La médecine au temps de la Nouvelle-France

, par Instantanés

Traité nommé « De l’explication des vertus des plantes » portant sur les qualités médicinales des plantes, première page. BAnQ Québec (P1000,S3,D2774).

 

En Nouvelle-France, le corps médical était très hiérarchisé. Tout d’abord, le médecin, de par sa formation universitaire, jouissait d’un prestige élevé. Le thérapeute, quant à lui, était un érudit et un gestionnaire, dont les fonctions principales consistaient à écrire des articles scientifiques, à enseigner, à contrôler les admissions dans les hôpitaux et à distribuer des directives aux chirurgiens et aux aides-soignants ecclésiastiques. Pour sa part, le chirurgien, contrairement au médecin, traitait les blessures et les maladies de façon concrète. En fait, il se rapprochait davantage de la description « moderne » que nous avons aujourd’hui d’un médecin. Un bon chirurgien devait être connaissant en sa profession, avoir un caractère serviable et être prêt à répondre à tout moment du jour ou de la nuit aux patients malades ou inquiets. En dernier lieu, l’apothicaire, bien qu’essentiel, se situait à l’échelon le plus bas de la hiérarchie médicale puisque qu’il exerçait un métier plutôt commercial. Il s’agit du précurseur des pharmaciens, nom donné à la profession à la suite d’une déclaration royale émise par Louis XVI le 25 avril 1777.

 

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la médecine ne soignait pas des maladies, mais bien des « humeurs ». Cette vision des choses reposait sur une théorie datant de l’Antiquité. On pratiquait notamment des lavements et des saignées pour corriger les blocages provoqués par les humeurs. Si ces dernières n’étaient pas en cause, on associait alors les troubles de la santé au divin.

 

Chose étrange, à une époque où l’hygiène se résumait à faire une toilette sèche du corps – les rares utilisations de l’eau étant réservées essentiellement aux mains et au visage –, l’hôpital était le seul endroit où l’on exigeait la propreté et l’aération régulière des lieux.

 

L’accessibilité aux soins était plus facile en milieu rural, mais ceux-ci étaient relativement coûteux. Les textes historiques ont démontré que certains chirurgiens ajustaient les tarifs de leurs pratiques selon leur clientèle. Ils pouvaient même accepter exceptionnellement des paiements en services ou en objets. Un chirurgien ne dépassait par les 20 kilomètres en périphérie pour prodiguer des soins aux malades qui étaient, la plupart du temps, traités à leur domicile.

 

Il est aussi intéressant de noter que la pharmacopée canadienne était souvent importée de la France, mais que des plantes médicinales furent malgré tout cultivées dès le début de la colonie. D’ailleurs, les documents écrits révèlent que les Français s’intéressèrent à la flore du nouveau pays et que plusieurs plantes médicinales utilisées par les Amérindiens furent exportées dans la métropole.

 

Plusieurs documents conservés dans les différents centres de BAnQ témoignent du monde médical en Nouvelle-France et lèvent le voile sur les pratiques de l’époque. Parmi les traces écrites consultables dans Pistard, voici quelques exemples particulièrement éloquents :

 

– Traité nommé « De l’explication des vertus des plantes » portant sur les qualités médicinales des plantes, [vers 1750]. BAnQ Québec (P1000,S3,D2774).

– Requête de Charles Alavoine, maître chirurgien, demeurant à Trois-Rivières, demandeur, à l’encontre de Guillaume Beaudry (Baudry), maître arquebusier, demeurant aussi à Trois-Rivières, parlant par Françoise Beaudry (Baudry), sa fille, défendeur, 18 février 1726. BAnQ Trois-Rivières (TL3,S11,P1130).

– Certificat médical du chirurgien Gaspard Émery décrivant les blessures infligées à Simon Arcand et à son fils Jean et leur ordonnant d’arrêter le travail pour une vingtaine de jours, 9 juillet 1711. BAnQ Québec (TL1,S11,SS2,D289).

– Information sur Jean Guay, habitant au village de Ville-Marie, paroisse Saint-Étienne, seigneurie de Beaumont, trouvé pendu près de sa maison (suicide) , 28 mai 1756 – 29 mai 1756. BAnQ Québec (TL5,D1852).

– Procès-verbal de la découverte du cadavre de madame de la Vallière, morte chez elle, rue Buade, comprenant la visite du cadavre par le lieutenant des chirurgiens de Québec, Jourdain Lajus et l’interrogatoire de Catherine Charland Francoeur, fille de Noël Charland, âgée de 22 ans, demeurant à Québec, rue Saint-Louis, cuisinière de madame de La Vallière, que l’on soupçonne du meurtre de cette dernière, morte des suites d’une violente altercations entre elles, 12 septembre 1721. BAnQ Québec (TL5,D621).

 

Maryse Dompierre, technicienne en documentation – BAnQ Trois-Rivières

 

En complément :

– LESSARD, Rénald, Au temps de la petite vérole : la médecine au Canada aux XVIIe et XVIIIe siècles, Québec, Septentrion, 2012, 448 p.

– LESSARD, Rénald, Se soigner au Canada aux XVIIe et XVIIIe siècles, Hull, Musée canadien des civilisations, 1989, 160 p.

– GOULET, Denis et Robert GAGNON, Histoire de la médecine au Québec, 1800-2000 : de l’art de soigner à la science de guérir, Québec, Septentrion, 2014, 450 p.

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