Expo 67 au jour le jour : Avril

, par Archives de Montréal

Une collaboration spéciale d’Yves Jasmin, directeur de l’Information, de la Publicité et des Relations publiques d’Expo 67 de mars 1964 à janvier 1968.

Projet de réédition initialement commandé à M. Jasmin par M. Michel Dumas, président de la Fondation Expo 67 de 2010 à 2015, sous la direction soutenue de M. Luc Beauchemin, designer et chercheur en patrimoine moderne. Complété avec la précieuse contribution de Mme Huguette Dussault, professeur d’histoire, pour la révision des textes français, et celle de Mme Diana Thébaud-Nicholson, consultante en communications, pour la révision anglaise.

L’année 2017 marque le 50e anniversaire de l’Exposition universelle de 1967. À cette occasion, nous mettons en ligne ces éphémérides de l’Expo 67, intitulées Au jour le jour.

À compter d’aujourd’hui donc, jour anniversaire de l’ouverture d’Expo 67, vous trouverez ici un journal quotidien d’événements, grands et petits, qui se sont passés à l’Expo. Je l’ai préparé à partir de deux journaux de bord, l’un en français De jour en jour à l’Expo 67 et l’autre en anglais The Expo 67 Story, tenus à l’époque par mes services d’information de l’Expo. Ils relatent les événements des 185 jours de l’Expo, incluant le Jour 0, jour de l’inauguration, le 27 avril. On avait créé cette journée pour éviter que nos premiers visiteurs du 28 avril ne soient empêchés de circuler librement pendant les discours officiels.

Ces deux journaux d’époque recèlent une mine d’informations, mais ce sont de curieux documents. Curieux en ce qu’ils sautent d’un sujet à un autre, mêlant le banal au sensationnel. Il arrive qu’une nouvelle soit rapportée dans une langue un jour et qu’on la retrouve dans l’autre langue, mais un, deux ou trois jours plus tard. Ce n’est pas très grave dans la mesure où ces journaux, rédigés dans le feu de l’action proposaient seulement d’apporter un éclairage dynamique sur la vie quotidienne à l’Expo.

En le lisant, vous découvrirez des événements dont on n’avait pas parlé à l’époque, soit qu’ils aient été jugés trop superficiels ou qu’ils aient été simplement oubliés. Par exemple, la visite, un jour, d’une starlette locale de télévision déambulant sur les terrains de l’Expo vêtue simplement d’un minibikini, escortée par une meute de photographes et de reporters.

Autre exemple, plus sérieux. Dans le Rapport général sur l’Exposition universelle de 1967, ouvrage qui se veut l’autorité suprême sur la question, on fait mention d’un accident grave sur l’Expo Express, sans plus de détails. On en a probablement parlé alors dans les quotidiens, mais fouiller tout cela quand on veut simplement évoquer les activités de cette journée représente un travail monumental qui dépasse les moyens d’un humble chercheur. Mais voilà, j’ai retrouvé cette information dans les deux journaux de bord, version française et anglaise. Il s’agissait d’un homme qui, en quittant La Ronde par le dernier voyage de l’Expo Express, était tombé sur les rails et s’était fait couper le bras ; accident effectivement digne de mention.

