L’humour des Poilus canadiens durant la Grande Guerre (deuxième partie : Le Canard de Montréal)

Bernard Andrès
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Malgré la crise de la conscription de 1917 et les tensions entre anglophones et francophones au sujet de l’engagement du Canada dans la Grande Guerre, plus de 30,000 Canadiens français partent pour le front. Ils s’illustreront notamment aux batailles d’Ypres, de Courcelette et de Vimy. Chez ces francophones dont la plupart se battent sous le drapeau britannique, on note une certaine ambivalence face « la » patrie (le Canada ? l’Angleterre ? la France ?). Défiance également envers la hiérarchie militaire et les autorités coloniales britanniques. De rares témoignages de première main publiés en français entre 1914 et 1920 permettent d’apprécier sous un angle nouveau —l’humour— cet épisode de l’histoire québécoise. Face à la censure de guerre et pour conjurer la mort, les récits recourent à ces stratégies d’évitement ou de subversion que sont l’humour, l’ironie et le sarcasme. On observe ces modes d’écriture dans les témoignages de quelques « Poilus » canadiens publiés entre 1914 et 1920. C’est ici le cas d’Une unité canadienne, “Coq‑à‑l’Âne” Sério-Comique, signé E. I. Oval, [pseudonyme de Joseph A. Lavoie], et E. Rastus [pseudonyme de Moïse Ernest Martin]. Cette charge illustrée est parue en feuilleton dans l’hebdomadaire satirique montréalais Le Canard, entre le 28 septembre 1919 et le 8 février 1920, puis dans une brochure de juin 1920. Les « justiciers masqués » Lavoie et Martin préfigurent nos actuels lanceurs d’alertes. Dénonçant avec humour les manquements à la sociabilité militaire, ils entendaient restaurer l’honneur de leur unité canadienne.
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Despite the conscription crisis of 1917 and the tensions between English and French concerning Canada’s involvement in the Great War, over 30,000 French Canadians went overseas. They became famous for their bravery at the battles of Ypres, Courcelette and Vimy. A certain ambivalence towards the “Mother Country” (Canada ? England ? France ?) became evident among these French-speaking soldiers most of whom fought under the British flag. Also of note was a certain mistrust of the military hierarchy and of British colonial authorities. Rare firsthand evidence published in French between 1914 and 1920 allows us to view this episode of Québec history from a new angle, that of humour. In an attempt to ward off death and sidestep wartime censorship, these accounts use subversive strategies such as humour, irony and sarcasm. This kind of writing may be found in the accounts of some of these French Canadian soldiers between 1914 and 1920. Most of them served in English uniforms : Henri Chassé, Claudius Corneloup, Arthur J. Lapointe, A. and W. Audette, Joseph A. Lavoie and Moïse E. Martin. Paul Caron, the only one to die at the front, enrolled in the French army : this determined nationalist said he was fighting for France and was opposed to “British navalism and imperialism.”

Voir en ligne : http://id.erudit.org/iderudit/1038746ar