Le « Croche-des-Maires »

, par Instantanés

 

Sur la route 169 au Lac-Saint-Jean, entre Saint-Méthode et Saint-Félicien, la courbe connue sous le nom le « Croche–des-Maires » a une histoire bien singulière. Voici l’origine de ce toponyme si particulier.

 

Nous sommes le 9 décembre 1948. Les maires de deux municipalités de la région se préparent à prendre le train à Chambord pour se rendre à Québec. Le premier, Arthur Gaudreault, 62 ans, a été élu en février de la même année comme maire de la nouvelle municipalité de Saint-Ludger-de-Milot. Le deuxième, Théophile Côté, 47 ans, est le maire de Péribonka depuis 1945.

 

Lors de cette journée, les deux protagonistes se rendent à Roberval pour une réunion du conseil de comté. Prévoyant faire des transactions dans la Vieille Capitale, les deux maires ont retiré de grosses sommes d’argent. Ils prennent le repas du midi chez Aimé Trudel, le gendre de M. Gaudreault. Cependant, pendant le repas, on les avise par téléphone qu’ils doivent revenir à Dolbeau pour rencontrer le secrétaire de la coopérative de Sainte-Jeanne-d’Arc, M. Léo Routhier, pour une raison qui, apparemment, ne peut pas être discutée au téléphone.

 

Arthur Gaudreault appelle alors son fils pour qu’il vienne le chercher à la croisée du chemin de Péribonka, après sa rencontre avec M. Routhier. Toutefois, le fils attend en vain jusqu’au matin. Son père n’arrive jamais à destination. Pendant plus d’une semaine, le mystère demeure complet. Il n’y a aucune trace des deux maires. Tous se perdent en conjectures. Où sont-ils passés ? Que leur est-il arrivé ? Les journaux de l’époque émettent plusieurs hypothèses. Dans un article paru le 16 décembre 1948 dans L’Étoile du Lac, on évoque la possibilité d’un accident de la route. L’éventualité d’une embuscade, en raison des importantes sommes d’argent transportées, n’est pas non plus écartée. D’intenses recherches sont organisées partout dans la région et même à Québec.

 

 

 

« Disparition de deux maires », journal L’Étoile du Lac, édition du 16 décembre 1948.

 

 

Ce n’est que le 16 décembre, dans l’après-midi, que Léo Gaudreault, fils du maire Gaudreault, remarque une aile de voiture émergeant de l’eau dans la rivière Ticouapé. Après des recherches, une voiture est retrouvée par Joseph-Élie Girard, agent de la circulation de Saint-Gédéon, par Georges-Émile Lemieux, chef de police de Saint-Félicien, et par le fils de M. Gaudreault. Malheureusement, les deux maires ont rencontré leur destin à Saint-Méthode. L’accident s’est produit dans une courbe assez prononcée de la route. La voiture a probablement dérapé sur une couche de glace. Le véhicule a alors plongé dans la rivière, à environ 1,6 kilomètre de Saint-Méthode, et ce, après avoir défoncé la clôture de sécurité sur une longueur d’environ cinquante pieds. Ce tragique accident est passé inaperçu. Quelque temps plus tard, le coroner du district, le docteur Ludger Poisson de Roberval, rend un verdict de mort accidentelle.

 

 

 

Photo prise lors de la découverte des corps des deux maires dans la rivière Ticouapé à Saint-Méthode, 16 décembre 1948. Collection de la Société d’histoire de Saint-Félicien.

 

 

Photo prise lors de la découverte des corps des deux maires dans la rivière Ticouapé à Saint-Méthode, 16 décembre 1948. Collection de la Société d’histoire de Saint-Félicien.

 

 

Photo prise lors de la découverte des corps des deux maires dans la rivière Ticouapé à Saint-Méthode, 16 décembre 1948. Collection de la Société d’histoire de Saint-Félicien.

 

 

Photo prise lors de la découverte des corps des deux maires dans la rivière Ticouapé à Saint-Méthode, 16 décembre 1948. Collection de la Société d’histoire de Saint-Félicien.

 

 

Photo prise lors de la découverte des corps des deux maires dans la rivière Ticouapé à Saint-Méthode, 16 décembre 1948. Collection de la Société d’histoire de Saint-Félicien.

 

 

Photo prise lors de la découverte des corps des deux maires dans la rivière Ticouapé à Saint-Méthode, 16 décembre 1948. Collection de la Société d’histoire de Saint-Félicien.

 

 

 

 

Verdict du coroner Ludger Poisson sur la mort d’Arthur Gaudreault et de Théophile Côté, 9 décembre 1948. BAnQ Saguenay (TP12,S31,SS26,SSS1 dossier 987).

 

 

 

Témoignage de Joseph-Élie Girard sur la mort des maires Gaudreault et Côté, décembre 1948. BAnQ Saguenay (TP12,S31,SS26,SSS1 dossier 987).

 

 

 

Après la découverte de la voiture, les funérailles des maires sont organisées. Celles de Théophile Côté ont lieu dans la nouvelle église de la paroisse de Péribonka, que l’on aménage spécialement pour l’occasion puisque sa construction n’est pas terminée. Quant à Arthur Gaudreault, ses funérailles ont lieu le 20 décembre 1948 à l’église de Saint-Ludger-de-Milot. Outre la famille et les amis, de nombreuses personnalités de la région sont présentes, notamment des maires et des membres du clergé.

 

Cette tragédie a donné un nom à la courbe de Saint-Méthode responsable de l’accident : le « Croche-des-Maires ».

 

 

 

« Les deux maires retrouvés noyés », journal L’Étoile du Lac, édition du 23 décembre 1948.

 

 

 

 

Un merci spécial à la Société d’histoire de Saint-Félicien qui a fourni les photos.

 

Myriam Gilbert, archiviste – BAnQ Saguenay

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