Retour sur la table ronde Photographie, paysage minier et patrimoine : autour de l’ouvrage Mon Fuji… Illusion Thetford Mines

, par Véronika Brandl-Mouton

crédits photo: Véronika Brandl-MoutonLe jeudi 11 octobre 2018 s’est tenue la table ronde « Photographie, paysage minier et patrimoine : autour de l’ouvrage Mon Fuji… Illusion Thetford Mines » dans la foulée de la publication de l’ouvrage Mon Fuji… Illusion Thetford Mines du photographe Luc Girouard. Cette activité, présentée conjointement par le Laboratoire et l’Association québécoise pour le patrimoine industriel (AQPI), a réuni quatre participants interpellés par le paysage minier à travers leurs expériences professionnelle et de recherche.

crédits photo: Véronika Brandl-MoutonLuc Girouard a débuté la soirée en présentant la démarche artistique derrière la réalisation de son ouvrage Mon Fuji… Illusion Thetford Mines. Sensible à la lumière et aux aléas des saisons, le photographe s’est laissé impressionner par le paysage minier lors d’un premier séjour exploratoire à Thetford Mines. C’est avant tout l’effet d’illusion des haldes qu’il a désiré capter. Centrales à son ouvrage photographique, ces « illusions » transforment l’environnement familier de la ville en paysages volcaniques et oniriques qui déjouent toute proportion. L’idée de s’associer au Musée minéralogique et minier de Thetford Mines afin de mettre sur pied une exposition lui a semblé incontournable. Luc Girouard a ainsi effectué plusieurs visites in situ et a pris plus de 6000 photos. Une dizaine d’entre elles ont été exposées au musée et illustrent l’ouvrage, avec de nombreuses autres. Ce dernier comprend également les écrits poétiques de Marie-Sophie Bérard, une mise en récit de la journaliste, scénariste et écrivaine Hélène de Billy ainsi qu’un texte de l’historien Alain Roy, second participant à la table ronde.

Alain Roy, historien et chercheur régulier au LHPM, s’intéresse aux enjeux de mémoire et de patrimonialisation. Dans l’ouvrage photographique, il signe le texte Des « dompes » aux haldes, genèse et évolution d’un paysage minier. Durant sa présentation, il a montré l’intérêt d’offrir une relecture du paysage afin de retisser un lien avec l’environnement industriel. L’historien a souligné que le paysage minier de Thetford Mines, malgré son apparence millénaire, est assez récent. L’activité industrielle, entamée dans la région à la fin du XIXe siècle, a eu un impact majeur sur la trame et la topologie urbaine, maintes fois redéfinie par les besoins d’exploitation. En étudiant les haldes, devenues banales pour la plupart de Thetfordois, Alain Roy identifie différentes couches mémorielles associées à leur évolution. Il a conclu que l’aménagement de ces haldes fait aujourd’hui l’objet de divers projets, dont une revégétalisation.

crédits photo: Véronika Brandl-MoutonLa table ronde s’est poursuivie avec la présentation de Michelle Bélanger, docteure en sciences géographiques à l’Université Laval et membre de l’AQPI. Ses recherches portent sur le développement des sensibilités à l’égard des paysages miniers du Québec ; Thetford Mines fait partie des études de cas analysées dans sa thèse de doctorat. La chercheuse a analysé les différentes perceptions du paysage minier qui participent à former le regard qu’on a pu poser sur le territoire. Le public de la table-ronde a découvert que les premières images de la région ont été plus que de simples outils de documentation : elles ont aussi servi à faire de la promotion des entreprises d’exploitation et à démontrer leur réussite technique et économique. Plusieurs albums, de nombreuses cartes postales et des carnets souvenirs ont été produits. Michelle Bélanger souligne que ces images sont devenues des marqueurs identitaires pour la région. Cette production s’est toutefois essoufflée à la suite des nombreuses controverses entourant l’exploitation de l’amiante dans les années 1970. Bien que la dernière mine ait fermé ses portes en 2011, les traces de la représentation du paysage minier sont toujours présentes. Elles se conjuguent aujourd’hui avec les activités touristiques dans la région : la production de nombreuses images de photographes amateurs et leur diffusion sur les réseaux sociaux traduit en effet, selon la chercheure, une nouvelle vision du territoire.

crédits photo: Véronika Brandl-MoutonEn clôture de l’événement, Yvan Faucher, président du conseil d’administration du Musée minéralogique et minier de Thetford Mines, a abordé les enjeux de mémoire associés au développement industriel dans sa ville natale. Après un retour sur les étapes marquantes du réaménagement de Thetford Mines, il a présenté le projet du Centre historique de la Mine King et les retombées positives de ce lieu d’histoire publique. Le Thetfordois a rappelé que la mise en valeur du patrimoine industriel de la région n’est pas une chose consensuelle. La fin des activités minières, moteur économique principal de la ville, alimente toujours des perspectives contrastées à propos de la valorisation des haldes et de leur histoire, ce qui n’empêche pas toutefois de poursuivre la mise en valeur patrimoniale du paysage minier de la région.

À l’issue de la présentation, de nombreuses questions ont été posées au sujet du projet commémoratif du Centre historique de la Mine King et de l’inclusion dans celui-ci de la mémoire des travailleurs. Les discussions ont été animées par les panélistes ainsi que Joanne Burgess. Le Laboratoire remercie chaleureusement les quatre invités !

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