La Grande Noirceur vue par elle-même

Jacques Beauchemin
Nous avons l’habitude de rapporter la notion de Grande Noirceur et surtout sa critique à l’ébullition des années 1960. On assiste alors au procès d’une époque apparemment honteuse dont la Révolution tranquille n’aura cessé de dénoncer les attardements traditionalistes et conservateurs. Entre les ténèbres duplessistes et les lumières de la soi-disant « modernité » qu’aurait engendrée la Révolution tranquille, ce sont deux époques fortement contrastées que nous propose habituellement l’historiographie. Il n’en demeure pas moins que le procès en question s’était institué de l’intérieur même de la dite Grande Noirceur et que les manquements que lui imputeront les années 1960 étaient déjà largement connus au cours de la décennie précédente. Nous voudrons montrer que la critique de la Grande Noirceur s’est déployée en trois temps, chacun sous une thématique dominante. C’est dans Cité libre notamment, mais en d’autres lieux également, que se dessine la première critique. Elle préfigure celle de la Révolution tranquille elle-même, tout en étant plus sévère à certains égards. Le moment fort de cette critique se situe toutefois à la charnière de ces deux mondes au moment où le conservatisme canadien-français n’a pas encore rendu les armes et que pointent les premières clartés de la Révolution tranquille.

Voir en ligne : http://www.erudit.org/fr/revues/men...