Il a donc fallu s’atteler à la tâche de réunir ces textes dactylographiés, de les consolider et de confronter la version française avec la version anglaise pour les enrichir l’une de l’autre. Tout comme pour les journaux d’origine, j’ai maintenu deux versions – française et anglaise − parallèles, mais pas rigoureusement identiques. Pour chaque jour, j’ai ajouté certaines informations importantes, comme le nombre de visiteurs et la météo du jour, ainsi que la température en Fahrenheit et en Celsius. Ça ne concorde pas toujours avec les entrées des journaux de bord parce qu’on y avait consigné de simples prévisions météorologiques. Pour un jour donné, par exemple, on notait que le ciel serait couvert ; mais dans les lignes qui suivaient tout de suite après, on inscrivait « une trombe d’eau s’abat sur les danseurs » qui écoutaient debout les discours officiels d’un pays dont on marque la Journée nationale. J’ai également corrigé certaines erreurs majeures comme, dans la version anglaise, la visite incognito du duc et de la duchesse de Windsor à l’Expo : une impossibilité, car l’ancien roi Édouard VIII et Wally Simpson auraient été tout de suite reconnus. En vérifiant dans la version française, on voit qu’il s’agissait du duc et de la duchesse d’un autre comté anglais. Parfois les textes originaux ont eu des manquements sérieux, inexplicables. Ainsi, il manque une journée complète en anglais. J’ai donc traduit le texte français pour compléter la mission. Et, en français, pour la journée consacrée à la Ville de Paris, un des rédacteurs a inventé un texte en argot parisien, amusant, mais auquel j’ai cru bon ajouter la traduction du texte anglais pour cette journée-là. J’ai aussi inséré en quelques endroits de brefs commentaires explicatifs qui viennent éclairer certains passages ; ils apparaissent toujours entre crochets [ ].

Malgré ces embûches, je vous livre ce document aujourd’hui dans l’espoir que plusieurs lecteurs et lectrices retrouveront la journée de leur visite et qu’ils nous feront part d’autres incidents oubliés ou encore qu’ils nous feront parvenir des photos de leurs enfants ayant participé aux spectacles d’amateurs qui ont attiré des milliers de jeunes de toutes les provinces du Canada, de quarante-trois États américains et de plusieurs pays participants. Ces jeunes, et quelques moins jeunes, venaient faire leur spectacle gratuitement et se mêlaient ensuite à la foule, ajoutant couleur et gaieté à l’atmosphère déjà chaleureuse de l’Expo.

Voici l’équipe 1967 de langue française qui travaillait sous la direction de madame Yvonne R. Morissette : Jules Béliveau, Christian Christodoulidis, Monique Cottel, Andrée Dandurand, Madeleine de la Jonquière, Paul Fréchette, Simone Gélinas, Luce Langlois et Bernard Latreille. La révision était faite par mesdames Claire Perreault et Rolande Provencher.

L’équipe 1967 de langue anglaise, sous la direction de Lauchie Chisholm, se composait de : Tevia Abrams, Bruce Barnes, Charles Bayne, Don Bell, Robert Bell, Barbara Black, Gordon Black, Herbert Folkes, Charles Friend, James Gladstone, James Hayes, Pauline Howard, Tom Jagninsky, Guy LeBlanc, Louise Morrow, Monica Mugan, Albert Rorai and Andrew Webster.

Yves Jasmin

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Jour 000
Jeudi 27 avril 1967 : Journée de l’inauguration de l’Expo
Météo : temps clair
Quelque 7 000 invités

Inauguration de l'Expo 67. 27 avril 1967. VM94-X003-008. Archives de la Ville de Montréal.

Inauguration de l’Expo 67. 27 avril 1967. VM94-X003-008. Archives de la Ville de Montréal.

Il est 15 h en ce jour de l’inauguration officielle de l’Expo. Des équipes s’affairent à nettoyer le site de l’Exposition encombré par trois ans de construction. Peu à peu le calme revient. Les derniers camions quittent l’emplacement. L’Expo est finalement prête à être présentée au monde. Quelque 7 000 invités envahissent la Place des Nations.

La flamme de l’Expo, symboliquement conservée depuis deux ans, alors qu’elle fut apportée de la colline du Parlement par une équipe de cadets de l’armée canadienne pour une cérémonie symbolique, passe du maire Jean Drapeau, au premier ministre du Québec, au premier ministre du Canada, Lester B. Pearson, qui allume la vasque de la Place des Nations où elle brûlera pour toute la durée de l’Expo.

Inauguration de l'Expo 67 en présence du gouverneur général du Canada, Roland Michener. 27 avril 1967. VM94-X003-012. Archives de la Ville de Montréal.

Inauguration de l’Expo 67 en présence du gouverneur général du Canada, Roland Michener. 27 avril 1967. VM94-X003-012. Archives de la Ville de Montréal.

