Remonter la filière autochtone grâce à la richesse des archives de BAnQ

, par Instantanés

En ce Mois national de l’histoire autochtone, nous avons eu le plaisir de rencontrer (virtuellement !) deux chercheurs passionnés dont les travaux ont des liens étroits avec les cultures autochtones. Les archives de BAnQ sont toujours un bon point d’ancrage pour leurs recherches.

Quand les registres révèlent leurs secrets

Ayant étudié en sciences sociales et en histoire, Éric Pouliot-Thisdale travaille depuis une vingtaine d’années à la pige pour le ministère des Affaires autochtones et les conseils de bande de certaines nations. À la demande d’organismes et d’institutions, il agit aussi à titre d’enquêteur pour vérifier la justesse des dires de certaines personnes qui se revendiquent autochtones. Il doit alors procéder à des recherches généalogiques. On a pu voir des échos de son travail dans certains reportages ces dernières années.

Éric Pouliot-Thisdale.

Féru de généalogie, il est autochtone par l’une de ses grands-mères « moitié Montagnaise, moitié Mohawk » dit-il. « Pour se revendiquer autochtone, il faut, selon la loi, qu’au moins un de nos grands-parents soit 100% autochtone. Pour établir son statut, on ne peut pas remonter plus loin que la 3e génération. Contrairement à ce que l’on dit, il n’y a pas eu beaucoup de mariages mixtes. » Au Québec, des études démontrent que seulement 2% de la population aurait des racines autochtones.

Pourquoi vouloir connaître sa généalogie autochtone ? « Certaines personnes veulent obtenir leur « carte d’Indien ». Mais les privilèges sont tout de même limités. Pour ne pas payer d’impôts, il faut habiter sur une réserve et être engagé par la communauté. Chez d’autres personnes, c’est simplement pour le plaisir de découvrir si l’on a des ancêtres issus des Premières Nations. Mais pour certaines communautés, les enjeux sont plus importants. Je pense à Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, aux prises avec douze maladies congénitales. Mon défi était d’arriver à trouver la raison des décès dans les registres. »

Éric Pouliot-Thisdale répond à des demandes très diverses. Par exemple, la réserve de Kanesatake s’interrogeait, en 2012, sur l’apport de la communauté à la guerre de 1812-1814 qui opposait notamment les États-Unis à la Couronne britannique. On se souviendra que des troupes américaines s’étaient alors aventurées dans le Bas-Canada (vallée du Richelieu, etc.) : « En 2012, le premier ministre Harper voulait souligner les 200 ans de cette guerre. J’ai découvert que de nombreuses nations autochtones ont fait partie de la milice de l’époque. » Pour réaliser ce travail laborieux, Éric Pouliot-Thisdale a dû consulter 1600 pages de transcriptions de registres.

Depuis quelques années, il s’intéresse plus particulièrement à la création des réserves autochtones, dont les balbutiements remontent à 1851 selon les microfilms consultés. « Il y a eu de nombreuses irrégularités dans l’allocation des terres », précise-t-il. Parions que le chercheur[i] ne s’ennuiera pas de sitôt devant ce vaste terrain de jeu où bien des découvertes l’attendent encore.

Sur la piste des « Freemen » et des Métis

Un autre chercheur, Guillaume Marcotte, fréquente lui aussi avec le plus grand bonheur un centre d’archives de BAnQ. Cet « historien indépendant », comme il se qualifie lui-même, se rend régulièrement dans les locaux de BAnQ Rouyn-Noranda. Il y a trouvé des trésors. « Il y a quelques années, j’étais autodidacte et je suis tombé sur un des trois récits de voyage du premier missionnaire catholique d’Abitibi : Louis-Charles Lefebvre de Bellefeuille. Ce manuscrit (une copie) date de 1838, alors que les débuts de la colonisation en Abitibi remontent à 1910. L’histoire régionale est encore très peu étudiée ici, d’où l’importance de ces écrits. »

Guillaume Marcotte.

« Le récit du père missionnaire est une sorte d’épopée de la traite des fourrures en Abitibi. J’ai même l’intention de le publier un jour. Pour moi, ç’a été la clé qui m’a permis de découvrir l’existence des « Freemen » (ou « Gens libres »), des hommes qui faisaient de la traite des fourrures à contrat. Lorsque leur engagement se terminait, ils restaient sur les territoires autochtones et avaient des échanges soutenus avec les Premières Nations. Ils y faisaient de la contrebande de fourrures, de l’agriculture en squatter et fondaient des familles. Le sujet m’a passionné. Je me suis inscrit à la maîtrise à l’Université de Saint-Boniface (Manitoba) et j’ai fait de ces « Freemen » de l’ouest du Québec et de l’Ontario mon sujet de mémoire. »

Entre 1680, année de l’établissement des premiers postes de traite en Abitibi, et 1910, début de la colonisation de la région, il y a donc eu quelques siècles d’échanges commerciaux et culturels. « Ces familles ont donné naissance aux Métis de l’Ouest. Dans un registre de baptême de Berthier, il est bien indiqué que le grand-père de Louis Riel, originaire de Berthier, mais établi dans l’Ouest canadien, est revenu en 1822 faire baptiser l’un de ses fils (futur père de Louis Riel) dans sa paroisse d’origine. C’est la preuve que les échanges ont été fréquents entre le Québec et les provinces de l’Ouest. Ces pistes ne sont pas faciles à trouver, car bien souvent, dans les registres de baptême de l’époque, on n’indiquait pas le nom des parents si l’enfant était né hors mariage. Mais je suis tombé sur un registre paroissial où, une bonne centaine de fois, un curé de Berthier (Jean-Baptiste-Noël Pouget, mort en 1818) indiquait « métis » dans la marge du registre. Il avait donc un intérêt pour les Métis ; il voulait en garder des traces. » Aujourd’hui, il y a bien sûr des Métis dans l’Ouest canadien. Il y a aussi leurs descendants ou petits-cousins surtout en Outaouais, mais également en Abitibi-Témiscamingue et même à Montréal. Cette histoire ne demande qu’à être révélée[ii].

Et le mémoire de maîtrise ? « Je l’ai terminé et je compte bien le publier [iii] » conclut notre chercheur.

De belles lectures en perspective pour tout curieux que l’histoire d’ici interpelle !

D’autres billets seront bientôt publiés sur les blogues de BAnQ dans le cadre du Mois national de l’histoire autochtone.

Pour des idées de lecture, d’écoute et de visionnement, et des activités qui s’adressent aux plus petits, visitez le site de l’Espace Jeunes

Jeanne Painchaud, chargée de projets – Direction des communications et de la programmation

[i] Le site Web du chercheur Éric Pouliot-Thisdale : epouliotrecherchiste.webs.com 

[ii] Publié récemment avec des collègues : Les Bois-Brûlés de l’Outaouais. Une étude ethnoculturelle des Métis de la Gatineau. https://www.pulaval.com/produit/les-bois-brules-de-l-outaouais-etude-ethnoculturelle-et-juridique-des-metis-de-la-gatineau (Prix du Canada 2020 de la Fédération des sciences humaines et sociales attribué en juin 2020).

[iii] Le mémoire de maîtrise de Guillaume Marcotte : https://mspace.lib.umanitoba.ca/xmlui/handle/1993/33685

Voir en ligne : http://blogues.banq.qc.ca/instantan...