Euphrosine Caron, supérieure du couvent

, par noreply@blogger.com (Le Flâneur)

En feuilletant les annales des Ursuline de Trois-Rivières, j'ai trouvé des informations sur Euphrosine Caron qui était une arrière-arrière-grande tante de ma conjointe. Elle a été supérieure du couvent sous le nom de Mère Saint-Michel.

La supérieure du couvent des Ursulines était un personnage important à Trois-Rivières. Elle ne sortait presque jamais de son couvent, mais ça ne l'empêchait pas d'exercer une influence auprès de l'Évêque et des notables de la ville dont elle éduquait les filles. En plus du couvent, elle devait gérer la seigneurie de la Rivière-du-Loup (Louiseville) qui appartenait à la communauté. Quand un personnage important visitait Trois-Rivières, on l'amenait rencontrer Mère Saint-Michel. 


L'histoire de sa famille est bien connue. Son grand-père Michel Caron (Sosa 456 de mes filles), originaire de Saint-Roch-des-Aulnaies dans le Bas-du-fleuve, est arrivé à Yamachiche en 1783 avec une bourse bien remplie. Il a acheté plusieurs terres pour les distribuer à ses fils dans ce qui est devenu le village des Caron.

À travers des considérations religieuses, l'annaliste nous raconte des détails de la vie d'Euphrosine Caron et nous dépeint des traits de sa personnalité :
  • Mère Saint-Michel en imposait. De grande taille, elle avait une personnalité autoritaire, une attitude réservée, une expression presque virile.
  • Elle a été confiée en adoption à son oncle Michel qui n'avait pas d'enfant. Ce Michel Caron a été élu député du comté de Saint-Maurice en 1804. 
  • Je crois que l'épisode du bateau qui transportait son grand-père acadien est une légende. 


Voici ce qu'écrivait l'annaliste des Ursulines de Trois-Rivières :

