La Grande Noirceur encore et toujours

Gilles Bourque
Près de soixante années après l’avènement de la Révolution tranquille, la notion de Grande Noirceur continue de hanter la mémoire du duplessisme. Ce texte examine d’abord les différentes approches que des essayistes, des historiens et des sociologues ont implicitement ou explicitement mises en oeuvre dans leurs travaux ou leurs réflexions sur la notion de Grande Noirceur. On peut, à ce propos, distinguer trois postures fort différentes. Les deux premières, la réitération et la rectification, prennent en quelque sorte la notion au pied de la lettre et cherchent soit à en réaffirmer la validité, soit, tout au contraire, à la contester en montrant sa fausseté. La troisième approche, celle de l’objectivation, consiste à construire la notion de Grande Noirceur en s’inspirant des règles de la méthode dans le domaine des sciences sociales. Dans une telle perspective, l’auteur proposera de déplacer le regard vers les années 1960 et 1970 et de considérer l’idée de Grande Noirceur comme l’une des notions centrales du discours providentialiste québécois. Ce discours s’organise, en effet, à partir de deux notions antithétiques, celles de Grande Noirceur et de Révolution tranquille, dont il est impossible de faire la synthèse. À partir de là, le discours providentialiste se déploie en deux chaînes de significations parfaitement étrangères l’une à l’autre. L’article se termine par un bref retour sur le duplessisme.

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