La légende d’Edmund Horne ou la naissance de Noranda

, par Instantanés

Plusieurs villes ont un héros fondateur dont la vie est pleine d’aventures et de légendes. Rouyn-Noranda n’y fait pas exception. Le célèbre prospecteur Edmund Henry Horne est celui qui donna naissance à cette ville en découvrant des gisements de cuivre d’une grande richesse.

Des voyages de prospection ou lorsque la patience est d’or !

Né en 1865 à Endfield en Nouvelle-Écosse, Edmund Horne parcourt le Colorado, la Colombie-Britannique, le Labrador et la Californie avant de s’établir, en 1908, dans le nord-est de l’Ontario. La recherche d’un filon d’or qui ferait de lui un homme riche devient son leitmotiv. Néanmoins, ce n’est pas l’appât du gain qui est la motivation première de sa quête, mais plutôt l’amour ! Selon la légende, Horne est tombé amoureux d’une jeune fille qui lui déclare : « Je vais t’épouser la journée où tu seras riche ». Fort de ses connaissances acquises dans les mines de la Nouvelle-Écosse, c’est avec cette promesse en tête qu’il se lance dans la grande aventure de la prospection. Le premier long voyage qu’il entreprend en 1911 n’est pas fructueux, bien qu’il passe près de découvrir un gisement important à Kirkland Lake, dans le nord-est de l’Ontario.

Edmund Horne lors d’un de ses voyages en canot dans le canton de Rouyn, entre 1911 et 1922. Archives nationales à Rouyn-Noranda, fonds Fonderie Horne (P123, S4, P1247). Photographe non identifié.

Nullement découragé, Horne prend alors la décision de franchir la frontière qui sépare l’Ontario et le Québec. Il est convaincu que cette ligne imaginaire ne fait pas de différence dans la formation géologique du sol. Cette idée mûrit dans sa tête depuis quelques années, même s’il sait qu’il lui sera difficile de convaincre les investisseurs de financer un voyage dans un endroit isolé et accessible seulement par canot. Horne est conscient que cette aventure pourrait tourner à l’échec.

En 1911, il convainc Bob Bryden, un vétéran prospecteur du nord-est de l’Ontario, de l’accompagner lors de son premier voyage. Les deux hommes naviguent donc en canot de Haileybury jusqu’au lac Osisko. Ils explorent principalement la rivière Kinojévis, pour finalement revenir à Cobalt les mains vides, mais la tête pleine d’espoir. À tout le moins pour Horne, car son partenaire ne voudra plus jamais y retourner.

Edmund Horne, à droite, en compagnie de E. Tremblay à Haileybury, 1926. Archives nationale à Rouyn-Noranda, collection Société d’histoire de Rouyn-Noranda (P117, S2, P2249). Photographe non identifié.

Il lui faut trois ans pour convaincre de nouveaux partenaires de le suivre. Il entreprend finalement son deuxième voyage en 1914. Cette fois-ci, il se rend à l’endroit où sera plus tard ouverte la mine Noranda. Une fois sur place, il a de la difficulté à concevoir la manière dont il pourrait exploiter un territoire aussi isolé. Après avoir discuté longuement avec ses partenaires, il décide de ne pas enregistrer (claimer) le terrain. Cela lui évitera de répandre la rumeur qu’il y a de l’or dans la région. Horne rapporte seulement quelques échantillons du minerai pour les faire analyser. À son retour, il est frappé par le découragement. Non seulement il apprend que la Première Guerre mondiale a été déclenchée, mais il découvre que ses échantillons sont composés principalement de pyrite de fer.

Est-ce de l’amour, de la folie ou de l’entêtement à trouver de l’or ? Personne ne le saura jamais, mais le rêve d’Edmund Horne est toujours bien vivant malgré les mauvaises nouvelles. On peut l’entendre parler de ses voyages au Québec dans tous les hôtels du nord de l’Ontario. C’est ainsi qu’il rencontre Dave Salomon dans un salon de quilles de New Liskeard. Cet homme l’accompagne lors de son troisième périple en 1917. Au cours de ce séjour qui dure environ un mois, Horne trouve les premières traces du gisement qui le rendra célèbre quelques années plus tard. Toutefois, puisqu’il s’agit d’une veine de cuivre et que les coûts pour extraire ce minerai sont exorbitants, il ne croit pas bon, encore une fois, d’enregistrer le terrain. Il regrette néanmoins cette décision lorsqu’il croise des prospecteurs sur le chemin du retour.

La crainte de perdre son terrain qu’il a enregistré le motive à réunir des investisseurs pour former le Tremoy Lake Syndicate, ce qui lui permet de financer ses prochaines excursions. En 1920, c’est donc avec un budget de 225 $ qu’il entreprend son quatrième voyage en compagnie de son associé Ed. Miller. Ce voyage lui permet d’enregistrer le fameux terrain situé sur les rives du lac Osisko.

