Le polémiste est outré !

, par Instantanés

Depuis le mois d’août 1917, Olivar Asselin, évacué du front après avoir souffert de la fièvre des tranchées, demeure actif en France à titre d’attaché militaire à Paris, afin de promouvoir la mission britannique et l’implication canadienne. Dans cette lettre envoyée à un ami, Rodolphe Lemieux, le major y déplore l’attitude des journalistes français et du Bureau de la Censure de la France. La lettre fait également référence à la bataille de la Côte 70 (« affaire de Lens »), affrontement entre les troupes canadiennes et les forces allemandes où les armes chimiques ont été abondamment utilisées par les deux belligérants (dont la nouvelle arme allemande, l’obus à croix jaune, propagateur du gaz moutarde) qui s’est conclue par un échec et de lourdes pertes humaines du côté canadien.

 

« La mission est ici depuis le 2 août. […] Nous nous sommes intéressés à l’accueil des permissionnaires canadiens au sort des Canadiens internés en Suisse, et ainsi de suite. Quant à moi, la propagande de presse m’incombe. Ça marche tout seul par les temps qui courent ; l’Affaire de Lens, une des plus sanglantes de la guerre, a fait aux Canadiens, en France, une réputation incroyable, comme vous le verrez par une collection d’extraits de journaux que j’enverrai demain ou après-demain au Canada ou à la Patrie. J’ai tenté une fois ou deux d’activer les choses et mal m’en a pris. Mon cher ami, l’ignorance des reporters des feuilles secondaires, à Paris, est quelque chose d’effarant. […] L’autre jour un nommé Chancel […] ayant appris l’arrivée de la mission, venait nous demander des matériaux pour un article sur l’armée canadienne. […] Je n’avais pas causé trois minutes avec le monsieur que je découvrais en lui le liseur de Fenimore Cooper et de Gustave Aimard. Pendant trois quarts d’heure, j’essayai vainement de lui faire entrer dans la tête que nous ne sommes pas des sauvages ; il ne lâchait pas sa marotte pour y revenir l’instant d’après. […] M. Dandurand vous a-t-il montré le discours que je faisais en juin dernier à France-Amérique ? Nous (les C.-F.) sommes fréquemment attaqués depuis quelques temps dans la presse française. […] Comment des fonctionnaires publics, surtout du Ministère des Affaires étrangères, et des officiers en activité de service, peuvent impunément dénigrer dans la presse un des éléments d’une nation alliée, je n’ai pas encore fini de me le demander. Mais il y a plus. Nombre de Canadiens avaient répondu à Millet. Après dix jours de pourparlers, j’ai réussi à faire accepter une des réponses, signée par un nommé Lacroix, agent industriel. Mais la Censure en a supprimé tous les arguments capables de blesser la susceptibilité de nos concitoyens anglais (caractère essentiellement anglais de l’armée canadienne, difficultés scolaires, etc.) Lord Brooke et moi (car cet Anglais partage là-dessus mon avis), nous irons demain demander au ministre de la guerre pourquoi la Censure — la Censure française ! — ferme les yeux quand on nous attaque et les ouvre quand nous tentons de nous défendre. Il y a des fois où, si j’étais dans la politique, la lecture du Times et divers autres indices me feraient quasiment croire que le foyer des manœuvres anti-canadiennes-françaises s’est déplacé de Toronto à Londres. Quant à la presse française, je comprends très bien qu’elle ne publie rien de nature à mécontenter l’Angleterre mais pourquoi diable nous attaque-t-elle ? Je ne suis pas ici pour faire de la polémique, même dans l’intérêt de mes chers compatriotes ; croyez cependant que je ne nous laisserai pas maganer sans coup férir… »

 

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Pour en savoir plus sur Olivar Asselin et sur la diffusion de sa correspondance de guerre, consultez l’article phare du projet.

 

Paris (VIIe). – La Gare d’Orléans et le Quai d’Orsay. – 10 septembre 1917. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72)

Paris (VIIe). – La Gare d’Orléans et le Quai d’Orsay. – 10 septembre 1917. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72).

 

Florian Daveau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Émilie Dufour-Lauzon, agente de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

Elena Fracas, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Catherine Lamarche, stagiaire de l’Université de Montréal.

 

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