Il est exactement 15 h 59 en ce mémorable jeudi ensoleillé, un peu frisquet, lorsque le gouverneur général du Canada, Son Excellence Roland Michener, proclame, en français puis en anglais : « J’ai l’honneur d’inaugurer officiellement l’Exposition universelle et internationale de 1967 ».

27 avril 1967. VM94-X003-014. Archives de la Ville de Montréal.

27 avril 1967. VM94-X003-014. Archives de la Ville de Montréal.

Un à un, dans l’ordre protocolaire déterminé par l’ordre d’acceptation des pays invités, les drapeaux des soixante-deux pays participants sont hissés aux mâts. Les premières mesures des hymnes God Save the Queen et Ô Canada retentissent. Les Paladins du Centenaire, patrouille aérobatique composée de neuf réactés des Forces canadiennes, survolent en vrombissant la Terre des Hommes. Les sirènes de tous les navires qui se trouvent alors dans le port de Montréal, celles des contre-torpilleurs canadiens Ottawa, Assiniboine et Margaree, de l’escorteur d’escadre canadien Chaudière, amarrés au quai Mark-Drouin, saluent l’événement.

 Vingt-et-un coups de canon tonnent. Les cloches des églises et le carillon électronique de l’île Sainte-Hélène chantent leur joie à toute volée. Les gerbes d’eau jaillissent de toutes les fontaines de l’Expo, tandis qu’éclatent dans le ciel une nuée de pièces pyrotechniques d’où retombent des miniparachutes qui se déploient en petits drapeaux de tous les pays participants.

Inauguration de l'Expo 67. 27 avril 1967. VM94-X003-022. Archives de la Ville de Montréal.

Inauguration de l’Expo 67. 27 avril 1967. VM94-X003-022. Archives de la Ville de Montréal.

Si la cérémonie est en elle-même plutôt sobre, elle n’en revêt pas moins un caractère solennel et très émouvant. Elle réunit les commissaires généraux des soixante-deux pays participants, les premiers ministres des dix provinces canadiennes et des Territoires du Nord-Ouest, les cadres des entreprises exposantes et de la Compagnie de l’Exposition, les hôtesses de tous les pavillons, les scouts, des centaines de journalistes, cinéastes et photographes venus des quatre coins du monde.

Invitée personnelle du Commissaire général, la veuve d’Antoine de Saint-Exupéry, qui a inspiré le grand thème de l’Expo, est présente aux cérémonies officielles qui marquent cette première journée à Terre des Hommes.

Pour cette journée d’inauguration, l’Expo a aussi convié non seulement des dignitaires, mais aussi tous ceux et celles qui n’auront plus le temps de visiter, ceux et celles qui ont œuvré pour créer cette exposition et qui seront en poste pour toute sa durée, tout le personnel de l’administration, les employés des pavillons auxquels se mêlent leurs familles et leurs amis.

Inauguration de l'Expo 67. 27 avril 1967. VM94-X003-018. Archives de la Ville de Montréal.

Inauguration de l’Expo 67. 27 avril 1967. VM94-X003-018. Archives de la Ville de Montréal.

Grâce à la télévision, le grand public peut suivre l’inauguration sur le petit écran. C’est ainsi que le monde entier peut entendre les allocutions du commissaire général de l’Exposition, Son Excellence Pierre Dupuy, du maire de Montréal, monsieur Jean Drapeau, de monsieur Jan-Albert Goris, président du Collège des commissaires généraux de sections, de monsieur Daniel Johnson, premier ministre du Québec et du gouverneur général du Canada, Son Excellence Roland Michener.

Inauguration de l'Expo 67. 27 avril 1967. VM94-X003-004. Archives de la Ville de Montréal.

Inauguration de l’Expo 67. 27 avril 1967. VM94-X003-004. Archives de la Ville de Montréal.

