Mois du patrimoine asiatique

, par Instantanés

Le saviez-vous ? Mai est le mois du patrimoine asiatique au Canada. L’équipe de BAnQ Sherbrooke s’est donné le défi de retrouver des documents d’archives témoignant du passage et de la contribution des différentes communautés culturelles asiatiques dans sa région. L’exercice s’est avéré concluant et voici nos belles trouvailles.

Vague d’immigration chinoise

« L’installation de grandes manufactures et le développement des chemins de fer entraînèrent des vagues récurrentes d’immigrants de races, de langues et de religions différentes. » [1] C’est en ces termes que l’historien Jean-Pierre Kesteman explique la vague migratoire que connaît Sherbrooke à la fin du 19e siècle, toutes communautés culturelles confondues.

 

05S_CE501,S86_Baptême de Tom Hing (7 décembre 1902)

Baptême de Tom Hing, le 7 décembre 1902. Le registre d’état civil de 1902 de la Stanstead Plain Methodist Church réserve aux chercheurs toute une surprise en dévoilant une écriture chinoise en marge de droite. Cette inscription, à la fois rare et étonnante, témoigne de la conversion religieuse de Tom Hing, un jeune homme né en Chine en 1878, et baptisé quelques 24 ans plus tard chez les méthodistes de Stanstead Plain. Malgré des recherches fouillées, le destin de Tom Hing demeure inconnu. BAnQ Sherbrooke (Fonds Cour supérieure. District judiciaire de Saint-François. État civil. Stanstead Plain Methodist Church, CE501,S86)

 

Le recensement canadien de 1901 [2] est le premier à relever la présence d’Asiatiques à Sherbrooke : six Chinois seulement y habitent [3]. Le tissu social de Sherbrooke n’est certes pas chamboulé par l’arrivée de cette communauté culturelle. Néanmoins, pendant le premier quart du XXe siècle, les Chinois occupent avec force un secteur commercial bien précis : les buanderies. Entre 1902 et 1917, les patronymes Lee, Wong, Yon, Wing, Wah et Sing, pour ne nommer que ces derniers, se retrouvent dans les bottins d’adresses, suivis du terme Laundry. En effet, Sherbrooke « comptait quatre buanderies chinoises en 1920 » [4], qui ont notamment les hôtels pour clients.

 

05S_P14,S71,P151_Union Station - Sherbrooke (avant 1905)

Union Station – Sherbrooke (Canada), avant 1905. La Gare de l’Union est construite en 1890 sur la rue du Dépôt à Sherbrooke. L’édifice de droite est le Chinese Laundry, appartenant à Due Lee et Sam Lee en 1902, et à Ying Lee en 1908. Le service de buanderie est nécessaire aux hôtels qui se trouvent alors à proximité de la gare. BAnQ Sherbrooke (Collection Freeman Clowery, P14,S71,P151). Photographe A. Z. Pinsonneault

 

05S_P14,S93,D6_JR Sangster (13 mars 1906)

Lettre de l’Imperial Laundry, 13 mars 1906. En 1906, J.R. Sangster, propriétaire de la buanderie sherbrookoise Imperial Laundry, tente d’étendre son marché en ouvrant des points de service dans différentes villes de l’Estrie, telles Richmond, Cookshire, Waterville, Coaticook et Lac-Mégantic. La lettre qu’il envoie à monsieur Blanchard, barbier de Disraëli, ne cache pas son objectif de concurrencer les buanderies chinoises. BAnQ Sherbrooke (Collection Freeman Clowery, P14,S93,D6)

 

La communauté chinoise à Sherbrooke prend de l’ampleur au fil des ans. Si bien qu’en 1917, Mark Sing et des associés fondent un club strictement réservé aux personnes d’origine chinoise. Avec ses activités récréatives et éducatives, le « Canton Club » sert aussi à promouvoir l’harmonie et la bonne volonté au sein de la communauté chinoise de Sherbrooke, sentiments qui conduisent généralement au bien-être et au bonheur [5].

En 1931, la communauté chinoise de Sherbrooke compte 54 membres, avant de connaître un léger déclin durant les décennies suivantes : 28 membres [6] en 1940, 33 en 1941 [7], 34 en 1961 [8]. En 2006, on dénombre 785 personnes d’origine chinoise à Sherbrooke.

 

05S_P21,D851,P137_Madame Poon_(24 février 1959)_extrait

Madame Poon en robe chinoise, le 24 février 1959. BAnQ Sherbrooke (Fonds Studio Boudrias, P21,D851,P137). Photographe Studio Boudrias

 

05S_P21,D859_Famille Thomy Poon_(2 avril 1959)_extrait

Famille Thomy Poon, le 2 avril 1959. BAnQ Sherbrooke (Fonds Studio Boudrias, P21,D859). Photographe Studio Boudrias

 

05S_P5,S2,SS3,DM515,P12_Mariage Jeannette Lefebvre et Yen-Soon-Youn Lee (22 juin 1968)

Mariage de Jeannette Lefebvre et de Yen-Soon-You Lee, le 22 juin 1968. Les heureux époux à la sortie de l’église Saint-Charles Garnier de Sherbrooke où leur mariage fut célébré. Yen-Soon-You Lee sera propriétaire du Café Nouveau Péking d’Omerville de 1981 à 1983. BAnQ Sherbrooke (Fonds Jacques Darche, P5,S2,SS3,DM515,P12). Photographe Jacques Darche

