La légende du Picoté

, par noreply@blogger.com (Le Flâneur)

Le contexte

La légende du Picoté nous a été rapportée par l'annaliste du couvent des Ursuline des Trois-Rivières en 1911. Elle est basée sur un événement, réel ou imaginaire, qui se serait produit à Louiseville au tournant du XVIIIe siècle, à la fin des guerres franco-iroquoises. Louiseville, autrefois appelée Rivière-du-Loup, a été fondée en 1665 sur le bord du Lac-Saint-Pierre qui est formé par un élargissement du fleuve Saint-Laurent. À ses débuts, la bourgade était directement exposée aux attaques des Iroquois qui pénétraient dans le fleuve par la rivière Richelieu sur la rive Sud à la hauteur de Sorel.

Cette carte moderne de la Réserve mondiale de la biosphère du Lac Saint-Pierre situe les lieux où se déroule la légende du Picoté.

Source de la carte


Légende du Picoté


« Un ancien de Louiseville nous a raconté la légende du Picoté. 

M. le Chevalier de Lamirande, dont la terre confinait au lac St- Pierre, parti pour la chasse, avait laissé au logis sa jeune femme et un nouveau-né. Madame Lamirande voit venir une flottille d'Iroquois. « Je suis morte ! » se dit-elle ; et devant ses yeux étincellent les horreurs du scalpel, l'enlèvement, la mort sur le bûcher.

Mais tout à coup une lueur d'espoir brille dans son intelligence. Elle saisit son enfant, l'enveloppe de linges, le prend dans ses bras, et dans cette attitude, elle se met sur le seuil de la hutte. La fumée qui s'échappe de l'humble toit attire les sauvages. D'aussi loin qu'elle les aperçoit, elle leur fait signe, par les plus énergiques démonstrations, que son enfant a la picote. Elle met les doigts sur sa figure, indiquant qu'elle est picotée et elle les reporte sur le corps de l'enfant qu'elle présente comme criblé. 

A peine les sauvages eurent-ils saisi sa mimique que ces guerriers, si avides de sang et de carnage, rebroussent chemin et s'enfuient à toutes jambes. Madame Lamirande, grâce à cet ingénieux stratagème, avait sauvé sa vie et celle de son enfant. »
(source : Les Ursulines des Trois-Rivières depuis leur établissement jusqu'à nos jours, tome quatrième, Imprimerie de l'Action sociale, Québec, 1911, page 36).

 
Histoire réelle ou inventée ?

La légende est révélatrice de la terreur qu'inspiraient les Iroquois.

Elle tient de faits réels. Jean Dulignon, sieur de La Mirande, était le fils d'Élie, procureur au duché de LaRochefoucaud. Il a vécu à Montréal où il est arrivé vers 1670. Son fils Pierre, sergent de la Compagnie de Cabanac, s'est marié à Louiseville le 27 juillet 1703 et son premier enfant est né à cet endroit en 1705. 

Il y a un anachronisme. La Grande paix de Montréal a été signée en 1701. Elle mettait fin officiellement aux raids des Iroquois dans la colonie. Mais il est possible que des bandes d'Iroquois aient continué de fréquenter le Lac Saint-Pierre après la signature du traité, sans pour autant attaquer les colons. On comprend qu'une jeune femme laissée seule avec son bébé ait pu paniquer en les voyant arriver.

Par ailleurs, la varicelle ou picote était mortelle pour les Amérindiens qui ne possédaient pas d'anticorps contre cette maladie. Davantage que les guerres ou l'alcool, les maladies infectieuses apportées par les Blancs ont été la principale cause du déclin des populations autochtones en Amérique du Nord.

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