La fausse capitulation du 8 mai 1945

, par La Rédaction

Le Point.fr
Par Jérémy Mazoyer 

Berlin, le 8 mai 1945. C’est dans une villa soviétique dans la banlieue de Berlin que se retrouvent les représentants des protagonistes de cette Seconde Guerre mondiale. La cérémonie est solennelle et courte. Les représentants du haut commandement de l’Allemagne signent l’acte de capitulation aux alentours de 23 heures. C’est cet instant qui est considéré comme le point final du second conflit mondial commencé presque six ans auparavant. Russes, Anglais, Américains, Français sont présents pour s’assurer de leur « victoire ». Cependant, cette signature n’est pas la véritable capitulation. Cette dernière a eu lieu la veille, sur le territoire français. 

La vraie capitulation de Reims, 7 mai 1945. 

Le général américain Ike Eisenhower reçoit le général Jodl. Ce dernier est envoyé par l’amiral Karl Dönitz, nouveau chef du IIIe Reich après le suicide d’Adolf Hitler quelques jours plus tôt, le 30 avril, pour négocier les termes de la capitulation allemande. Les dirigeants allemands espèrent trouver des Américains et des Britanniques plus conciliants que les Russes. C’est pourquoi ils se rendent à Reims. Les espoirs d’amortir la chute du IIIe Reich sont importants chez les Allemands. Cependant, la réaction des Alliés présents dans la capitale champenoise est une surprise. Eisenhower reçoit l’ordre de faire preuve de dureté. Lui-même s’est construit une aversion profonde contre les nazis après la découverte des camps de concentration et des horreurs organisées par leurs dirigeants. De plus, le spectre de la Première Guerre mondiale plane encore dans les esprits des Alliés qui ne veulent pas réitérer les erreurs faites à l’époque.

En Allemagne, la situation reste tendue. La possibilité de nouvelles pertes humaines dans des combats isolés pousse les dirigeants américains à agir dans l’urgence. Ils se penchent sur la rédaction d’un acte de capitulation au plus vite. Churchill, le Premier ministre britannique, donne rapidement son accord. Les Français, en retrait dans ce processus, accompagnent tout de même les opérations orchestrées. Arrivé le 6 mai à Reims, le général Jodl est mis face à un document court mais clair dans la nuit du 6 au 7 mai. Un cessez-le-feu et une fin des combats doivent être actés dans les quarante-huit heures suivant la signature de cette capitulation. C’est donc dans une salle de classe d’un collège de Reims que prend officiellement fin la Seconde Guerre mondiale, le 7 mai 1945 à 2 h 41, à la suite de la signature du document par l’ensemble des délégations présentes. 

La colère de Staline 

Cependant, l’histoire a retenu le 8 mai. En effet, Staline, mis au courant de l’avancement des négociations, explose de colère lorsqu’il apprend que la capitulation a été signée à Reims ce fameux 7 mai. Le chef soviétique se sent trahi et voit dans cette signature rémoise un complot tourné contre lui et l’URSS. L’autre raison de cette rage est le lieu de la capitulation. Staline veut qu’elle ait lieu sur le territoire de l’ennemi vaincu, symbolisant l’emprise des vainqueurs sur les dirigeants ainsi soumis. Pour les Alliés de l’Ouest, l’annonce officielle est donc faite le 7 mai. Mais les Soviétiques ne comptent pas en informer leur population avant qu’une nouvelle cérémonie n’ait lieu. Reims n’est considéré que comme un préliminaire qu’il faut accompagner d’un événement plus important et symbolique. Staline obtient donc des Alliés qu’une cérémonie soit organisée à Berlin, dans la capitale vaincue. Les représentants des pays vainqueurs se rendent dans la banlieue est de la capitale allemande pour célébrer leur victoire. Une cérémonie solennelle permet d’officialiser la capitulation aux yeux du monde entier. 

Le faste de cet événement fait du 8 mai la journée de la capitulation. Pourtant, le document signé par les dirigeants allemands est presque identique à celui signé quelques heures auparavant à Reims. De plus, la signature a lieu à 23 heures à Berlin. À la faveur du fuseau horaire, il est donc minuit à Moscou. C’est ainsi que la capitulation allemande est célébrée le 9 mai dans la capitale russe.

L’histoire n’a pas retenu cette nuit du 7 mai et la capitulation officielle, elle a préféré retenir la journée du 8 mai 1945 qui a également été riche en événements pour des raisons plus sombres. À quelques kilomètres de Berlin, plus précisément en Algérie, à Sétif, loin du faste de la cérémonie, les nationalistes algériens profitent de cette journée particulière pour faire entendre leur voix. Les manifestations dans ce qui est alors un département français tournent au massacre. Un policier tire sur un jeune nationaliste algérien et le tue. Cela provoque des émeutes qui font des milliers de morts du côté algérien. Pendant qu’une grande partie du monde trouve enfin la paix avec la capitulation de l’Allemagne, une autre partie plonge à nouveau dans une période sombre de son histoire.

Voir en ligne : http://www.lequebecetlesguerres.org...