Léo Major, un héros résilient – Entretien avec Luc Lépine

, par Frederic Smith

Luc Lépine, historien et conférencier

Diplômé du Collège militaire royal du Canada, Luc Lépine a enseigné pendant dix ans l’histoire aux officiers des Forces armées canadiennes. Auteur de divers ouvrages et articles ayant pour sujet la guerre de Conquête et la guerre de 1812, il s’intéresse depuis 2015 à la vie de Léo Major et nous livre aujourd’hui une première biographie consacrée à celui qu’on surnomme « le Rambo québécois ». Entretien.

 

Par le passé vous vous êtes surtout intéressé à la guerre de Sept Ans et à la guerre de 1812. Qu’est-ce qui vous a amené à vous pencher sur la Seconde Guerre mondiale et, plus précisément, sur le parcours de Léo Major ?

Mes recherches en histoire militaire ont surtout porté sur la milice canadienne-française, principalement sur le comportement des hommes qui devaient faire un service militaire. Je travaille principalement sur le côté sociomilitaire. Le 250e anniversaire de la bataille des Plaines d’Abraham m’a permis d’étudier les soldats français qui ont essayé de défendre la Nouvelle-France.

Suite à une conférence que j’avais donnée sur la guerre de 1812, une personne me demande si je connais le héros de guerre Léo Major. Je dus lui avouer que je ne connaissais pas. Je consulte la page Wikipédia consacrée à Léo Major et je trouve quelques articles. Il m’apparaît évident que Léo est un héros, mais comme historien je me demande si ses exploits sont exagérés. Je me lance donc dans la recherche.

 

De quelle façon avez-vous organisé votre recherche ? Vous êtes-vous heurté à des difficultés au cours de celle-ci ?

Je commence par consulter tout ce qui est disponible sur internet et dans des publications. Je prends contact avec les historiens qui ont rencontré et écrit sur Léo Major. Mes recherches ayant commencé 8 ans après son décès, je me rabats sur des sources secondaires. Tout au long de ma recherche, les auteurs partagent gentiment leurs sources.

Jocelyn, le fils aîné, a laissé de nombreuses notes sur la vie de son père. Par un heureux hasard, je rencontre Bruno Desrosiers et Alain Stanké qui font un documentaire sur Léo. Nous mettons en commun le fruit de nos recherches.

J’entre en contact avec les trois enfants de Léo qui me donnent des renseignements de première main et me permettent de consulter le dossier militaire de Léo.

 

Quiconque s’intéresse au rôle des Canadiens dans la Seconde Guerre mondiale a entendu parler des exploits de Léo Major. Au-delà des événements qui ont façonné le mythe, comme ses blessures ou la libération de Zwolle, y a-t-il un fait ou un événement méconnu qui vous a particulièrement marqué ou surpris au cours de vos recherches ?

Parmi les faits qui m’ont marqué dans cette recherche, il faut noter l’humanité de Léo. Il a éliminé plusieurs ennemis, car ils représentaient une menace. Pour Léo, un ennemi désarmé et un prisonnier de guerre et il faut le respecter. Il ne faut pas le maltraiter. En libérant Zwolle, Léo voulait réellement sauver la vie des Hollandais qui auraient été bombardés.

En épluchant le dossier militaire de Léo, j’ai été fasciné de voir les 22 passages qui ont été caviardés. Léo a perdu ses galons plusieurs fois pour les regagner et les perdre de nouveau. Ceci montre bien son côté rebelle.

 

Vous racontez que Léo Major est l’un des trois seuls soldats dans le monde à avoir reçu la Distinguished Conduct Medal lors de deux conflits différents. Selon vous, laquelle des deux médailles fut la plus méritée ?

C’est un peu comme demander à une mère lequel de ses enfants elle aime le plus. Léo Major mérite entièrement ses deux DCM. Dans le cas de la libération de Zwolle, il s’agit d’une action individuelle d’environ 12 heures. Après la perte de son ami Welly, il improvise un plan de libération de la ville. Usant de ruse, il convainc l’officier supérieur allemand d’ordonner l’évacuation de la ville. Léo a utilisé toute son intelligence.

Dans le cas de la colline 355, il s’agit d’une action collective utilisant tout le leadership et le sang-froid de Léo. Avec 75 hommes, il empêche, pendant 3 jours, 2,000 soldats chinois de prendre cette colline stratégie. J’ai interrogé 4 soldats qui étaient avec Léo sur la colline et tous respectent son leadership et son absence de peur.

 

Qu’espérez-vous que le lecteur retienne de votre ouvrage ?

J’aimerais qu’on comprenne qu’un héros peut vivre le quotidien. Que la guerre n’est pas une suite d’actions glorieuses qui s’enchaînent, qu’un héros peut avoir des petites ou grosses faiblesses, mais que quand le moment le requiert il donne tout ce qu’il a, même au péril de sa vie.

 

Avez-vous déjà ciblé le sujet de vos prochaines recherches ?

Mes prochaines recherches porteront probablement sur les soldats canadiens-français et la guerre de Corée. Notre historiographie nationale est presque inexistante sur ce sujet. J’ai encore la chance de parler directement à de soldats qui ont participé à cette guerre.

 

Publié aux Éditions Hurtubise

 

Voir en ligne : http://www.lequebecetlesguerres.org...