De l’illustration à la sculpture : Maria Chapdelaine, source d’inspiration de Suzor-Coté

Laurier Lacroix
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C’est à l’initiative de Louvigny de Montigny (1876-1955) que le roman de Louis Hémon, Maria Chapdelaine, est publié pour la première fois à Montréal en 1916. Le texte passe alors de la forme feuilleton à celle de livre. L’édition est confiée à J.-A. Lefebvre qui mandate le soin de l’illustrer à Suzor-Coté (1867-1939). Les vingt-cinq dessins au fusain reproduits maladroitement par les presses de la firme Godin & Ménard sont d’un intérêt inégal. L’artiste reprend et adapte certaines de ses compositions auxquelles il ajoute quelques scènes caractéristiques du roman, traitées de manière sommaire.La parution en 1921 à Paris du roman lance la carrière internationale du livre qui connaît la célébrité. Fort de sa connaissance de cette oeuvre, Suzor-Coté réalise alors un ensemble de sculptures inspirées de personnages dépeints et de situations décrites. C’est ainsi que les époux Chapdelaine, Maria elle-même, le remmancheur, le médecin de campagne, mais également des scènes montrant le défricheur, l’essoucheur, le portageur et le fumeur prennent forme et seront diffusés dans leur version en bronze.La veine rurale de l’artiste qui était jusqu’alors centrée sur la région d’Arthabaska et certains de ses habitants connaît un renouveau. Le roman permet à Suzor-Coté de combiner sa propre fiction de la vie à la campagne à celle de Hémon. Certaines de ces sculptures, L’essoucheur et Le portageur, par exemple, sont parmi ses meilleures réussites dans ce domaine et contribuent à maintenir sa réputation comme artiste polyvalent sensible à la représentation de la réalité canadienne. À leur tour, les dessins originaux, glorifiés par le succès du roman et débarrassés du traitement que leur avait fait subir l’imprimeur, connaissent une nouvelle vie, une fois acquis par le Musée de la province en 1934. Suzor-Coté peut alors s’appuyer sur l’impact du livre pour faire oublier l’échec de 1916 et ajouter sa contribution à la représentation des personnages de Hémon dans l’imaginaire collectif.
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It was at the initiative of Louvigny de Montigny (1876-1955) that Louis Hémon’s novel, Maria Chapdelaine, was first published in Montreal in 1916. The text then changed from serial drama to book form. The publication was entrusted to J.-A. Lefebvre who hired Suzor-Coté (1867-1939) to do the illustrations. The twenty-five charcoal drawings clumsily reproduced by the presses of the firm Godin & Menard are of varying quality. The artist started over and adapted some of his compositions and even added some typical scenes from the novel in a summary fashionThe novel’s publication in Paris in 1921 triggered its international career as it became widely known. Based on his knowledge of the book, Suzor-Coté created a series of sculptures inspired by the novel’s characters and the scenes within. This is how the Chapdelaine spouses, Maria herself, the bone setter, the country doctor, the smoker as well as scenes showing the clearing of the forest and the removal of tree stumps take shape and begin their life in bronze. The artist’s rural source of inspiration which had been the Arthabaska region and some of its inhabitants now took on new life. The novel allowed Suzor-Côté to combine his own view of life in the countryside with that of Hémon. Some of his sculptures like L’essoucheur and Le portageur, for example, are among the best in their field and helped him maintain his reputation as a versatile artist sensitive to the depiction of Canadian reality. When the Museum of the province acquired the book in 1934, the original drawings were in turn given new life through the success of the novel and the removal of the defects caused by the printer. Suzor-Côté could now rely on the success of the book to help forget the failure of 1916 and thus add his contribution to the portrayal of Hémon’s characters in the collective imagination.

Voir en ligne : http://id.erudit.org/iderudit/1045197ar