Les conditions de vie dans les champs de canons !

, par Instantanés

Soldats français lors d’un tea room sur le front. [1914-1918]. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72). Photographe non identifié.

Soldats français lors d’un tea room sur le front. [1914-1918]. BAnQ Vieux-Montréal (CLG72). Photographe non identifié.

En avril 1917, Olivar Asselin se trouve dans les tranchées françaises depuis près d’un mois. En écrivant à son ami Édouard Biron, il poursuit sa description de la vie dans les tranchées et de la guerre d’usure qui se poursuit de chaque côté du « No Man’s Land ». Dans cette lettre, il aborde les conditions d’hygiène et le bruit permanent et assourdissant de l’artillerie lourde.

 

« Depuis mon arrivée, je cherche, dans tous les villages où nous cantonnons, une maison qui ne soit pas débit, cantine ou estaminet ; un puits de ferme qui ne reçoive en même temps que les eaux du ciel, le jus de la crotte de poule et le pipi des enfants.[…] L’eau sale, vidée dans la cour, regagne le puits, pour servir de nouveau quelques heures après. Je n’ai jamais vu d’eau aussi durable ; il a beau en coller à notre peau sous forme de lèpre, il en reste toujours un peu pour ceux qui suivent. Mais elle est aussi de plus en plus grasse. Pendant les deux jours qui suivent le bain, on ne mange presque pas. Le spectacle d’une demi-douzaine de mâles de vingt-cinq à quarante ans assis chacun dans une cuve, les jambes par-dessus bord, est assez réjouissant ; je regrette que l’interdiction de la photographie ne me permette pas de le prendre sur le vif pour en faire la réclame d’un nouveau savon. […] La vie des tranchées ne manque pas de charme. Dans les dug-outs, vous jouissez d’une sécurité doucement relative, en ce sens qu’un 5 pouces 9 vous rabattra certainement le toit et les portes sur la tête, mais qu’un 77mm, vulgairement appelé whizbangg, ne fera pas plus qu’agrandir de dix pour un le trou de la cheminée. Dans les tranchées, vous vous endurcissez l’oreille graduelle contre la surdité ; le bruit le plus intéressant à observer est celui des obus de 6 à 8 pouces que, les yeux fermés, on confondrait avec le passage d’un train-express à cinquante pieds de distance, enfin ne reste pas moins longtemps dans l’oreille. Il y aussi les combats d’aéroplanes, où nos amis d’Outre-Manche (en regardant d’ici) ont le dessous plus souvent qu’à leur tour. Pour nous protéger contre le shrapnel des canons anti-aériens, [nous avons] notre casque en acier, sorte de cuvette à longs bords qui tiendrait admirablement sur la tête si nous marchions sur la tête. Après une heure de ce genre d’observation, le casque déborde de shrapnel. Le soir, on censure les lettres. En général, les lettres aux parents et aux amis du Canada ne disent rien, à cause de la censure. Les lettres aux marraines sont hautes en bravoure et de belle allure, avec tout juste la teinte de tristesse qu’il faut pour faire venir la provision de tabac ou de chaussettes. Les lettres aux petites amies des anciens secteurs sont tendres et volontiers libidineuses. »

 

Vous souhaitez consulter cette lettre d’Olivar Asselin dans son intégralité ? Rendez-vous sur Wikisource ou, pour découvrir l’ensemble des lettres sélectionnées, rendez-vous sur la page du projet Première Guerre mondiale de BAnQ.


Pour en savoir plus sur Olivar Asselin et sur la diffusion de sa correspondance de guerre, consultez l’article phare du projet.


Florian Daveau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Émilie Dufour-Lauzon, agente de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

Elena Fracas, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

Catherine Lamarche, stagiaire de l’Université de Montréal.

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