Qui êtes vous ? Marina Orsini et une concession d’une terre au Cap-de-la-Madeleine

, par Instantanés

Lors de la seconde émission de Qui êtes-vous ?, Marina Orsini découvre que son premier ancêtre maternel émigré au Canada s’est vu concéder une terre au Cap-de-la-Madeleine.

Malgré la Conquête et à la suite à l’Acte de Québec de 1774, le régime seigneurial est toujours en vigueur dans la nouvelle « Province of Quebec », lorsque les ancêtres de Marina Orsini, Alexander Young et sa famille, débarquent à Trois-Rivières en 1783. Le régime seigneurial est un principe d’organisation de la colonisation et du découpage des terres. Le territoire est divisé en de longues bandes perpendiculaires à un cours d’eau, à l’extrémité desquelles on retrouve généralement un boisé. Ces terres sont concédées par le seigneur (propriétaire) au censitaire (locataire) qui doit, en échange, payer une sorte d’impôt, les cens et rentes. Dans le cas d’Alexander Young, cette rente annuelle est fixée à 8 livres et 20 sols et doit être payée chaque année à la fête de la Saint-Martin (le 11 novembre). En plus de cette rente annuelle, le censitaire a l’obligation de tenir « feu et lieu », c’est-à-dire de mettre en valeur la concession, de l’entretenir et d’y construire une maison.

CN401,S5 Concession des Jésuites à A Young 1784-01-17 p001

Extrait de l’acte de concession que les Révérends pères Jésuites ont délivré à Alexander Young, dans la seigneurie de « Cap-de-la-Magdeleine », le 17 janvier 1784. Centre d’archives de la Mauricie et Centre-du-Québec (CN401,S5).

Au-delà de l’aspect financier de l’entente, les actes de concession peuvent renfermer une multitude de renseignements sur le censitaire et sa famille et sont une ressource appréciable pour qui veut reconstituer son histoire familiale. Dans le cas de l’ancêtre de Marina Orsini, nous apprenons ainsi qu’il vit à Trois-Rivières, qu’il est « anglois de nation », qu’il ne parle pas français et que son voisin immédiat est Joseph Stansfield. En outre, on y apprend qu’Alexander se voit concéder non pas une seule terre de « quatre arpents de front et de quarante de profondeur », mais bien deux, l’une à son nom et l’autre au nom de son fils Patrick, encore mineur au moment de la signature du contrat.

Ces détails apparemment banals sont souvent des informations essentielles pour l’historien et le généalogiste car elles permettent notamment de retracer les origines des premiers émigrants, leur situation matrimoniale et financière et éventuellement établir leur réseau social.

 

Frédéric Giuliano, archiviste-coordonnateur – Centre d’archives de Montréal

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Le saviez-vous ?

Malgré le fait que le régime seigneurial ait été aboli en 1854, il subsiste des cas où les ex-censitaires ont continué de payer la rente aux anciens seigneurs. Cette situation prévaut encore en 1945, alors qu’une loi autorise les descendants des ex-censitaires à payer une rente non plus aux descendants des ex-seigneurs, mais à leur municipalité !

BAnQ conserve la majorité des actes notariés produits depuis les débuts de la colonie jusqu’aux années 1930 et plusieurs de ces documents ont été numérisés et sont accessibles sur le site de BAnQ dans la collection numérique Archives des notaires du Québec des origines à 1932.

 

Voir en ligne : http://blogues.banq.qc.ca/instantan...