Percé, d’hier à aujourd’hui

, par Instantanés

 

La ville de Percé est reconnue comme un haut lieu de culture depuis bien longtemps. Cependant, j’étais loin de m’imaginer qu’un club dramatique y avait vu le jour à la fin du 19e siècle et qu’il avait offert une première représentation aux citoyens.

Au printemps 2018, l’équipe de BAnQ Gaspé recevait un versement de documents dans le cadre de la commémoration du 200e anniversaire du district judiciaire de Gaspé par le ministère de la Justice. Les documents mis en vedette à cette occasion touchaient des sujets très variés, tels que le développement du chemin de fer, les milices, le bureau de santé, la famine de 1816, la gestion des prisons et les inspections des routes. Parmi ces trésors se trouvait un compte rendu d’une soirée d’art dramatique tenue à Percé en 1880.

Le document, attribué à François-Xavier Bossé, curé de Percé de 1875 à 1881, nous en dresse un portrait plutôt fidèle. Ce manuscrit est un rare témoignage de la tenue d’un événement artistique d’envergure présenté dans un milieu rural.

Selon le document, un club avait existé quelques années auparavant. Toutefois, les élections provinciales et fédérales, tenues respectivement le 1er mai et le 17 septembre 1878, entraînèrent une multitude de débordements dans la communauté.

Compte rendu de la soirée dramatique tenue à Percé le 25 février 1880. BAnQ Gaspé (E17, S300, SS12, P34). Attribué à François-Xavier Bossé.

 

Compte rendu de la soirée dramatique tenue à Percé le 25 février 1880. BAnQ Gaspé (E17, S300, SS12, P34). Attribué à François-Xavier Bossé.

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Deux ans plus tard, le calme étant revenu, le club renaissait et se donnait pour objectif la neutralité politique et religieuse.

« On n’a tenu compte ni des différences en religion ni des nuances en politique. On s’est uni de cœur et d’esprit : mais on ne veut questionner ni froisser les croyances ni opinions ».

Le 25 février 1880, une première représentation fut donnée à la salle d’audience du palais de justice, prêtée pour l’occasion par le shérif James Thomas Tuzo.

Vue extérieure de la prison de Percé en 1944. BAnQ Québec (E6, S7, SS1, P21016). Photo : Paul Carpentier.

http://pistard.banq.qc.ca/unite_chercheurs/description_fonds?p_anqsid=20191127084706838725&p_centre=03Q&p_classe=E&p_fonds=6&p_numunide=868372

Le succès fut complet. Puisque la salle ne pouvait contenir qu’un maximum de 300 spectateurs, un bon nombre de citoyens furent obligés de retourner chez eux, faute de place.

Le programme proposé était riche. Afin de satisfaire l’ensemble de l’auditoire, des œuvres théâtrales et des chants furent présentés dans les deux langues. L’ouverture se fit avec une pièce comique intitulée Irish Engagement. Elle fut suivie par une œuvre de Molière, Le médecin malgré lui. Cela témoigne de la diversité culturelle qui régnait déjà à Percé. La soirée se poursuivit par des chants et de la musique. À la grande satisfaction des organisateurs et des participants, l’événement obtint un vif succès.

Afin de permettre à tous de participer, une nouvelle représentation fut prévue pour le lendemain. Malgré une pluie battante et des chemins en piètre état, l’assistance fut nombreuse.

Percé a toujours été un lieu de culture et de beauté. En 1956, Suzanne Guité et son époux, le peintre Alberto Tommi, ont créé le Centre d’art de Percé, dans une ancienne grange de la compagnie Robin. Ils ont probablement écrit les plus belles pages de l’histoire culturelle du lieu. En effet, le centre offrait des ateliers de peinture, une boîte à chansons, une galerie d’art, un cinéma, du ballet, de la sculpture et du théâtre.

Suzanne Guité réalisant un dessin ayant comme modèle son mari, l’artiste Alberto Tommi, Percé, 1950. BAnQ Québec (P728, S1, D1, P13-9). Photo : Lida Moser.

http://pistard.banq.qc.ca/unite_chercheurs/description_fonds?p_anqsid=20191127084706838725&p_centre=03Q&p_classe=P&p_fonds=728&p_numunide=1023594

Aujourd’hui, le Centre d’art n’est plus. La ville de Percé, sur l’ensemble de son territoire, abrite une multitude d’artistes et d’artisans. Le musée Le Chafaud se consacre depuis 1983 à faire revivre la vocation artistique et culturelle de Percé. Depuis plus de 10 ans, le mois d’août nous amène le Festival international de cinéma et d’art de Percé, les Percéides.

André Ruest, technicien en documentation – BAnQ Gaspé

Voir en ligne : http://blogues.banq.qc.ca/instantan...