Le testament politique de Chevalier De Lorimier ou l’histoire d’un document clandestin

, par Instantanés

 

Le testament politique de François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier demeure un document déterminant dans l’histoire de la commémoration des patriotes. Tel que raconté dans le film 15 février 1839 de Pierre Falardeau, ce texte a été écrit par de Lorimier quelques heures avant sa pendaison à la prison du Pied-du-Courant à Montréal. Le condamné a adressé cette déclaration à ses compatriotes afin de préserver sa réputation et sa mémoire, mais aussi pour que ses motivations politiques ne soient pas déformées par le camp ennemi. Le document se termine d’ailleurs par le fameux « Vive la liberté, vive l’indépendance ! ». À l’époque, les patriotes combattaient notamment pour l’autonomie du Canada face à la Couronne britannique.

 

François Marie-Thomas Lorimier, vers 1830. BAnQ Québec (P560, S2, D1, P812). J.E. Livernois photo.

 

 

Lien vers le testament politique dans BAnQ Numérique

Testament politique de Chevalier de Lorimier et discours de Charles Hindenlang, 15 février 1839. BAnQ Rimouski, Fonds du Séminaire Saint-Germain de Rimouski (P60, P1).

 

La version originale de ce document n’a jamais été retrouvée. C’est pourquoi la découverte récente d’une copie datant de 1840 à BAnQ Rimouski est tout à fait exceptionnelle. Cette retranscription se trouvait dans une boîte du fonds d’archives du Séminaire de Rimouski. Il s’agirait probablement de la version la plus ancienne du testament. Fait encore plus intéressant, ce document aurait été recueilli par l’agriculteur Lambert Richard de Saint-Pascal, dans le Kamouraska, qui ne savait ni lire ni écrire. Le testament a ensuite été transmis de génération en génération jusqu’à ce que le prêtre David-Alexandre Michaud de Saint-Octave-de-Métis en hérite et le dépose aux archives du Séminaire en 1937. Pendant toutes ces années, le testament dormait dans une boîte.

 

En plus du texte de Lorimier, le document de 1840 contient également une copie du discours prononcé sur l’échafaud par le patriote Charles Hindenlang qui a lui aussi été pendu. Nous savons que Hindenlang voulait que son discours soit recopié par d’autres prisonniers afin d’améliorer les chances qu’il soit distribué à l’extérieur des murs.

 

 

Journal Le Canadien, 18 février 1839, http://collections.banq.qc.ca/ark :/52327/1908929.

 

 

Lorsque nous avons étudié le document de plus près, nous avons constaté rapidement que les inscriptions de Hindenlang et de Lorimier sont des retranscriptions de leurs signatures et paraphes, mais cela confirme néanmoins que la personne qui a reproduit les textes avait accès aux documents originaux. On peut donc émettre l’hypothèse qu’un prisonnier ou un proche des condamnés a effectué rapidement une copie.

 

 

 

Signature originale dans une lettre de Charles Hindenlang au baron Fratellin, datée de la prison de Montréal, 15 février 1839. BAnQ Québec, Fonds Ministère de la Justice (E17, S37, D2977).

 

 

 

Retranscription de la signature de Charles Hindenlang – Extrait du testament politique de Chevalier de Lorimier et du discours de Charles Hindenlang, 15 février 1839. BAnQ Rimouski, Fonds du Séminaire Saint-Germain de Rimouski (P60, P1).

 

 

 

En 1839, le Bas-Canada était toujours sous l’emprise de la loi martiale suite aux événements de 1837-1838. Le testament, avec toute sa résonance politique, n’a pu circuler librement au lendemain de la mort de Lorimier, mais il a plutôt eu une vie clandestine dans les années qui ont suivi. La veuve de Lorimier en aurait donné une copie à un journal du Vermont favorable aux patriotes, appelé le « North American  », qui l’a publié en anglais. Par la suite, le texte est tombé dans l’oubli pendant plusieurs années. Il a fallu attendre la parution, en 1884, de l’ouvrage de L-O David sur les patriotes pour remettre définitivement à l’avant-plan et de façon héroïque l’auteur du testament politique.

 

Comment ce document a-t-il pu circuler, en pleine crise de la loi martiale, et se retrouver discrètement chez un agriculteur analphabète de Saint-Pascal alors que le Kamouraska avait été relativement pacifique pendant les rébellions de 1837-1838 ? Est-ce que cet exil des grands centres a permis de sauver le document ? Le mystère demeure entier !

 

Guillaume Marsan, archiviste-coordonnateur – BAnQ Rimouski

 

Références :

– DESBIENS, Marie-Frédérique, Dernières lettres de Chevalier de Lorimier, édition critique et commentée, Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval, 2000, 165 p.

– DESCHÊNES, Gaston, Le mouvement patriotique sur la Côte-du-Sud, Les Cahiers d’Histoire, 2015, 137 p.

– GALARNEAU, Claude, Charles Hindenlang, dans le Dictionnaire biographique du Canada [en ligne], http://www.biographi.ca/fr/bio/hindenlang_charles_7F.html (page consultée le 16 mai 2018).

– LORIMIER, Chevalier de, 15 février 1839 : lettres d’un patriote condamné à mort / édition préparée par Marie-Frédérique Desbiens et Jean-François Nadeau, Comeau & Nadeau, 2001, 125 p.

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