Et c’est avec émotion que tous entendent le maire Jean Drapeau déclarer :

« Je donne à tous l’assurance que nous étudierons avec les autorités de chacun des pavillons, tous les moyens à prendre pour assurer à ces îles la plénitude de leur destin de Cité internationale où, de partout, toujours, les pèlerins de la Terre des Hommes pourront venir se rencontrer et constater la volonté de l’humanité d’enrichir la civilisation d’aujourd’hui au bénéfice de l’humanité de demain ».

Vers 18 h, Monsieur Dupuy inaugure officiellement le Musée d’Art dans la Cité du Havre, organisé sur le thème du « Génie créateur de l’Homme ».

Après le coucher du soleil, c’est à La Ronde que tout le monde se donne rendez-vous pour couronner cette journée remarquable par un feu d’artifice qui sera répété chaque soir à 23 h 45. Les journaux, les stations de radio et de télévision de tous les pays participants à l’Expo se sont associés à cette journée d’inauguration.

À Paris, on fête aussi l’événement en grande pompe. Tous les monuments sont illuminés et un feu d’artifice aux couleurs du Canada reproduit l’emblème de l’Expo. Y assistent, pour clôturer cette journée : l’ambassadeur du Canada en France, monsieur Jules Léger, accompagné du représentant du Québec, monsieur Jean Chapdelaine, du représentant du maire de Montréal, monsieur Léon Lortie et du publicitaire de l’Expo en France, monsieur Jean Vinant.

Et en souvenir de ce jour d’inauguration, on dévoile sur l’île de la Cité, au petit square du Vert-Galant, une pierre extraite de l’île Sainte-Hélène, offerte à la ville de Paris par la ville de Montréal.

Jour 001
Vendredi 28 avril 1967 : première journée de l’Expo
Météo : temps clair en matinée et en soirée, 47 °F (8,3 °C)
407 500 visiteurs

En métro vers l'Expo. 28 avril 1967. P132-2_011-003. Archives de la Ville de Montréal.

En métro vers l’Expo. 28 avril 1967. P132-2_011-003. Photo : Patricia Ling. Archives de la Ville de Montréal.

Invasion pacifique et enthousiaste. Dès 9 h du matin, trente minutes avant l’heure prévue pour l’ouverture, plus de 3 500 personnes sont massées à la Place d’Accueil. Des étudiants ont même dormi à la belle étoile et c’est à qui ferait valider son passeport le premier. En fait, le premier visiteur à présenter son passeport à la Place d’Accueil est un musicien de Chicago, Al Carter, qui se spécialise dans les ouvertures d’expositions. Il fut ainsi le premier aux expositions de Seattle, puis de New York et il continue sa collection. Son passe-temps lui vaut une montre en or offerte par le pavillon suisse. À la station de métro de l’île Sainte-Hélène, les préposés ont dû laisser passer les visiteurs avant l’heure fixée. À midi, 120 000 personnes ont envahi les îles et à 15 h 30 les cerveaux électroniques ont déjà enregistré plus de 250 000 visiteurs, dépassant l’assistance de 240 000 visiteurs prévue pour toute cette première journée ! On sait que cette prévision sera presque doublée.

Et l’on peut dire que le nombre des années n’amoindrit pas l’enthousiasme des visiteurs et visiteuses puisque l’une des premières personnes à fouler la Terre des Hommes est une vénérable Américaine de l’État de New York, âgée de 97 ans. Accompagnée de sa fille qui la transporte en fauteuil roulant, cette brave dame explique : « Je me suis dépêchée de venir aujourd’hui parce que je ne voulais pas mourir avant d’avoir vu ça ! »

À la station de métro Île-Sainte-Hélène, le 28 avril 1967. P132-2_011-004. Archives de la Ville de Montréal.

À la station de métro Île-Sainte-Hélène, le 28 avril 1967. P132-2_011-004. Photo : Patricia Ling. Archives de la Ville de Montréal.

À la Place d’Accueil, à 9 h 30 pile, sous les feux des photographes, le colonel Edward Churchill, directeur de l’Aménagement de l’Expo, remet à Philippe de Gaspé Beaubien, directeur de l’Exploitation, les clés symboliques qui le consacrent « Maire de Terre des Hommes » pour toute la durée de l’Expo. Au même moment, Jean-Claude Delorme, secrétaire général de la Compagnie de l’Exposition, arrête la machine du compte à rebours qui depuis un an soustrait imperturbablement les heures et les jours, seconde par seconde.

