Entretien avec Maïssa Acheuk-Youcef

, par Beaulieu, Marion

En juin 2019, le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal (LHPM) a accueilli l’architecte doctorante Maïssa Acheuk-Youcef de l’Université de Constantine 3 / Université de Lyon 3 (CNRS UMR 5600 EVS). Ses recherches portent sur le patrimoine architectural et urbain de la ville de Constantine, située au nord-est de l’Algérie.

De la connaissance à la reconnaissance du patrimoine architectural et urbanistique constantinois
La jeune chercheure et architecte est passionnée par l’histoire et le patrimoine de sa ville natale. Dès 2010, elle organise, à titre personnel et bénévole, des visites guidées de la ville pour des touristes par l’intermédiaire de la plateforme Couchsurfing. Si ces balades dévoilent le potentiel et la richesse du patrimoine bâti et urbanistique constantinois, elles mettent aussi en lumière le déficit majeur de connaissances à son sujet.

C’est à l’occasion de son master en architecture, qui conjugue architecture durable et vieux bâti (Université de Constantine, 2013-2015), que Maïssa Acheuk-Youcef s’initie à l’architecture de la période coloniale française et aux enjeux entourant sa connaissance, sa patrimonialisation et sa mise en valeur. Dans le cadre de son doctorat, elle historicise et caractérise l’héritage architectural et urbain de Constantine datant de la période coloniale française (1837-1962). Elle étudie le processus de production de la ville à ses différentes échelles (quartiers, lotissements, rues, bâtiments). Elle s’intéresse également aux acteurs, publics et privés, qui ont façonné l’espace urbain (acteurs décisionnels, architectes, bâtisseurs, urbanistes). À partir de là, elle établit également un inventaire systématique des architectures de cette période. Elle développe un système d’information géographique-historique (SIG-H) pour la valorisation numérique du patrimoine constantinois. Pour ce faire, elle convoque un large éventail de sources archivistiques collectées aussi bien en Algérie qu’en France, parmi lesquelles des plans du XIXe et XXe siècles, des photographies et des documents administratifs écrits (manuscrits, rapports, correspondances, etc.). À partir de la matérialité du terrain d’étude, elle procède à une analyse des archives, en utilisant divers outils méthodologiques au croisement de plusieurs disciplines comme l’architecture, l’urbanisme, l’histoire de l’art, la géohistoire (appliquée à la morphologie urbaine et à l’analyse cartographique pour la lecture de la production et des transformations de l’espace urbain), et la sociologie (qui convoque des approches systémique et prosopographique pour l’étude des acteurs).

Habitée par la ferme conviction que la connaissance est le premier pas vers la reconnaissance de ce patrimoine constantinois, elle mène des travaux novateurs qui soulèvent des enjeux de savoir, de conservation et d’identité.

Des intérêts de recherche convergents
Maïssa Acheuk-Youcef repère le Laboratoire par l’entremise de son site Web et prend connaissance de sa programmation scientifique. Elle constate de nombreux points de rencontre entre ses propres intérêts de recherche et les chantiers du Laboratoire. Un séjour scientifique est alors organisé pour les mois de juin-juillet 2019. Pour la chercheure, il s’agit, d’une part, d’une occasion d’appréhender l’univers nord-américain dans le domaine du patrimoine et de l’histoire, de comparer les contextes de prise en compte –ou non– du patrimoine. D’autre part, les nombreux points de convergence entre les préoccupations et certaines pratiques du Laboratoire et ceux de la doctorante permettent à cette dernière de confronter la méthodologie qu’elle a développée ainsi que ses questions de recherche à l’aune des projets menés par le Laboratoire et ses partenaires. Maïssa Acheuk-Youcef s’exprime avec enthousiasme sur la convergence entre ses intérêts de recherche et ceux du Laboratoire :

« Même si nos terrains sont différents, on travaille sur les mêmes matériaux et l’on partage des approches novatrices. En effet, à ce jour, peu de structures de recherche marient archives historiques, cartographie et numérique, permettent de lier histoire et patrimoine, et donnent lieu à des initiatives de mise en valeur concrètes, notamment en matière de valorisation touristique »

Le chantier de cartographie numérique déployé autour de la plateforme SCHEMA suscite un intérêt tout particulier pour la chercheure qui travaille à un ambitieux SIG-historique sur Constantine dans le cadre de sa thèse. Lors de son passage à Montréal, suivi par des séjours à Québec, Toronto et Ottawa, la doctorante a eu l’occasion de s’entretenir avec de nombreux acteurs du milieu de l’histoire et du patrimoine montréalais et québécois, parmi lesquels plusieurs partenaires du LHPM tels que la Direction de Montréal du Ministère de la culture et des communications du Québec, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et l’organisme Mémoire du Mile End. Le 12 juin 2019, la jeune chercheure a présenté ses recherches à l’occasion d’une conférence publique intitulée « L’héritage architectural et urbain de la période coloniale française à Constantine (1837-1962) : histoire, caractérisation et perspectives patrimoniales ».

La suite
Maïssa Acheuk-Youcef souhaiterait poursuivre les échanges amorcés lors de son séjour à travers de futures collaborations et la participation à des rencontres scientifiques. Au cours des prochains mois, elle apportera les dernières contributions à sa thèse de doctorat. Et après ? Passionnée, Maïssa Acheuk-Youcef assure en souriant qu’elle continuera à travailler à la connaissance et à la mise en valeur du patrimoine constantinois.

L’équipe du Laboratoire a grandement apprécié les stimulants échanges qui ont eu lieu et sera, elle aussi, ravie de poursuivre cette collaboration naissante.

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