Les aspirations des familles québécoises, 1959-2013

Simon Langlois
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Les aspirations des familles caractérisent ce qui est jugé désirable pour le bien-être de leurs membres une fois satisfaits les besoins de base. Les biens et services désirés doivent être perçus comme étant accessibles. L’examen des données de trois enquêtes comparables menées au Québec en 1959, 1977 et 2013 permet la comparaison dans le temps des aspirations des familles. La hausse des revenus familiaux durant les Trente glorieuses et le desserrement considérable des contraintes sociales et économiques dans les années 1960 et 1970 avec l’avènement de l’État providence ont rendu possible l’extension notable des aspirations. Les choses ont changé par la suite dans les années 1980 et l’inquiétude a gagné bon nombre de familles, principalement de classes moyennes. La part des familles et des ménages, notamment ceux formés de personnes vivant seules, incapables de satisfaire leurs besoins de base et incapables d’entrer dans l’univers des aspirations, a augmenté. Cela s’explique par des causes exogènes (pressions à la baisse sur les revenus, hausse des inégalités notamment) mais aussi par des causes endogènes en lien avec les modes de vie (hausse de la vie en solitaire, divorce, etc.). Le sentiment d’exclusion risque de s’accentuer dans notre société dans les années à venir.
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The aspirations of families characterize what is deemed desirable for the well-being of their members once basic needs are met. Desired goods and services must be perceived as accessible. Examining data from three comparable surveys conducted in Quebec in 1959, 1977 and 2013 allows the comparison of family aspirations over time. The rise in family income during the thirty years of prosperity from 1945 to 1975 and the considerable easing of social and economic constraints in the 1960s and 1970s with the advent of the welfare state made possible the significant expansion of aspirations. Things changed later in the 1980s, and concern spread to many families, mostly middle-class. The share of families and households, especially those living alone, unable to meet their basic needs and unable to enter the world of aspirations, has increased. This can be explained by exogenous causes (downward pressure on incomes, rising inequalities in particular) but also by endogenous causes linked to lifestyles (rise in solitary life, divorce, etc.). The feeling of exclusion is likely to increase in our society in the years to come.

Voir en ligne : http://id.erudit.org/iderudit/1045200ar