Visitez-Expo67La foule est vraiment très dense. Le système de comptage, plutôt compliqué et encore mal rodé, ne réussit plus à alimenter l’ordinateur central. Vers midi, il faut se rendre à l’évidence : le comptage des visiteurs doit maintenant se faire à la main. La presse semble aussi enthousiaste que la foule. Le New York Times proclame : « L’Expo 67 promet d’être une des plus grandes expositions internationales du siècle ».

Parmi les activités de ce 28 avril, signalons que le pavillon de l’Hospitalité et du Gaz naturel, accueille à déjeuner ses premières invitées de marque, madame Lester B. Pearson, épouse du premier ministre du Canada et madame Reine Johnson, épouse du premier ministre du Québec. Pauline Julien y interprète quelques chansons et Kate Reid récite des extraits de Shakespeare.

Visite du pavillon de la Scandinavie. 28 avril 1967. P132-2_011-014. Archives de la Ville de Montréal.

Visite du pavillon de la Scandinavie. 28 avril 1967. P132-2_011-014. Photo : Patricia Ling. Archives de la Ville de Montréal.

Vers 11 h, un convoi de trois yachts venu du Saguenay arrive au port de plaisance de l’île Sainte-Hélène. Les plaisanciers, en costumes de pionniers, sont accueillis par quelque 150 personnes vêtues de la même façon. Un coup monté, quoi !

Au pavillon du Canada, le ministre des Postes, monsieur Jean-Pierre Côté, inaugure le comptoir postal du pavillon où se vendra pendant l’Expo le timbre Katimavik, émis par la poste canadienne à l’occasion de l’Expo. Au pavillon des Nations unies, les philatélistes font la queue pour se procurer l’émission « premier jour » des timbres que cette auguste institution a mis en circulation spécialement pour l’Expo 67.

Le pavillon thématique l’Homme et la Santé voit le nombre de ses pensionnaires augmenter : dix petites souris sont nées aujourd’hui.

Un incident survenu à La Ronde mécontente bien des gens : des visiteurs, impatients et assoiffés, trouvant exagéré le prix d’une chope de bière importé, ont subtilisé des chopes et voulu partir sans payer. Les services de sécurité sont intervenus et en moins d’une heure tout est rentré dans l’ordre. Les menus sont maintenant affichés comme le veut le règlement et les prix des consommations sont indiqués de sorte que chacun sait ce qu’il en coûte pour étancher sa soif.

Visite du pavillon de la Scandinavie. 28 avril 1967. P132-2_011-015. Archives de la Ville de Montréal.

Visite du pavillon de la Scandinavie. 28 avril 1967. P132-2_011-015. Photo : Patricia Ling. Archives de la Ville de Montréal.

Le Monde des Petits a présenté son premier spectacle de marionnettes ainsi que la Laterna Magika, un ravissant spectacle tchèque conjuguant cinéma et participation d’acteur.

La première démonstration de ski nautique est donnée sur le lac des Dauphins par les frères Cloutier de Sainte-Adèle et le premier spectacle du Temps qui bouge, au Jardin des Étoiles.

Cette première journée s’est terminée sur une bonne nouvelle : la revue Hebdo-Éducation annonce que le gouvernement du Québec participera au financement des dépenses de transport afin d’assurer aux écoliers de tous les milieux la possibilité de visiter l’Expo. Les commissions scolaires ont été autorisées à consacrer deux journées scolaires à des visites dirigées à l’Expo. Bienvenue aux écoliers.

