Ceux qui sont pour la conscription vont mourir !

, par noreply@blogger.com (Le Flâneur)

Une émeute a éclaté à Shawinigan le soir du 4 septembre 1917, alors que la foule des manifestants s'en est pris à des partisans de la conscription (voir La conscription de 1917 vue de Shawinigan).

Il existe peu de témoignages directs de ces événements. Dans Shawinigan depuis 75 ans, Fabien Larochelle cite le rapport de Léo van Borren qui était l'officier recruteur pour le comté de Champlain. Ce dernier a bien failli être lynché par la foule :
« Mardi soir, vers 11 heures, sur la rue Tamarac, j'étais en compagnie de Monsieur Rocheleau, assistant du percepteur des Douanes, et de monsieur Dugal, le gérant de la Banque nationale de Shawinigan, lorsque près de 400 ou 500 hommes sont venus nous entourer en criant : A bas la conscription ! A bas les lâches ! A bas van Borren ! Celui qui était le chef de la bande, un nommé Levasseur, employé de la Shawinigan Water & Power, criait à chacun : " Es-tu pour ou contre la conscription ? Ceux qui sont pour vont mourir !" Lorsqu'il m'a posé cette question, je lui ai répondu : "Cela ne vous regarde pas !" Alors il m'a crié directement en me mettant son poing sous le nez : "Si tu es pour, tu vas mourir. Crie : A bas la conscription ! ou tu vas mourir !" J'ai répondu : " Je ne crierai cela jamais de ma vie ". Un nommé Saint-Pierre criait à tue-tête : " Jetons-le dans le trou" en parlant d'une excavation qu'il y avait derrière moi. Puis Saint-Pierre ajouta en s'adressant à moi : " Si tu ne pars pas d'ici demain à 10 heures, nous te jetterons dans le Saint-Maurice !" A deux reprises ce même Saint-Pierre a essayé avec l'aide d'un commis de buvette de me saisir par ma ceinture pour me jeter à terre ; j'ai réussi à me débarrasser d'eux en leur frappant les mains chaque fois qu'ils essayaient de me saisir. Pendant tout ce temps-là, la foule grossissait toujours et vociférait : " A mort ! A mort ! Tuons-le ! Pendons-le !" D'autres criaient : "Jetons-le dans le Saint-Maurice !" A ce moment-là, un homme est intervenu et la bagarre a éclaté entre eux (...) Je n'ai pas vu un seul homme de police pendant ce temps-là. J'ai pu profiter de ce moment pour m'esquiver quand tout-à-coup j'ai reçu une roche sur la tête. »


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