«  Sous la date de 1830, notre annaliste écrivait : Les mères anciennes, ces vives lumières qui, depuis plus d'un demi-siècle, éclairaient et guidaient leurs enfants adoptives dans les voies de la perfection, se retirent de la lice : les années et l'épuisement commandent cette retraite. Le ciel réclame aussi sa moisson. Que de places vacantes ! Et l'on se demande si ces bonnes mères seront jamais remplacées. Qu'est-ce que le ciel nous réserve ? Il est vrai que le sacrifice est la grande école du cloître. Les calculs de la sagesse humaine y sont confondus. Plus qu'ailleurs peut-être, les succès et les consolations sont d'autant plus providentiels qu'ils sont moins entrevus. Après quatre-vingts ans, nous pouvons répondre à cette voix d'outre-tombe. Dieu, dans la douceur et le secret de sa Providence, préparait des sujets d'élite qui ont conservé et transmis intact l'esprit de l'Institut. En 1813, une jeune personne grande, svelte, au teint animé, causant avec une grâce calme et tranquille, mais laissant paraître, dans toute sa personne, quelque chose d'énergique qui lui donnait une expression presque virile, se présentait au parloir de notre monastère. Elle semblait être attendue. A la question : — Pourquoi, mon enfant, n'êtes-vous pas venue plus tôt ? elle répondit simplement : — C'était l'époque des semences, j'avais ma part de travail que je n'ai voulu céder à personne. — Très bien, désormais vous cultiverez les âmes. Celle qui échangeait ainsi le travail des champs pour la vigne du Seigneur, se nommait Euphrosine. Elle avait vingt ans. Son père descendait de Robert Caron, premier du nom dans le pays, héritier de vertus mâles et généreuses pratiquées jadis dans la douce France. Il les transmit à sa nombreuse postérité. Le sanctuaire et les communautés religieuses prélevèrent à l'envi, dans cette famille patriarcale, des sujets d'élite. La jeune postulante racontait que son grand père, Michel Caron, demeurant à St-Roch de Québec, s'apercevant vers 1783, que l'espace lui manquerait, en cet endroit, pour y établir ses dix fils, vint demander un jour à Madame Wilkinson, seigneuresse d'Yamachiche, de lui vendre cent arpents de terre. L'affaire conclue, un sac d'argent à la main, il paya un premier versement qui fut bientôt suivi de plusieurs autres. Le village des Caron était fondé. Augustin, père de notre novice, voyait quinze enfants s'asseoir au foyer familial. Son frère et son voisin, Michel, n'avait pas de famille. Il adopta sa nièce Euphrosine et en fit son héritière. Monsieur Michel Caron était alors membre de l'assemblée législative. Par conséquent, nombreuses étaient les visites dans cette maison hospitalière et l'on s'accorde à dire que, pour recevoir les hôtes, la jeune nièce secondait admirablement sa bonne tante. Madame Caron était acadienne. Son père, Charles Trahan, faisait partie du groupe hardi qui, à l'époque de la déportation, fit prisonnier le capitaine du navire, à bord duquel on avait entassé de nombreuses victimes, désarma l'équipage et mit ensuite le cap sur Québec, sous la conduite de l'un des leurs. Arrivés sur nos plages, ces frères établirent à Yamachiche une nouvelle « Acadie. » C'est dans ce milieu d'héroïsme et de vertu que l'adolescente avait grandi et mûri pour le cloître. Quel était le charme secret qui avait ravi cette jeune fille à une famille dont elle était aimée et à une société dont elle était l'ornement ? Était- ce une prédication de l'abbé de Calonne ? Était-ce une invitation indirecte de M. l'Ecuyer, son curé, fidèle ami des Ursulines ? Ce qui est certain, c'est qu'à ces causes peut-être réunies, il faut joindre l'appel secret de Jésus qui dit : « Viens, mon enfant, j'établirai ta demeure près de mon sanctuaire. » Et la fidèle amante du Sauveur avait répondu : « Me voici, je viens, bon Maître. » L'abbé de Calonne était là pour accélérer, dans la voie des parfaits, l'âme généreuse qui entrait dans les sentiers de la vie intérieure. Elle y marcha à pas de géants. En 1829, nous la trouvons Supérieure du monastère. Son gouvernement est ferme, sa manière d'apprécier les personnes et les événement », prudente et éclairée. Mgr Signay lui imprime une direction forte. Il s'agit de changer le cours d'étude, de bâtir un pensionnat, de maintenir des droits de propriété. Tout se fera. La Mère S. Michel traite auparavant ses intérêts avec Jésus, dans le cœur à cœur de la prière. Pour ses exercices de piété, elle est d'une rigoureuse exactitude, la psalmodie de l'office divin enflamme son zèle : elle ne peut tolérer qu'on baisse la note ou que l'on précipite la récitation. Elle relève une antienne donnée sur un ton trop faible On l'entendait dire : « Ne soyez pas religieuse de chœur sans cœur. » Sa fermeté n'excluait pas, à l'occasion, les paroles maternelles et les soins bienveillants. Dieu lui avait largement départi le don d'éclairer, de consoler et d'encourager les personnes qui se confiaient à elle. Vivre de règle fut sa grande maxime. Mgr Caron, son cousin, a raconté qu'étant jeune prêtre, il était venu lui faire une visite au parloir. Il la voyait pour la première fois. L'entretien, après avoir touché les affaires de famille, était devenu tout personnel. La bonne mère paraissait y mettre un intérêt réel, ce qui ne l'empêcha pas à un moment donné de prier son visiteur de vouloir bien l'excuser. « L'heure du parloir déterminée par nos saintes règles, dit-elle, est écoulée, je ne puis prolonger ma visite, sans prévenir la Mère Assistante. » Cette fidélité à la règle qui avait alimenté la ferveur de la jeune novice, qui avait nourri sa vie religieuse, faisait désormais la consolation de la Supérieure et l'édification de toutes les personnes qui venaient en relation avec elle. Ce qui brillait surtout en cette bonne mère, dit l'annaliste, était son esprit de droiture et de candeur qui la rendait ennemie déclarée de toute apparence de dissimulation et de duplicité. Mettant tout en usage pour faire régner la plus sincère charité entre toutes ses sœurs, elle voulait en même temps cette sage réserve, que commandent la prudence et la discrétion, dans toutes les situations et tous les âges de la vie, ce tact qui donne le bon ton et l'à-propos dans la conversation et qui en fait le meilleur assaisonnement. » (Annales des Ursulines de Trois-Rivières, tome 3).

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