L’année 1921 marque un tournant dans l’histoire de Noranda. C’est à ce moment que les deux hommes découvrent enfin les premières veines d’or intéressantes. Lorsqu’ils retournent à Haileybury, les échos de leur succès déclenchent officiellement la ruée vers l’or dans le canton de Rouyn, si bien qu’ils décident de retourner au lac Osisko pour s’approprier le plus de territoire possible. Ils reviennent à Haileybury juste avant que la glace ne s’installe définitivement.

Comble de malchance, en débarquant son équipement, Horne laisse tomber le sac d’échantillons au fond du lac Témiscamingue. Il passe donc les journées suivantes au bout du quai à tenter de repêcher les résultats de son labeur qui se trouvent à une profondeur de six mètres d’eau glaciale. Après près d’une semaine d’efforts, il réussit in extremis à récupérer ses échantillons avant que l’hiver ne s’installe.

Les photographies d’Edmund Horne sont plutôt rares. Pensez-vous que celle-ci en est une ? L’homme au centre lui ressemble étrangement. Archives nationales à Rouyn-Noranda, fonds Comité du 50e anniversaire de Rouyn-Noranda (P34, S3, D20, P36). Photographe non identifié.

Des efforts récompensés

Finalement, c’est en 1922 que son rêve se concrétise. Plus déterminés que jamais, Horne et ses partenaires décident de partir avant la fin de l’hiver pour devancer la horde de prospecteurs qui planifient de se rendre dans le canton de Rouyn au printemps. Ils font une partie du trajet en train et en traîneau de bûcheron. À leur arrivée au lac Opasatica, ils poursuivent leur périple en raquettes jusqu’à Rouyn à travers le blizzard. Ils parcourent alors en neuf jours un trajet qui leur prend habituellement une journée en canot. Ce voyage leur permet d’ajouter 400 acres de terrain à leur concession minière.

Ils reviennent à Rouyn au mois de juin. Cette fois-ci, la chance leur sourit. Lors de la dernière journée d’échantillonnage, une torche qui sert à éloigner les moustiques tombe au sol et provoque un incendie dans les buissons près de leur campement. Horne et Miller se précipitent alors dans le lac pour éviter d’être brûlés vifs. Lorsque le vent tombe et que les flammes se résorbent, Horne a la brillante idée d’explorer la roche qui a été dépouillée par le feu. C’est à cet endroit précis qu’il découvre le célèbre gisement de cuivre « A » qui justifie la présence d’une mine dans le canton de Rouyn.

Trajet fait en raquettes par Horne lors de son voyage de 1922. Extrait de la carte du Pontiac Nord de 1907. Archives nationales à Rouyn-Noranda, fonds Société du patrimoine de Rivière-des-Quinze (P1, P230).

Cette découverte attire l’attention des investisseurs américains. S. C. Thompson et H. W. Chadbourne achètent finalement la concession minière du Tremoy Lake Syndicate pour la somme de 320 000 $. Enfin, Edmund Horne devient riche.

Que l’histoire soit véridique ou partiellement romancée, elle est tout de même à l’origine du projet minier qui a donné naissance à la ville de Noranda, qui a été officiellement incorporée le 11 mars 1926.

Malheureusement, la suite de l’histoire ne dit pas si, à son retour en Nouvelle-Écosse, Horne a épousé la jeune dame dont il était tombé amoureux plusieurs années plus tôt.

Signature d’Edmund Horne dans le registre de l’Hôtel Osisko, le 18 juin 1925. Archives nationales à Rouyn-Noranda, fonds Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (S3, S1, D5-143).

Pour en savoir plus

LACASSE-GAUTHIER, Annette, J’ai vu naître et grandir ces jumelles, Rouyn-Noranda, 1967.

ROBERTS, Leslie, Noranda, Clarke, Irwin & Company Limited, Toronto, 1956.


Sébastien Tessier, archiviste-coordonnateur – Archives nationales à Rouyn-Noranda


Cet article est une version révisée d’un texte publié dans le blogue Instantanés de BAnQ, le 4 avril 2018, sous le titre La légende d’Edmund Horne ou la naissance de Noranda. Il est principalement basé sur le livre Noranda de Leslie Roberts, un très bon ami de James Murdoch, premier directeur de l’entreprise Noranda, ainsi que sur des légendes qui circulent à Rouyn-Noranda. Certains faits pourraient ne pas correspondre à l’histoire réelle. 


1. Montant avancé par Monseigneur Albert Pelletier dans le livre J’ai vu naître et grandir ces jumelles d’Annette Lacasse-Gauthier, 1967.

Cet article La légende d’Edmund Horne ou la naissance de Noranda est apparu en premier sur Instantanés.

Voir en ligne : https://blogues.banq.qc.ca/instanta...