La communauté finlandaise de Rouyn-Noranda

, par Instantanés

 

Quand on parle de l’immigration qui a contribué à l’essor de Rouyn-Noranda, on pense surtout aux Polonais, aux Ukrainiens, aux Russes et aux Italiens. Toutefois, on oublie souvent qu’il y avait une importante communauté finlandaise pendant les années 1930.

L’indépendance de la Finlande est proclamée en 1917. L’année suivante, le pays est plongé dans une guerre civile qui dure quelques années. Cette situation crée une certaine instabilité qui encourage une partie de la population à quitter le pays.

Après la grève des « Fros » en 1934, les Finlandais sont la troisième communauté en importance en Abitibi-Témiscamingue, après les Polonais et les Ukrainiens En 1941, on compte 1 133 Finlandais dans la région.

 

Les débuts de la communauté

Les premiers Finlandais arrivent dans le secteur de Rouyn-Noranda en 1925. La plupart d’entre eux étaient fermiers dans leur pays d’origine. Ils viennent s’installer en Abitibi-Témiscamingue dans l’espoir de trouver de meilleures opportunités sur ce qu’ils considèrent comme de « nouvelles terres ». Ils n’ont pas de difficulté pour s’adapter au climat de l’Abitibi-Témiscamingue puisque celui-ci est très similaire au climat des pays scandinaves.

Pendant que les femmes travaillent comme serveuse ou cuisinière, la majorité des hommes sont engagés dans les mines ou exercent le métier de prospecteur.

Quelques-uns se lancent même en affaires. C’est le cas de monsieur Niemen qui ouvre la maison de chambres Ruokala, de P. J. Kutianinen qui devient propriétaire de l’hôtel Mars ou encore de William Koivu qui dirige un bain public.

 

Groupe de mineurs finlandais incluant John Niemen, 1927. BAnQ Rouyn-Noranda (P117,S2,P338). Photographe non identifié.
Groupe de Finlandais devant la maison de chambres Kuokala tenue par monsieur Niemen à Rouyn-Noranda, vers 1926. BAnQ Rouyn-Noranda (P117,S2,P973). Photographe non identifié.

 

Bain vapeur de monsieur William Koivu situé au centre-ville de Rouyn-Noranda, vers 1926. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S1,P20). Photographe : Hubert Vavasour.

 

Unis par la langue, divisés par la classe sociale

À leur arrivée, les Finlandais forment une communauté plutôt fermée. Plusieurs d’entre eux n’apprennent jamais le français et se débrouillent avec difficulté en anglais. Les enfants parlent le finnois à la maison. Ils s’initient à l’anglais seulement lorsqu’ils commencent à fréquenter l’école.

Malgré le caractère fédérateur de la langue, la communauté finlandaise reste divisée en deux groupes qui reproduisent les schèmes sociaux de leur pays d’origine. Les gens qui sont considérés comme des aristocrates en Finlande gardent une certaine distance avec les immigrants qui sont issus de la classe ouvrière.

Le groupe des aristocrates est davantage tourné vers la vie religieuse. Ses membres adhèrent à l’église anglicane St-Bede’s de Rouyn-Noranda, même s’ils sont, pour la plupart, de confession luthérienne. Pour la célébration des événements spéciaux, comme les mariages et les funérailles, on fait venir des prêtres expressément de Toronto et de Kirkland Lake.

 

Première église de Rouyn-Noranda, l’église anglicane St-Bede’s est située à l’angle des rues Portage et Taschereau. Elle est construite en 1926. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S1,P114). Photographe : Hubert Vavasour.

 

Constitué d’une soixantaine de familles, le groupe appartenant à la classe ouvrière est quant à lui beaucoup plus dynamique. Dans les années 1920, ses membres fondent le Club finlandais. Leur salle communautaire se situe sur la rue Noranda, aujourd’hui appelée la rue Mgr Tessier, à l’endroit où se trouve actuellement le Centre culturel musulman.

On y organise des pièces de théâtre, en collaboration avec les Finlandais du nord-est de l’Ontario, ainsi que des soirées dansantes qui sont très populaires. Durant ces événements festifs, les enfants sont les bienvenus et dorment un peu partout dans l’édifice.

Le club ferme ses portes à la fin des années 1940, années qui coïncident avec le déclin progressif de la population finlandaise. En 1961, il ne reste plus que 167 Finlandais à Rouyn-Noranda. La majorité d’entre eux sont déménagés en Ontario, mais très peu sont retournés en Finlande.

Cependant, il subsiste quelques familles d’origine finlandaise à Rouyn-Noranda, notamment les Mommo et les Nieminen.

 

Portrait type d’un immigrant finlandais

La consultation des demandes de naturalisation permet de retracer le parcours d’un immigrant finlandais qui est venu s’installer à Rouyn-Noranda.

Antti Emil Kujaristi est né le 15 août 1901 à Alaharma, un ancien village de la province de Wasalen dans l’ouest de la Finlande. À l’âge de 25 ans, il monte à bord du navire Hellig Olav dans le port d‘Helsinki en direction d’Halifax, où il débarque le 3 octobre 1926.

À son arrivée au Canada, il séjourne deux mois à Montréal pour ensuite s’établir à Kirkland Lake, où il pratique le métier de mineur pendant trois ans. Par la suite, il déménage à Toronto pour un an et s’établit finalement à Rouyn-Noranda en 1930.

Il est alors marié à Laina Simberg Kujaristi, native de Jeppo, avec qui il a un fils prénommé Snea. Cependant, sa famille ne le suit pas au Canada. En 1932, année où il fait sa demande de naturalisation, sa femme et son fils demeurent toujours à Jeppo.

Sa fiche descriptive nous précise qu’il mesure 5’11’’, qu’il a les yeux et les cheveux noirs. Il demeure au 525, rue Perreault à Rouyn-Noranda près du boulevard Québec.

 

Demande de naturalisation d’Antti Émil Kujaristi, 1932. BAnQ Rouyn-Noranda (TL340,S47,SS1,D16408-32-1).

 

Demande de naturalisation d’Antti Émil Kujaristi, 1932. BAnQ Rouyn-Noranda (TL340,S47,SS1,D16408-32-2).

 

Demande de naturalisation d’Antti Émil Kujaristi, 1932. BAnQ Rouyn-Noranda (TL340,S47,SS1,D16408-32-3).

 

Demande de naturalisation d’Antti Émil Kujaristi, 1932. BAnQ Rouyn-Noranda (TL340,S47,SS1,D16408-32-4).

 

Sébastien Tessier, archiviste-coordonnateur – BAnQ Rouyn-Noranda

 

Voir en ligne : http://blogues.banq.qc.ca/instantan...