 

05S_P5,S2,SS2,D958,P11_Mariage Jeannette Lefebvre et Yen-Soon-Youn Lee (22 juin 1968)

Réception du mariage de Jeannette Lefebvre et de Yen-Soon-You Lee, le 22 juin 1968. Le décor polynésien de la salle de réception choisie accentue le côté exotique de l’événement. BAnQ Sherbrooke (Fonds Jacques Darche, P5,S2,SS2,D958,P11). Photographe Jacques Darche

 

Après avoir dominé le secteur des buanderies, les Chinois se lancent dans la restauration. À partir des années 1950, plusieurs restaurants de cuisine chinoise font leur apparition à Sherbrooke dont le Café Mee Ho, le Nanking Café et le Lee Café Chinese Food.

 

05S_P21,D1603,P5_Café Mee-Ho (6 novembre 1961)

Le Café Mee-Ho, du 113 rue Wellington Sud, à Sherbrooke, le 6 novembre 1961. BAnQ Sherbrooke (Fonds Studio Boudrias, P21,D1603,P5). Photographe Studio Boudrias

 

05S_P21,D1603,P3_Café Mee-Ho_(6 novembre 1961)

Vue intérieure de la salle à manger du Café Mee-Ho, le 6 novembre 1961. BAnQ Sherbrooke (Fonds Studio Boudrias, P21,D1603,P3). Photographe Studio Boudrias

 

05S_P21,D1589_Nanking Café (11 novembre 1961)_extrait

Le Nanking Café, du 2637 rue King Ouest, à Sherbrooke, le11 novembre 1961. BAnQ Sherbrooke (Fonds Studio Boudrias , P21,D1589). Photographe Studio Boudrias

 

05S_P5,S2,SS3,DM207,P5_Café Lee (février 1966)_extrait

Le Lee Café Chinese Food, du 2378 de la rue King Ouest, à Sherbrooke, en février 1966. BAnQ Sherbrooke (Fonds Jacques Darche, P5,S2,SS3,DM207,P5). Photographe Jacques Darche

 

Vagues d’immigration vietnamienne et cambodgienne

Les vagues d’immigration vietnamienne et cambodgienne sont beaucoup plus récentes que celle des Chinois en Estrie. Durant les années 1970, des millions de réfugiés fuient la guerre qui sévit au Vietnam : ils seront plus tard connus sous l’expression « Boat People ». Quant aux Cambodgiens, ils sont contraints de quitter leur pays entre 1976 et 1990, suite aux exactions du régime des Khmers rouges et à la famine.

En 2006, l’Estrie compte 355 personnes d’origine vietnamienne [9] et 80 personnes d’origine cambodgienne [10]. Les Vietnamiens et les Cambodgiens occupent des professions libérales ou sont propriétaires de restaurants, de dépanneurs et d’hôtels. À Sherbrooke, on leur doit notamment le Dépanneur Pek, l’Épicerie Asie et la Boutique Orient.


Julie Roy, archiviste-coordonnatrice – BAnQ Sherbrooke

Hélène Liard, agente de bureau – BAnQ Sherbrooke

 

Notes et Références

[1] Kesteman, Jean-Pierre, Histoire de Sherbrooke, Tome 3 : La ville de l’électricité et du tramway (1897-1929), p. 103.

[2] Les recensements canadiens de 1871 et 1881 ne révèlent aucune présence asiatique. Quant au recensement de 1891, la communauté asiatique est intégrée dans une statistique globale pour toute personne qui n’est pas Canadienne française.

[3] Kesteman, Jean-Pierre, Histoire de Sherbrooke, Tome 2 : De l’âge de la vapeur à l’ère de l’électricité (1867-1896), p. 91.

[4] Kesteman, Jean-Pierre, Histoire de Sherbrooke, Tome 3 : La ville de l’électricité et du tramway (1897-1929), p. 118.

[5] Archives de la Ville de Sherbrooke, requête en constitution du Canton Club, le 30 janvier 1917. Traduction libre.

[6] La Tribune, Annuaire de La Cité de Sherbrooke 1941-1942, « Nationalités de la Cité de Sherbrooke 1940 », p.4.

[7] Kesteman, Jean-Pierre, Histoire de Sherbrooke, Tome 4 : De la ville ouvrière à la métropole universitaire (1930-2002), p. 98.

[8] Ibid.

[9] Portrait statistique de la population d’origine ethnique vietnamienne recensée au Québec en 2006. Tiré des données du recensement de 2006 de Statistique Canada. Gouvernement du Québec. Ministère de l’immigration et des communautés culturelles. 2010, p. 8.

[10] Portrait statistique de la population d’origine ethnique cambodgienne recensée au Québec en 2006. Tiré des données du recensement de 2006 de Statistique Canada. Gouvernement du Québec. Ministère de l’immigration et des communautés culturelles. 2010, p. 8.

Cet article Mois du patrimoine asiatique est apparu en premier sur Instantanés.

Voir en ligne : http://blogues.banq.qc.ca/instantan...