Retour sur la conférence L’alimentation à travers les médias québécois d’après-guerre

, par Beaulieu, Marion

Le 4 avril 2019, c’est à une assemblée enthousiaste et attentive que deux diplômées du Laboratoire, Maude Labonté et Anna Demay, qui ont toutes deux récemment déposé leur mémoire de maîtrise en histoire sous la direction de Joanne Burgess, ont présenté leurs recherches.

Maude Labonté a initié l’activité en prononçant la conférence « Ma fourchette voyage. Jehane Benoît et les recettes d’influence internationale dans La Revue moderne (1949-1960) ». Dans le cadre de sa présentation, elle s’est intéressée de près à la création et à l’évolution de la chronique culinaire « Ma fourchette voyage », de Jehane Benoît, personnage emblématique de la culture culinaire québécoise, dans La Revue moderne, dont elle a été à la barre pendant 9 ans. En se questionnant sur l’existence du rapport des Québécoises avec l’international à travers leurs habitudes alimentaires avant 1967, Maude Labonté a analysé les « recettes du monde » proposée aux lectrices de La Revue moderne puis de sa successeure, Châtelaine. Elle a d’abord esquissé un portrait général des recettes étrangères présentes dans la revue, car Jehane Benoît avait comme objectif de faire découvrir à ses lectrices des traditions culinaires d’ailleurs. Puis, la conférencière s’est attardée aux recettes italiennes, fort nombreuses pendant cette période. Tout en expliquant sa méthodologie pour cerner une certaine authenticité des recettes – par leur nomenclature, leurs ingrédients ou leurs techniques – Maude Labonté a souligné la tentative d’adaptation des ingrédients et des techniques au contexte québécois. Il s’agissait de faciliter la vie des cuisinières, particulièrement en termes d’accès aux composants des recettes. Maude Labonté a conclu sa présentation en insistant sur le souci pédagogique de Jehane Benoît et de son importance comme vecteur de transmission d’influences culinaires internationales.

Anna Demay a enchaîné avec la présentation « De cuisinière à gastronome. L’évolution des représentations du fait alimentaire dans Femme d’aujourd’hui (1965-1982) ». Elle a cherché à retracer l’évolution des pratiques alimentaires et gastronomiques à la télévision, à travers l’émission de Radio-Canada, Femme d’aujourd’hui. Elle a tenté de dresser le portrait du développement de la gastronomie au fil de l’évolution de l’émission et de sa programmation, ainsi que son influence sur les téléspectatrices québécoises. Après avoir expliqué le choix de cette émission, Anna Demay a présenté son analyse ancrée dans quatre moments distincts. À ses débuts en 1965-66, l’émission offre un aperçu des coulisses des restaurants, un traitement de la gastronomie à tendance française et élitiste et une valorisation de l’expertise féminine à l’extérieur du foyer, qui initie une première démocratisation. L’année 1967 fait apparaître une deuxième phase de démocratisation avec, cette fois, des recettes en studio et l’influence d’Expo67 qui permet de paradoxalement de développer une ouverture sur le monde au niveau de la cuisine mais également un renforcement de l’appartenance identitaire québécoise qui se ressent dans l’émission. Le troisième moment, 1970-1975, est une période de continuité dans la démocratisation de la gastronomie avec, cependant, un niveau technique plus élevé dans les recettes filmées ainsi qu’une influence américaine. Enfin, de 1976 à 1982, l’influence de l’arrivée au pouvoir de René Lévesque se fait ressentir jusque dans l’émission, notamment avec la mise en avant des ressources agro-alimentaires ; à la même époque apparaissent les chroniques de critique culinaire et d’expérience gastronomiques au restaurant. Anna Demay conclut en relevant que les 17 ans d’évolution de l’émission ont accompagné une même évolution du public féminin et de la gastronomie au Québec sur de nombreux points. Les principaux en sont, selon elle, l’apparition d’un public suffisamment érudit pour comprendre des techniques culinaires de haut niveau mais aussi pour considérer la gastronomie comme un art qui sort de la cuisine et se pratique au restaurant et pour appréhender les critiques culinaires. Enfin, elle a mis en avant la cristallisation d’une identité culinaire québécoise en lien avec l’épanouissement de cette gastronomie.

Les conférences de Maude Labonté et d’Anna Demay ont fait l’objet d’une captation audiovisuelle qui sera mise en ligne dans les semaines qui viennent. Une période de questions et d’échanges avec le public a suivi les deux exposés.

Le Laboratoire remercie chaleureusement les deux conférencières et le public qui est venu assister à cette activité, qui clôt le cycle des conférences du LHPM pour la saison d’hiver 2019 !

The post Retour sur la conférence L’alimentation à travers les médias québécois d’après-guerre appeared first on Laboratoire d'histoire et de patrimoine de Montréal.

Voir en ligne : https://lhpm.uqam.ca/nouvelle/retou...