Il y a un siècle : incendie criminel aux conséquences tragiques à l’Hôpital général de Montréal

, par Instantanés

 

Le 14 février 1918, le feu éclate à l’étage où est située la crèche de l’Hôpital général de Montréal, établissement dirigé par les Sœurs de la Charité, plus souvent appelées « Sœurs Grises ». Le bilan est lourd : au moins 60 enfants de parents pauvres, orphelins ou abandonnés, âgés de quelques jours à 3 ans, y trouvent la mort.

 

 

C’est au coroner Ed McMahon qu’échoit la complexe tâche de déterminer les causes et les circonstances de cette terrible tragédie. Son rapport, un document de neuf pages, est déposé le 26 février 1918. Il comprend les noms de 60 petites victimes, le rapport des médecins légistes Wilfrid Derome et Donald D. MacTaggart ainsi que les témoignages de pères venus identifier le corps de leur enfant, de détectives et d’un électricien. Y sont également consignées les observations de sauveteurs, soit celles d’un pompier, de soldats en convalescence, d’une infirmière et de religieuses, parmi lesquelles sœur Amélie Laframboise, l’auteure de cette lettre.

 

 

 

 

Lettre de sœur Amélie Laframboise (1858-1936) au trésorier de l’Union nationale française, Paul Seurot (1869-1934), dans laquelle elle lui annonce la mort de son protégé, Napoléon George Moisan (nom orthographié Napoléon Joseph Moisan et Joseph Nap. Moisan dans le rapport du coroner), [février 1918]. BAnQ Vieux-Montréal. (P860,S6).

 

 

Ed McMahon conclut rapidement son enquête en déclarant que les enfants sont morts de cause accidentelle.

 

 

Conclusion du rapport du coroner, dossier #232, 26 février 1918, p.8. BAnQ Vieux-Montréal. (TP12,S2,SS26,SSS1).

 

 

 

En septembre 1918, cette affaire, considérée comme classée, connaît un rebondissement inattendu alors que le détective provincial, Georges Hector Rioux, accuse une employée de l’Hôpital, Bertha (baptisée Berthe) Courtemanche (1890-1928), d’avoir mis le feu à la « Crèche des Sœurs Grises ».

 

 

Dénonciation et plainte de Georges Hector Rioux, dossier #760, 19 septembre 1918, BAnQ Vieux-Montréal. (TP12,S2,SS1,SSS1).

 

 

 

Le juge de la Cour des sessions de la paix, François-Xavier Choquet, lance immédiatement un mandat d’arrestation à l’endroit de cette pyromane récidiviste.

 

 

Mandat d’arrestation du juge de la Cour des sessions de la paix, François-Xavier Choquet, dossier #760, 19 septembre 1918, BAnQ Vieux-Montréal. (TP12,S2,SS1,SSS1).

 

 

Le 19 novembre 1918, le juge François-Xavier Choquet accepte les recommandations formulées dans le rapport d’examen de l’état de santé mentale de Bertha Courtemanche signé par les docteurs F. E. Devlin et Omer Noël et il déclare l’accusée inapte à subir son procès pour cause de troubles mentaux.

 

 

 

François-Xavier Choquet, [1894], collections BAnQ numérique, 0002726772.

 

 

 

L’incendiaire Bertha Courtemanche est internée à l’Asile Sainte-Darie de la rue Fullum (Montréal), institution dirigée par les Sœurs du Bon-Pasteur (1). Elle décède « en la paroisse Saint-Jean-de-Dieu » de Montréal le 14 janvier 1928 (2).

 

Les rapports du coroner et les dossiers judiciaires, conservés dans les centres de BAnQ conservant des archives, représentent des sources essentielles, et souvent sous-exploitées, de renseignements sur l’ensemble des faits et des circonstances entourant un événement. La consultation de ces documents nous a permis de remonter le fil de la sombre histoire d’une tragédie survenue il y a cent ans.

 

 

Marthe Léger, archiviste, avec la collaboration de Carole Ritchot et Hélène Chartrand, techniciennes en documentation – BAnQ Vieux-Montréal

 

 

 

Références :

(1) Proulx, Daniel, L’épouvantable Saint-Valentin 1918, article publié dans La Presse, 17 janvier 1993, p. A8. http://collections.banq.qc.ca/retrieve/4471352

(2) Registres paroissiaux et Actes d’état civil du Québec (Collection Drouin), 1621 à 1968.

Liens complémentaires :

https://fr-ca.facebook.com/LesSoeursGrisesDeMontreal/

http://blogues.banq.qc.ca/instantanes/2015/01/09/3635/

Turmel, André, Le Québec par ses enfants : une sociologie historique (1850-1950), PUM, 2017.

 

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