Discours d’Henri Bourassa contre le règlement 17

, par Bilan du Siècle - Université de Sherbrooke

Comme l’extrait qui suit le démontre, le discours de Bourassa est parsemé de nombreuses références historiques : « Il est temps, il est grand temps que l’on sache à Rome qu’en soutenant la cause des opprimés, nos évêques n’accomplissent pas seulement un devoir de justice et de charité. S’inspirant de l’exemple de Saint-Paul, ils protègent, en Amérique, la catholicité de l’Église contre les tentatives insidieuses ou déclarées de ceux qui veulent fare de la religion l’arme de domination d’une race. Fidèles aux traditions de l’iIlustre François de Montmorency-Laval, qui résista à la tyrannie des gouvereurs français et s’efforça de défendre la foi et la morale des indigenes contre la cupidité des traficants d’alcool ; dignes successeurs de Briand et de Plessis, qui enseignèrent aux Canadiens vaincus à concilier les justes exigences de leur naionalisté avec le respect du pouvoir nouvellement établi, nos évêques, en appuyant la cause de la minorité ontarienne, ne font qu’accomplir leur devoir de pasteurs. Quant aux prélats et aux prêtres catholiques irlandais de langue anglaise] qui s’unissent aux pires ennemis de l’Église pour arracher aux Canadiens français la libre jouissance de leurs droits naturels, garantis par l’histoire, la civilisation et la pratique des nations civilisées, ils manquent à leur double devoir de pasteurs catholiques et de sujets britanniques. Flatteurs de la tyrannie des foules, ils marchent, sans le savoir, j’ose le croire, sur la trace des évêques courtisans qui servirent les basses passions d’Henri VIII [schisme anglican] contre la justice et la morale, l’esprit dominateur de Louis XIV contre la vraie tradition catholique, l’ambition effrénée de Napoléon contre les libertés légitimes de l’Église et de ses peuples. Au lieu de persécuter le plus ancien et le plus fidèle peuple de l’Amérique, que n’appliquent-ils leur ardeur combattive à sauver les milliers de catholiques de langues anglaise que les mariages mixtes, la fréquentation des écoles neutres et la littératre protestante ou matérialiste jettent, chaque années, dans l’immense armée des incroyants, adorateurs du veau d’or ?
Cette déclaration, j’espère, ne scandalisera personne. Je la fais sans colère, dans l’esprit du père de famille catholique qui sait que Dieu lui a donné le droit et imposé le devoir de conserver à ses enfants l’inappréciable trésor de la foi et des traditios nationales. Je le fais avec l’inébranlable confiance du catholique qui sait que Rome peut être trompe sur les faits, mais ne se trompe jamais sur les doctrines, et qu’au centre de l’unité catholique règne le sentiment souverain de la justice. Les actes dont nous souffrons, quel que soit le caractère de leurs auteurs - et je n’incrimine pas la bonne foi de ces auteurs - ne relèvent ni de l’autorité épiscopale ni du caractère sacerdotal. Ce sont des actes individuels, posés en dehors de leur magistère apostolique, mais qui constituent un péril pour la foi de plusieurs. Il est temps que Rome, mère et protectrice de tous les catholiques, le sache nettement
[...] N’oublions jamais que la conservation de la langue, la culture de la langue, la lutte pour la langue, c’est la lutte pour l’existence nationale. Si nous laissons affaiblir en nous-mêmes le culte de la langue, si nous laissons entamer sur un point quelconque du territoire les droits de la langue et son usage public ou privé, nous sapons à la base toute l’oeuvre de civilisation française édifiée par trois siècles d’efforts et de sacrifices.
Gravons cette pensée dans nos coeurs, ayons-la toujours présente à l’esprit, inculquons-la à nos enfants dès l’âge le plus tendre, répandons-la partout autour de nous ; c’est l’apostolat le plus nécessaire du moment [...] Nous, citoyens de Montréal, réunis en assemblée au Monument National, le 19 mai 1915, prions l’honorable M.Landry [Philippe Landry
, sénateur conservateur, président de la chambre haute fédérale], président de l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario, de transmettre à nos compatriotes de cette province l’expression de notre admiration sans bornes pour leur inébranlable fidélité à la langue et aux traditions nationales. Canadiens français, nous affirmons hautement le droit de nos compatriotes de parler leur langue et de la faire enseigner à leurs enfants dans toutes les provinces du Canada. Canadiens, nous réclamons le respect intégral du pacte fédéral qui assure aux deux races-mères de la nation canadienne, selon la parole mémorable de sir John Macdonald, une parfaite égalité de droits en matière de langue, de religion, de propriété et de droits personnels. Nous exprimons le voeu que la cause de la minorité ontarienne reçoive l’appui de tous les canadiens, catholiques ou protestants, de langue anglaise ou française, soucieux de conserver en Amérique les bienfaits de la civilisation française et de faire triompher au Canada les préceptes et la pratique de l’entente cordiale qui unit l’Angleterre et la France sur les champs de bataille de l’Europe. »Comme l’extrait qui suit le démontre, le discours de Bourassa