Le Fonds Patriotique Canadien : initiative nationale, forces locales

, par Instantanés

Au début de la Première Guerre mondiale, que l’on prévoyait courte et glorieuse pour le Canada[1], le Fonds Patriotique Canadien est créé afin de venir en aide financièrement aux familles dont les fils, frères ou époux se sont enrôlés pour faire partie du Corps expéditionnaire canadien.

 

Affiche du Fonds Patriotique Canadien, succursale de Fraserville, 1915. BAnQ Rimouski (P1002).

 

D’initiative privée, l’organisme caritatif est centralisé à Ottawa et à Montréal et des sections régionales sont constituées afin de pouvoir administrer l’organisation localement. Les archives du Fonds Patriotique Canadien – section Fraserville, récemment acquises par BAnQ Rimouski, sont les rares témoins de son fonctionnement.

 

Copie d’une lettre de Joseph-Pierre Michaud au comité central du Fonds Patriotique Canadien, 1914. BAnQ Rimouski (P1002).

 

La branche de Fraserville doit solliciter et recueillir des souscriptions volontaires des citoyens et des divers organismes sur son territoire, s’étendant de Montmagny à Percé. La succursale traite surtout les demandes de familles nécessiteuses, dont chaque cas est unique. Une enquête est menée pour chacune d’elles. Puisque le territoire couvert est trop grand pour diriger ces enquêtes sur place, un système de références locales est instauré avec des notables des paroisses concernées (curé, médecin, maire, notaire) afin de valider les requêtes des familles. Le rapport est ensuite soumis au comité qui décide ou non du montant à donner, à la condition que le soldat lui-même aide sa famille financièrement, soit en lui offrant la moitié de sa solde. Cela correspond environ à 15$ par mois.

En 1914, Joseph-Pierre Michaud est élu secrétaire-trésorier de la section Fraserville (aujourd’hui Rivière-du-Loup). Il a la responsabilité de mener les enquêtes et d’assurer un accompagnement auprès des familles. Loin d’être simples, les recherches peuvent parfois révéler de sombres affaires, comme des cas d’adultère, de désertion, de fraude ou de mendicité. Par exemple, la femme d’un soldat habitant à Saint-Pamphile, qui vit seule avec ses sept enfants depuis le départ de son mari, apprend qu’il a une autre famille à Montréal et que celle-ci bénéficie aussi du Fonds Patriotique Canadien. De même, un père infirme de La Pocatière, après avoir vu ses deux fils s’enrôler dans l’armée et perdre ainsi sa main d’œuvre, est informé qu’ils ont déserté l’armée et qu’ils sont introuvables. Il ne reçoit donc aucune subvention de la part de l’organisme.

Néanmoins, la vaste majorité des demandes est louable et démontre la misère dans laquelle les familles peuvent se retrouver à la suite du départ d’un membre de leur famille. À titre d’exemple, Albert Charron de Cacouna part à l’âge de 17 ans pour s’enrôler dans le 41e bataillon, en laissant derrière lui ses grands-parents qui l’ont élevé. Son grand-père maternel, Édouard Lebel, est boulanger, mais son âge avancé ne lui permet plus de pratiquer ce métier éprouvant. Son petit-fils devait reprendre l’entreprise avant le déclenchement du conflit. Se retrouvant sans revenus du jour au lendemain, la famille peut recevoir du soutien financier de l’organisme à la suite de l’enquête de Michaud et d’une lettre d’appui du curé de Cacouna.

 

Lettre du curé Louis-Théodore Landry de Cacouna, 1917. BAnQ Rimouski (P1002).

 

Au total, ce sont plus de 200 familles qui ont bénéficié du Fonds Patriotique Canadien via la succursale de Fraserville[2]. Cela a été possible grâce au valeureux travail de nombreux bénévoles, dont Joseph-Pierre Michaud, qui ont contribué à leur façon à l’effort de guerre canadien sur le front « intérieur ».

Le traitement de ce fonds d’archives sera bientôt complété et les documents seront disponibles aux chercheurs qui s’intéressent à cette période.

 

Affiche « If You cannot put the « i » into fight, You can put the « pay » into patriotism by giving to the Canadian Patriotic Fund », [entre 1914 et 1919]. Hamilton : Howell Lith. Co. Limited.

 

Guillaume Marsan, archiviste-coordonnateur, BAnQ Rimouski et Gaspé.

[1] Desmond Morton, Fight or pay : soldiers families in the Great War, Vancouver, UBC Press, 2004 p. 54.
[2] Philip Morris, The Canadian Patriotic Fund : a record of its activities from 1914 to 1919, Ottawa, The Fund, 1919, p. 241.

Voir en ligne : http://blogues.banq.qc.ca/instantan...