Les origines de la présence acadienne à Montréal

, par Instantanés

 

 

À partir de 1755, de nombreux Acadiens forment plusieurs petites « Cadies » au Québec. Fait historique plutôt méconnu, dans la seconde moitié du 18e siècle, certains d’entre eux choisissent de s’établir sur la seigneurie de l’Île de Montréal appartenant aux Sulpiciens. Ces réfugiés arrivent alors des colonies américaines où ils ont été déportés par les autorités anglaises. Pour la plupart, ils préfèrent s’installer dans les régions de Verdun, de Lachine et de Pointe-aux-Trembles. Peu de textes portent sur l’origine de la présence acadienne à Montréal. Dans son ouvrage Les Acadiens du Québec, Pierre-Maurice Hébert y consacre cependant un chapitre révélant plusieurs faits intéressants.

 

 

À titre d’exemple, des témoignages de personnages contemporains offrent quelques détails au sujet de l’arrivée des Acadiens sur le territoire de la future métropole. Entre autres, le 8 septembre 1757, le comte Louis-Antoine de Bougainville écrit dans son journal à propos de l’arrivée de quatre Acadiens en provenance de la Caroline :

« Quatre Acadiens désertés de la Caroline. Ils ont dit que les Anglais de la Caroline n’avaient dans leur capitale que 40 hommes de garnison, milices du pays ; que cette partie serait fort aisée à ravager, les habitations étant éparses, que les Anglais ont fait construire un fort du côté des Cheroquis, dans les eaux du Mississippi »[1].

 

 

Toutefois, selon Hébert, ce sont surtout les archives notariales et les archives de l’état civil qui nous permettent de retrouver les traces des Acadiens à Montréal dans les dernières années du régime français. On remarque quelques indices notamment dans les actes de naissance et de mariage de leurs enfants. À cet égard, les généalogistes et les historiens peuvent se montrer reconnaissants envers les curés de paroisse et les notaires de l’époque. Ces derniers ont pris soin de noter l’origine acadienne des parents.

 

 

Par exemple, dans le greffe de Gervais Hodiesne (CN601,S202), on trouve un bail signé le 3 septembre 1761 par Pierre Gaudet, époux de Marie Arsenault, pour une terre située le long de la rivière Saint-Pierre, sur la côte des Argoulets (c’est-à-dire Verdun). À la suite de la déportation, ce même Pierre Gaudet s’est retrouvé prisonnier en Caroline. Veuf de Marie Arsenault depuis le mois de septembre 1766, il épouse, le 10 février 1771, Ursule Lord, fille de Pierre Lord et de feue Jeanne Doucet, à la paroisse Notre-Dame-de-Montréal. On peut trouver le contrat de mariage de ce couple, préparé le même jour, dans le greffe de François Simonnet (CN601,S372).

 

 

Bail à loyer et à ferme, entre Dominique Gaudet, puis Pierre Gaudet et Pierre Devaut, contracté chez le notaire Gervais Hodiesne, le 3 septembre 1761. BAnQ Vieux-Montréal (CN601,S202 : contenant 1971-00-000/5690).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contrat de mariage, entre Pierre Gaudet et Ursule Laure [Lord], contracté chez le notaire François Simonnet, le 10 février 1771. BAnQ Vieux-Montréal (CN601,S372 : contenant 1971-00-000/8626).

 

 

 

Acte de mariage, entre Pierre Gaudet et Ursule Laure [Lord], contracté dans la paroisse Notre-Dame-de-Montréal, le 10 février 1771. BAnQ Vieux-Montréal (CE601,S51 : contenant 1971-00-000/12 400).

 

 

Selon Pierre Trépanier, toujours dans l’ouvrage Les Acadiens du Québec, on peut également déceler une présence acadienne dans d’autres greffes de notaires conservés à BAnQ Vieux-Montréal, dont :

  • Pierre Panet de Méru (CN601,S308) ;
  • François-Pierre Cherrier (CN601,S88) ;
  • André Souste (CN601,S376) ;
  • Jean-Baptiste Daguilhe (CN605,S14) ;
  • Louis-Claude Danré de Blanzy (CN601,S108) ;
  • François Simonnet (CN601,S372) ;
  • Louis-Léonard Aumasson de Courville (CN601,S100) ;
  • Barthélemy Faribault (CN602,S29) ;
  • Mathurin Bouvet (CN601,S54).

 

 

En plus des actes de baptême, de mariage et de sépulture reliés à l’arrivée des Acadiens dans la région de Montréal, on peut aussi retrouver des documents très particuliers. Par exemple, le 28 février 1775, dans la paroisse de L’Enfant-Jésus-de-la-Pointe-aux-Trembles, Thimothé Bourgeois et Elizabeth Ouimet font baptiser leur fille âgée de cinq ans. Par la même occasion, ils demandent que l’on réhabilite leur mariage contracté à Boston le 31 janvier 1769.

 

 

 

 

 

 

Acte de mariage, entre Timothée Bourgeois et Elizabeth Ouimet, contracté dans la paroisse de L’Enfant-Jésus-de-la-Pointe-aux-Trembles, le 28 février 1775. BAnQ Vieux-Montréal (CE601,S5 : contenant 1971-00-000/11 941).

 

 

Ainsi, dès que l’on porte une attention particulière, ce pan de l’histoire acadienne est bien visible dans les documents conservés à BAnQ Vieux-Montréal.

 

Denis Boudreau, bibliothécaire – BAnQ Vieux-Montréal

 

 

Pour en savoir plus :

  • Hébert, Pierre-Maurice, chapitre « 22. Montréal » dans Les Acadiens du Québec, Montréal, Éditons de l’Écho, 1994, p. 359-384.
  • Trépanier, Pierre, chapitre « 33. Relations canado-acadiennes » dans Les Acadiens du Québec, Montréal, Éditons de l’Écho, 1994, p. 431-461.

     Aussi disponible dans Prêtnumérique.ca

 

 

[1] Louis-Antoine de Bougainville, « Journal de l’expédition d’Amérique commencée en l’année 1756, le 15 mars ». Rapport de l’archiviste de la Province du Québec, tome 4, 1923-1924, p. 361.]

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