est parsemé de nombreuses références historiques : « Il est temps, il est grand temps que l’on sache à Rome qu’en soutenant la cause des opprimés, nos évêques n’accomplissent pas seulement un devoir de justice et de charité. S’inspirant de l’exemple de Saint-Paul, ils protègent, en Amérique, la catholicité de l’Église contre les tentatives insidieuses ou déclarées de ceux qui veulent fare de la religion l’arme de domination d’une race. Fidèles aux traditions de l’iIlustre François de Montmorency-Laval, qui résista à la tyrannie des gouvereurs français et s’efforça de défendre la foi et la morale des indigenes contre la cupidité des traficants d’alcool ; dignes successeurs de Briand et de Plessis, qui enseignèrent aux Canadiens vaincus à concilier les justes exigences de leur naionalisté avec le respect du pouvoir nouvellement établi, nos évêques, en appuyant la cause de la minorité ontarienne, ne font qu’accomplir leur devoir de pasteurs. Quant aux prélats et aux prêtres catholiques irlandais de langue anglaise] qui s’unissent aux pires ennemis de l’Église pour arracher aux Canadiens français la libre jouissance de leurs droits naturels, garantis par l’histoire, la civilisation et la pratique des nations civilisées, ils manquent à leur double devoir de pasteurs catholiques et de sujets britanniques. Flatteurs de la tyrannie des foules, ils marchent, sans le savoir, j’ose le croire, sur la trace des évêques courtisans qui servirent les basses passions d’Henri VIII [schisme anglican] contre la justice et la morale, l’esprit dominateur de Louis XIV contre la vraie tradition catholique, l’ambition effrénée de Napoléon contre les libertés légitimes de l’Église et de ses peuples. Au lieu de persécuter le plus ancien et le plus fidèle peuple de l’Amérique, que n’appliquent-ils leur ardeur combattive à sauver les milliers de catholiques de langues anglaise que les mariages mixtes, la fréquentation des écoles neutres et la littératre protestante ou matérialiste jettent, chaque années, dans l’immense armée des incroyants, adorateurs du veau d’or ?
Cette déclaration, j’espère, ne scandalisera personne. Je la fais sans colère, dans l’esprit du père de famille catholique qui sait que Dieu lui a donné le droit et imposé le devoir de conserver à ses enfants l’inappréciable trésor de la foi et des traditios nationales. Je le fais avec l’inébranlable confiance du catholique qui sait que Rome peut être trompe sur les faits, mais ne se trompe jamais sur les doctrines, et qu’au centre de l’unité catholique règne le sentiment souverain de la justice. Les actes dont nous souffrons, quel que soit le caractère de leurs auteurs - et je n’incrimine pas la bonne foi de ces auteurs - ne relèvent ni de l’autorité épiscopale ni du caractère sacerdotal. Ce sont des actes individuels, posés en dehors de leur magistère apostolique, mais qui constituent un péril pour la foi de plusieurs. Il est temps que Rome, mère et protectrice de tous les catholiques, le sache nettement
[...] N’oublions jamais que la conservation de la langue, la culture de la langue, la lutte pour la langue, c’est la lutte pour l’existence nationale. Si nous laissons affaiblir en nous-mêmes le culte de la langue, si nous laissons entamer sur un point quelconque du territoire les droits de la langue et son usage public ou privé, nous sapons à la base toute l’oeuvre de civilisation française édifiée par trois siècles d’efforts et de sacrifices.
Gravons cette pensée dans nos coeurs, ayons-la toujours présente à l’esprit, inculquons-la à nos enfants dès l’âge le plus tendre, répandons-la partout autour de nous ; c’est l’apostolat le plus nécessaire du moment [...] Nous, citoyens de Montréal, réunis en assemblée au Monument National, le 19 mai 1915, prions l’honorable M.Landry [Philippe Landry
, sénateur conservateur, président de la chambre haute fédérale], président de l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario, de transmettre à nos compatriotes de cette province l’expression de notre admiration sans bornes pour leur inébranlable fidélité à la langue et aux traditions nationales. Canadiens français, nous affirmons hautement le droit de nos compatriotes de parler leur langue et de la faire enseigner à leurs enfants dans toutes les provinces du Canada. Canadiens, nous réclamons le respect intégral du pacte fédéral qui assure aux deux races-mères de la nation canadienne, selon la parole mémorable de sir John Macdonald, une parfaite égalité de droits en matière de langue, de religion, de propriété et de droits personnels. Nous exprimons le voeu que la cause de la minorité ontarienne reçoive l’appui de tous les canadiens, catholiques ou protestants, de langue anglaise ou française, soucieux de conserver en Amérique les bienfaits de la civilisation française et de faire triompher au Canada les préceptes et la pratique de l’entente cordiale qui unit l’Angleterre et la France sur les champs de bataille de l’Europe. » Source : Le Devoir, 20 mai 1915, p.1,3-4. Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec : Philippe Landry, Montréal, Éditions Bernard Valiquette, 1944, p.57-61.

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