C’est si merveilleux la propreté !

, par Instantanés

Lorsqu’un soldat était évacué du front après avoir contracté la fièvre des tranchées (maladie transmise par les poux, qui proliféraient dans les tranchées à cause des conditions d’hygiène déplorables), il était envoyé, dans la plupart des cas, à l’hôpital de Boulogne pour y être soigné. C’est au début de juin 1917 que le major Olivar Asselin écrit à son fils Jean, pour lui parler notamment de son séjour à l’hôpital en France, de son retour éventuel en Angleterre, de sa joie d’être de nouveau dans un environnement propre et des denrées alimentaires de l’armée britannique.

 

« Je suis encore, comme tu le vois, à l’hôpital no 14, à Boulogne. Je ne suis plus malade, mais les médecins, gens prudents, m’ont jusqu’ici gardé au lit. […] C’était la première fois depuis mon arrivée au front que je dormais dans des beaux draps blancs, sous des couvertures propres, et loin des poux. Quant même je n’aurais pas été malade, j’aurais été tenté de rester au lit. Pyjamas propres, chaussettes propres, mouchoir propre : te figures-tu tout ce que cela veut dire de bien-être, quand on couche depuis des mois dans ses sous-vêtements infestés de bibites, et qu’on est pendant des mois resté jusqu’à dix jours sans se déchausser ? C’était la première fois aussi que je mangeais de bon cœur. Le régime alimentaire de l’armée britannique n’est pas mauvais en soi ; je veux dire que c’est à peu près le seul qui soit possible dans les circonstances. Mais il a deux graves défauts qui sont, premièrement, que les Anglais ne savent pas faire cuire le pain, et les Anglais du peuple moins encore que tous les autres, ce qui veut dire que, pour un civilisé, le pain de l’armée* [Note dans la bordure : *vrai mastic,] n’est pas mangeable ; deuxièmement, que les viandes sont invariablement rôties, et rôties au saindoux, au suif, ou bien à la margarine — ce qui est tout simplement ignoble. Depuis des mois, à ces défauts il s’en ajoute un troisième, qui est l’absence presque complète de légumes, notamment de pommes de terre. Pendant près de trois mois nous avons eu des pommes de terre une dizaine de fois, et d’une espèce que, dans cette partie de la France, on donne généralement aux porcs et au bétail, et qui accommodées au saindoux, au suif, à la margarine, ferait lever le cœur à un Zoulou. En fait du lait, rien que du concentré. Tu me connais ; tu sais que, sans être un grand mangeur, je puis apprécier un bon repas. Imagine-toi combien de fois j’ai regretté la cuisine de ta maman, durant ces trois mois sans pain, sans viande et sans pommes de terre — car de tout cela, quand il en avait, je ne mangeais que du bout des dents. Il y a beaucoup de soldats et même des officiers, au 22e, qui s’accommodaient assez bien de ce régime ; j’enviais toujours la mauvaise éducation, ou plutôt l’absolue sauvagerie, de leur estomac. Ici même le pain n’est pas de première qualité ; bon pour des Anglais tout au plus. Mais on mange du bon poisson frais, des desserts passables, des pommes de terre destinées de tout temps à des êtres humains. Et l’air qui entre par les fenêtres est si calme ! Il y a bien deux jours et demi que je n’ai pas entendu le grondement du canon. »

 

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Caricature. More Fragments from France n 2 .1916. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72). Auteur : Bruce Bairnsfather. 

Caricature. More Fragments from France n 2 .1916. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72). Auteur : Bruce Bairnsfather

 

Florian Daveau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Émilie Dufour-Lauzon, agente de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

Elena Fracas, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Catherine Lamarche, stagiaire de l’Université de Montréal.

 

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