Devenir épicier : le mirage de l’ascension sociale montréalaise

, par Instantanés

Pendant plusieurs siècles, les marchés publics de Montréal ont permis d’apporter des produits alimentaires frais sur la table des Montréalais. Cependant, l’alimentation ne reposait pas uniquement sur ces produits de première nécessité. Pour les produits plus recherchés tels le sucre, les épices et l’huile, les citoyens devaient se tourner vers les magasins généraux.

Marché du Champ-de-Mars, 1920. BAnQ Vieux-Montréal (P833, S3, D192). Richer et Lavergne.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la ville de Montréal s’industrialise et se densifie. Le besoin de nourrir la population, surtout ouvrière, s’accentue. Pour répondre à cette demande croissante, on construit au XXe siècle plusieurs marchés publics. Les marchands généraux s’adaptent à cette nouvelle réalité et se spécialisent de plus en plus dans les besoins alimentaires.

Magasin général Émile Dubreuil sur la rue Papineau à Montréal, 1910. BAnQ Vieux-Montréal (P748, S1, P2723). Photographe non identifié.
Intérieur du magasin général Lavertrue et compagnie, 1910. BAnQ Vieux-Montréal (P748, S1, P2694). Photographe non identifié.

Le XXe siècle correspond à une période de grandes transformations. C’est ainsi que de nombreux Montréalais qui désirent lancer leur petit commerce ont enfin l’occasion de devenir leur propre patron. En effet, ouvrir une épicerie est relativement simple. Premièrement, un petit montant d’argent est requis pour acheter les marchandises de base. Deuxièmement, il faut avoir un local pour vendre les denrées. D’ailleurs, plusieurs épiciers optent au départ pour une chambre dans leur propre maison. Finalement, il faut prévoir également quelques outils et objets particuliers tels que la balance, la caisse enregistreuse, les produits d’emballage, etc.

Intérieur de l’épicerie de M. Lembo sur la rue Dante à Montréal, 1910. BAnQ Vieux-Montréal (P748, S1, P2697). Photographe non identifié.
Épicerie H. Landreville à Verdun, 1920. BAnQ Vieux-Montréal (P748, S1, P2843). Photographe non identifié.
Intérieur de l’épicerie H. Landreville à Verdun, 1920. BAnQ Vieux-Montréal (P748, S1, P2844). Photographe non identifié.

Nombreux sont ceux qui espèrent faire fortune, mais la vie n’est pas toujours rose pour eux. L’épicier montréalais est certes son propre patron, mais il est souvent son seul employé. Il doit donc travailler plusieurs longues heures pour assurer la bonne marche de son entreprise. Parfois, il doit même demander aux membres de sa famille de le soutenir dans les opérations courantes de l’épicerie. Une autre problématique est la forte concurrence. En effet, comme il est facile de devenir épicier et que l’épicerie représente la clé pour l’indépendance et le succès financiers, plusieurs Montréalais se lancent dans l’aventure. Pour survivre, les épiciers doivent se démarquer par leur service à la clientèle, le prix et la variété de leurs marchandises. Pour ce faire, ils doivent concurrencer les marchés publics et vendre des fruits et des légumes ainsi que de la viande. La compétition est donc rude et plusieurs épiceries sont contraintes de fermer leurs portes.

Intérieur de l’épicerie O. Vallée et fils de la rue Demontigny à Montréal, 1910. BAnQ Vieux-Montréal (P748, S1, P2712). Photographe non identifié.
Marché Raby sur la rue Villeray à Montréal, 1910. BAnQ Vieux-Montréal (P748, S1, P2715). Photographe non identifié.

Dans les années 1930 et 1940, les choses évoluent. Le concept de supermarché apparait au Québec grâce à Steinberg. La Dominion, qui a été fondée en 1919 en Ontario, s’étend maintenant à Montréal. C’est le début de l’âge d’or des supermarchés. La compétition s’accentue dans les années 1940, 1950 et 1960 entre les petites épiceries et les supermarchés. Pour y faire face, les épiceries s’adaptent et offrent toujours plus de services pour attirer les clients. Ainsi, les heures d’ouverture sont prolongées et les commandes par téléphone et la livraison à domicile sont offertes. Dans les quartiers populaires, l’épicier de quartier permet également la vente à crédit ce qui est sa principale arme contre les supermarchés. Enfin, dans les années 1970, à la suite des réglementations gouvernementales, les épiceries locales deviennent les dépanneurs que nous connaissons aujourd’hui.

Épiceries, 1928-1947. BAnQ Vieux-Montréal (P833, S3, D375). Photographe non identifié.
M. Hurtibise. Ministère de l’Agriculture. Service de l’horticulture, 1952. BAnQ Vieux-Montréal (E6, S7, SS1, D56156-56168). Photographe non identifié.

Marc-André Dénommé, technicien en documentation – BAnQ Vieux-Montréal

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