La transformation des capitaux culturel et social en région au xixe siècle dans un contexte de renouvellement des élites : l’exemple de Saint-Jean-sur-Richelieu

Alex Tremblay Lamarche
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Au cours du xixe siècle, Saint-Jean-sur-Richelieu voit ses élites se transformer. Les commerçants anglo-protestants qui occupaient les principaux postes de pouvoir au début du siècle font place à des juristes et des marchands franco-catholiques au tournant du xxe. Si le phénomène révèle un renouvellement des élites, il est également symptomatique d’une mutation des capitaux culturel et social. Alors que les Canadiens français qui s’implantent dans la ville vers 1800 s’intègrent aux notables locaux anglo-protestants en prenant souvent épouse dans ce groupe et en parlant anglais au quotidien, les rapports de force s’inversent au milieu du siècle. Les familles en voie d’anglicisation se remettent à fréquenter les institutions canadiennes-françaises et de plus en plus d’anglophones s’intègrent aux réseaux de sociabilité canadiens-français. Le cas de Saint-Jean-sur-Richelieu amène donc à nuancer l’idée selon laquelle une élite francophone remplace l’élite anglophone préexistante à la faveur de la « reconquête canadienne-française » et montre plutôt que les élites s’adaptent aux changements économiques en modifiant leurs réseaux et leurs pratiques culturelles.
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During the 19th century, the elites of Saint-Jean-sur-Richelieu underwent profound change. The Anglo-Protestant merchants who occupied the positions of power at the beginning of the century had been replaced by French Catholic jurists and merchants by 1900. This change reflected not only the renewal of elites, but also shifts in social and cultural capital. While the French Canadians who settled in Saint-Jean-sur-Richelieu around 1800 sought to integrate into the local Anglo-Protestant bourgeoisie, through marriage or simply by speaking English in their daily lives, by mid-century power relations had begun to reverse. Families that had become progressively Anglicised began to attend French Canadian institutions and a growing number of Anglophones integrated into French Canadian networks. The case of Saint-Jean-sur-Richelieu thus brings nuance to the idea that a Francophone elite replaced a pre-existing Anglophone elite as a result of a French Canadian “reconquest” and shows instead that elites adapted to economic change by altering their networks and cultural practices.

Voir en ligne : http://id.erudit.org/iderudit/1050783ar

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