Les premiers groupes de musiciens, de chœurs, de fanfares, et même de théâtre à se produire dans les kiosques à musique sont : le University of Florida Choir ; le Smithers Harmonettes, une chorale de Colombie britannique ; le Beaconsfield High School Concert Band ; le Raving Mad, musiciens de Montréal ; le Mountain City Chorus, de Dorval, Québec ; le Fraser Highlanders, la Compagnie franche de la marine et la Fanfare de l’Expo. Ces groupes d’artistes, souvent des écoliers, donnent des représentations appréciées, sortes de haltes dans la course aux pavillons. Une fois leurs instruments remisés dans les autocars qui les ont amenés, mais toujours revêtus de leurs costumes, ils partent visiter l’Exposition, mêlant leurs joyeuses couleurs à celles de la foule.

***

Jour 002 
Samedi 29 avril 1967
Météo : temps clair toute la journée, 48 °F (8,9 °C) − 49 °F (9,4 °C)
423 000 visiteurs.

C’est avec enthousiasme que les visiteurs envahissent l’Expo. On se rend compte qu’il faut déjà envisager de nouvelles dispositions pour que le site reste impeccable : dispositions pour l’enlèvement des ordures, pour le transport sur le site, pour l’approvisionnement des restaurants.

Réception au pavillon du Japon. 29 avril 1967. VM94-X003-088. Archives de la Ville de Montréal.

Réception au pavillon du Japon. 29 avril 1967. VM94-X003-088. Archives de la Ville de Montréal.

Ce 29 avril est l’anniversaire de naissance de l’empereur du Japon, l’occasion d’une réception au pavillon de ce pays. Le commissaire général du pavillon, monsieur Kogoro Jemura, a prononcé l’allocution de circonstance, soulignant que pour bien marquer son appréciation envers le Canada, le Japon a demandé aux autorités de l’Expo la permission de reprendre le terme Expo pour sa propre Exposition universelle de 1970, Expo 70. Rappelons ici la protestation généralisée dans les journaux de langue anglaise contre l’appellation Expo 67, dès qu’elle fut adoptée ; une appellation alors jugée incompréhensible, mais maintenant utilisée dans le monde entier.

Réception au pavillon du Japon. 29 avril 1967. VM94-X003-066. Archives de la Ville de Montréal.

Réception au pavillon du Japon. 29 avril 1967. VM94-X003-066. Archives de la Ville de Montréal.

Le plus important navire de recherche océanographique du Canada, le Hudson, est arrivé à l’Expo. Il restera amarré au quai Mark-Drouin, devant Habitat 67, jusqu’au dimanche 7 mai. En plus d’exposer ses équipements scientifiques, le navire apporte 150 tonnes d’eau salée pour les aquariums de l’Expo.

À midi, Sir Laurence Olivier inaugure la librairie du pavillon de Grande-Bretagne : mille cinq cents ouvrages considérés comme les plus importants de l’édition britannique.

À 16 h, au pavillon commun de Trinidad & Tobago et Grenade a lieu la première du spectacle Calypso Steel Band, du folklore antillais qui remportera sûrement un énorme succès.

À 17 h, au pavillon de la Jeunesse, commence le colloque Canada 1967, par une conférence intitulée L’avenir économique du Canada. Les conférenciers sont deux économistes renommés : le professeur Edward English, de l’Université de Carlotta et monsieur Claude Forget de l’Université de Montréal.

Inauguration du Festival mondial à la Place des Arts. 29 avril 1967. VM94-X003-044. Archives de la Ville de Montréal.

Inauguration du Festival mondial à la Place des Arts. 29 avril 1967. VM94-X003-044. Archives de la Ville de Montréal.

Michèles Lalonde. Terre des hommes.La critique qualifie de triomphe le Gala d’inauguration du Festival mondial à la Place des Arts qui a débuté hier à 20 h à la Salle Wilfrid Pelletier. En début de programme, l’acteur français Jean-Louis Barrault et l’acteur britannique Sir Laurence Olivier ont récité, dans leur langue respective, un poème de Son Excellence Pierre Dupuy.

L’écrivaine Michèle Lalonde et le compositeur André Prévost conjuguent leurs talents dans une oeuvre intitulée Terre des Hommes, dont c’est la première mondiale. Les récitants sont Albert Millaire et Michelle Rossignol.

