Qui a peur de 1867 ? Assumer le poids de l’histoire pour le 150e de la fédération canadienne

, par Gilles Laporte

À la veille des commémorations du 150e prévues en 2017, on peut se demander ce qu’on célèbre au juste. Célèbre-t-on la naissance du Canada proprement dit ? Il ne peut en être question, puisque dès 1534 le navigateur français Jacques Cartier nommait ainsi les berges du fleuve. Pour trois siècles ensuite, le Canada désigne la région centrale de Nouvelle-France, puis la colonie britannique peuplée de « Canadiens », les habitants d’origine française de la vallée du Saint-Laurent. Tout compte fait, lors de la Confédération, on donne le nom de « Dominion du Canada » à la province du Canada-Uni à laquelle s’ajoutent les Maritimes. Personne n’aura donc le culot de prétendre que le Canada n’existait pas avant 1867.

Célèbre-t-on alors l’indépendance du Canada de la Grande-Bretagne ? Pas le moins du monde. Le Dominion du Canada demeure une colonie en 1867 et le préambule de la Constitution dit bien que les provinces ont juste « exprimé le désir de contracter une Union Fédérale, sous la couronne du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande, avec une constitution reposant sur les mêmes principes que celle du Royaume-Uni ». L’indépendance du Canada ne sera que plus tard acquise, chèrement, au prix d’une participation à la Première Guerre mondiale, à la signature du traité de Versailles, puis aux statuts de Westminster.

Mais alors sont-ce les 150 ans de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique -&nbsp ;la constitution canadienne adoptée en 1867&nbsp ;- que l’on célèbre ? Or, jamais cette constitution n’a atteint cet âge vénérable. Si en 1967 on pouvait encore à juste titre en fêter le centenaire à l’Expo Terre des hommes, cela n’est plus possible depuis que le gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau a promulgué en 1982 une nouvelle Constitution mettant fin au régime de la constitution de 1867. Adoptée sans l’accord du Québec, mais avec la bénédiction de la reine Elizabeth et de neuf provinces, la nouvelle Constitution du Canada a aujourd’hui 34 ans.

Ce qu’on commémore en fin de compte, c’est le 150e de la fédération canadienne, soit cet arrangement politique fixant le fonctionnement des institutions et le partage des pouvoirs entre un gouvernement fédéral et des provinces, dont le Québec, et que la Constitution de 1982 a repris tel quel.

On peut donc s’étonner que le gouvernement du Canada, le Parti libéral du Québec et des partenaires privés comptent célébrer avec faste le 150e de la fédération canadienne, compte tenu de sa dimension technique un peu rebutante. On pourrait simplement y voir un autre exercice coûteux mais sans conséquence, comme ceux auxquels ont nous a habitué ces dernières années : le bicentenaire de la guerre de 1812, le jubilé de la reine Elizabeth, le 400e de Québec ou le 375e de Montréal, où la dimension historique a généralement été reléguée dans les marges au profit de la dimension purement festive.

Or, la fédération canadienne n’a rien d’un insignifiant motif à faire la fête. C’est au contraire un cadre juridique et politique bien présent au quotidien, affectant d’infinies manières notre vie collective depuis 150 ans. Qu’on l’admette ou non, la mise en œuvre de cette fédération a profondément affecté le destin des communautés qui habitaient déjà le territoire du Canada, notamment celui des Autochtones, des Québécois et des francophones hors-Québec. S’il est une communauté pour qui la Confédération n’a pas rempli ses promesses, c’est bien ceux à qui on accordait au départ le titre de « peuple fondateur » et qui, progressivement, a vu son statut ravalé au rang de simple fragment de la mosaïque multiculturelle canadienne.

Ces injustices et ces entraves à l’épanouissement du peuple du Québec, nous ne comptons ni sur le gouvernement du Canada, ni sur le gouvernement québécois actuel pour les faire ressortir. Elles se trouvent pourtant partout à travers notre histoire et encore partout sous nos yeux, ne serait-ce que sous la forme d’un partage aberrant des pouvoirs entre Ottawa et Québec et de l’invraisemblable disproportion dont bénéficie le niveau fédéral au plan du financement.

Ces injustices et ces entraves accumulées depuis 1867, des Québécois comptent bien les faire entendre à l’occasion de ce 150e, en dépit du fait que la voie officielle devrait essentiellement consister à passer ces commémorations coûteuses sous le couvert d’une opération jovialiste faisant l’impasse sur les faits et la rigueur historiques.

Les Québécoises et les Québécois et, pourquoi pas tous les Canadiens, en particulier ceux d’expression française, sont donc invités à participer à un exercice initié par le Parti québécois consistant à réunir 150 faits s’étant produits depuis 150 ans et illustrant d’une manière ou d’une autre à quel point la fédération canadienne n’a rien d’équitable et affiche au contraire un bilan tout compte fait négatif pour le Québec et la francophonie canadienne.

Une équipe d’historiennes et d’historiens est en voie de se constituer afin de colliger, de sélectionner et de documenter chacun des événements qui seront rapportés. La contribution du public permettra de dresser la liste de 150 faits historiques démontrant que le Québec et le fait français ont payé le prix fort en 1867 pour leur adhésion à la fédération canadienne.

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