’obtention d’honneurs individuels.

 

Malgré ses excellentes notes, le Barreau, après lui avoir accordé une courte entrevue, refuse de lui laisser passer les examens sous prétexte qu’elle est une femme et qu’elle n’a pas la permission écrite de son mari. Ce dernier a quitté le Canada et son adresse est inconnue. Il est donc impossible pour la jeune femme d’obtenir son autorisation. Soutenue par son employeur, elle soumet une demande à la Cour supérieure en janvier 1915 afin d’obtenir un mandamus qui obligerait le Barreau du Québec à lui octroyer le droit de passer les examens. L’affaire fait grand bruit. Le jugement tombe le 12 février 1915 : la Cour donne raison au Barreau. Selon le juge Henri-Césaire Saint-Pierre, qui préside ce jour-là, une femme, surtout une femme mariée, ne peut être admise à la profession d’avocat en raison de son sexe. D’une part, la place de la femme en société est au foyer où, en respect des lois de la nature, elle doit tenir le rôle d’épouse aimante. D’autre part, le juge souligne que certains sujets abordés en cour (sodomie, inceste, viol, grossesse, avortement, divorce, etc.) ne pourraient être débattus par une femme sans constituer une « violation de l’ordre public, des lois de la morale et de la décence. »

 

 

Henri-Césaire Saint-Pierre [vers 1900], BAnQ Québec. (P560,S2,D1,P1181). Photographe : Livernois.

 

Devant ce refus, Annie MacDonald Langstaff persiste et fait porter le jugement en appel. Celui-ci est rejeté le 2 novembre 1915. La décision de la Cour se base sur le principe selon lequel les femmes « ont toujours été exclues de cette profession » et « qu’aucun changement dans la loi n’a été fait en ce sens jusqu’à maintenant au Québec. »

 

Extrait du jugement du 12 février 1915, dossier 528, Cour supérieure, Greffe de Montréal, BAnQ Vieux-Montréal (TP11,S2,SS2,SSS42).

 

 

Au cours des années suivantes, Annie Langstaff deviendra représentante parajuridique et continuera à lutter pour que les générations futures puissent accéder à la profession d’avocat. Ce n’est finalement qu’en 1942 qu’une première femme, Elisabeth C. Monk, y parviendra.

 

Dominique Bergeron, agente de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

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