Michèle Lalonde (sur la droite). 29 avril 1967. VM94-X003-056. Archives de la Ville de Montréal.

Michèle Lalonde (sur la droite). 29 avril 1967. VM94-X003-056. Archives de la Ville de Montréal.

Vient ensuite l’Ode à la Joie de la Neuvième symphonie de Beethoven, interprété par la soprano Pierrette Alarie, la contralto Maureen Forrester, le ténor Léopold Simoneau et la basse Joseph Rouleau, avec le concours de l’Orchestre symphonique de Montréal, des choeurs du Festival mondial et de l’Université Carleton, sous la direction respective de Marcel Laurencelle et de F. Austin Walter. Les chefs d’orchestre sont Pierre Hétu et Wilfrid Pelletier.

Inauguration du Festival mondial à la Place des Arts. 29 avril 1967. VM94-X003-049. Archives de la Ville de Montréal.

Inauguration du Festival mondial à la Place des Arts. 29 avril 1967. VM94-X003-049. Archives de la Ville de Montréal.

Parmi les groupes amateurs qui se produisent pour la première fois à l’Expo, on applaudit les groupes suivants : le St. Mary’s of the Woods Chorale, de l’Indiana ; le Dartmouth College Glee Club, Dartmouth, New Hampshire ; le Chad & Char, musiciens de Windsor, Ontario ; le St. Francis Xavier Glee Club ; le Choeur Montjoie de Sherbrooke et la Chorale de l’Université Laval, de Québec.

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Jour 003
Dimanche 30 avril 1967
Météo : journée ensoleillée, 43 °F (6,3 °C) − 58 °F (17,2 °C)
569 000 visiteurs

C’est quoi, cette Exposition, peut-on se demander. C’est la vision de notre monde actuel, avec un regard sur le passé, le présent et l’avenir, une prise de conscience sur ce moment d’éternité. Mais cette vision n’est pas qu’un simple mirage. Elle reflète des événements réels et met en scène des acteurs réels, dans ses pavillons et dans la vie de tous les jours. Déjà, les visiteurs de l’Expo savent quels sont ceux qu’ils préfèrent. Et, aujourd’hui, voici un record qu’il sera difficile d’égaler : 569 000 visiteurs en ce premier dimanche, alors qu’on en avait prévu quelque 240 000. La guerre des chiffres est commencée, par comparaison avec les expositions antérieures.

Le millionième visiteur est passé inaperçu, vraisemblablement assez tôt dans la journée. Malheureusement pour lui ou elle il n’a pas été possible de l’identifier. La cohue était telle que les autorités du métro ont été forcées d’en fermer l’accès pendant près d’une heure au début de l’après-midi ; et les queues aux pavillons sont interminables, ainsi que pour les restaurants et même pour les abreuvoirs.

Le Médithéâtre, au pavillon de l’Homme et la Santé, dont l’inauguration a été retardée à cause de difficultés techniques, est enfin ouvert au grand public. Ses présentations, très réalistes, attirent des foules même si elles provoquent parfois des malaises et même des évanouissements chez les spectateurs. Le pavillon de la Tunisie est inauguré dans l’après-midi par l’ambassadeur du pays.

Au Jardin des Étoiles, Eberhard Scholer, un ressortissant de l’Allemagne de l’Ouest, remporte la palme d’un tournoi de tennis de table auquel participent sept pays : l’Angleterre, le Canada, la Corée, les États-Unis, le Japon, la Suède et la Tchécoslovaquie.

Début du théâtre Maisonneuve avec la collaboration du Théâtre de France Renaud-Barrault et du Théâtre du Nouveau Monde de Montréal dans une soirée intitulée Saint-Exupéry et les Hommes. C’est l’inauguration d’une extraordinaire série de spectacles et de concerts dont bon nombre restent à l’affiche pendant plusieurs jours.

Les kiosques de l’Expo reçoivent les groupes suivant : le St.John’s Cathedral High School Band, du Wisconsin et le Marunczak Dancers, de Montréal.

Voir en ligne : http://archivesdemontreal.com/2017/...