Saint-Jean-Vianney , chronologie d’une catastrophe.

, par Instantanés

4 mai 1971, 22h50, en pleine série éliminatoire de la ligue nationale de hockey, les Canadiens de Montréal affrontent les Blackhawks de Chicago en prolongation. Les résidents de Saint-Jean-Vianney, au Saguenay, ne verront jamais la fin de ce match… Rivés à leur petit écran jusqu’à tard en soirée, plusieurs diront par la suite que la Sainte-Flanelle a sauvé quelques vies ce soir-là !!!

La municipalité de Saint-Jean-Vianney, située sur la rive nord du Saguenay, compte quelques 1300 habitants lors des évènements de 1971. Fondée en 1930, elle connaît un essor rapide dans les années ’50 et ’60 où plusieurs travailleurs des moulins de l’Abitibi-Price et de l’usine d’Alcan à Arvida y voit l’opportunité de s’y établir à peu de frais ; les terrains y sont abordables et les taxes peu élevées. Afin de pallier à cet afflux, la municipalité ouvre un nouveau quartier résidentiel sur ce qui était réputé être auparavant des terrains marécageux.

Le soir du 4 mai, un énorme glissement de terrain entraine quelques 7 millions de mètres cubes de terrain dans un gouffre de plusieurs mètres de profondeur. Pas moins de 37 maisons sont littéralement englouties. Des 31 personnes disparues, seuls 14 corps sont retrouvés.

 

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Vue du sinistre après le cataclysme de Saint-Jean-Vianney, 1971. BAnQ Québec (E10,S44,SS1,D71-102,P12A). Photographe Jules Rochon.

 

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Glissement de terrain à Saint-Jean-Vianney, 1971, BAnQ Québec (E6,S7,SS1,P711506). Photographe Gabor Szilasi

 

Quelques temps avant la catastrophe, des signes annonciateurs ont pu être remarqués. Entre autre, un premier glissement, d’une ampleur moindre à celui du 4 mai, a lieu dans les champs d’un citoyen de Saint-Jean-Vianney. Les camionneurs avaient aussi noté depuis quelques temps un phénomène curieux ; en traversant le village, ils avaient de la difficulté à maintenir la vitesse de leurs poids lourds malgré le fait qu’aucune dénivellation n’était apparente…

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ce désastre. Certains croient que les travaux effectués quelques temps auparavant sur le ruisseau Le Petit Bras, un affluent de la Rivière aux Vases, ne seraient pas étrangers à l’effondrement. Ces travaux auraient créé des changements au niveau de la perméabilité du lit du cours d’eau, changeant du coup le processus de drainage des eaux à cet endroit. D’autres, encore, sont d’avis qu’un « lac artificiel » se serait formé sous le quartier résidentiel suite à la fonte rapide des neiges ce printemps-là ce qui aurait augmenté le niveau de la nappe d’eau souterraine.

Quoi qu’il en soit, la plupart s’entendent pour dire que l’instabilité de sol, gorgé d’eau, a provoqué une succession de ruptures dans le sous terrain, entrainant une coulée spectaculaire d’argile de Leda. Il s’agit d’un type d’argile très sensible, surtout présent au Québec sur le territoire de ce qui est convenu d’appeler l’ancienne mer de Champlain. La particularité de ce type d’argile réside dans sa tendance à se liquéfier soudainement lorsque perturbée.

 

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Lendemain du glissement de terrain à Saint-Jean-Vianney, 1971. BAnQ Québec (E10,S44,SS1,D71-099PE6). Photographe Jules Rochon

 

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Vues du sinistre après le cataclysme de Saint-Jean-Vianney,1971, BAnQ Québec (E10,S44,SS1,D71-102PC3). Photographe Jules Rochon.

 

Compte tenu de l’état de dévastation des lieux, de l’absence de services essentiels, dont l’électricité, et de la difficulté à stabiliser les terrains avoisinants, le site de Saint-Jean-Vianney est déclaré zone sinistrée perpétuelle. Le premier ministre Robert Bourassa en annonce la fermeture définitive le 27 mai 1971. Les gouvernements provincial et fédéral et plusieurs organismes publics annoncent des mesures de relocalisation et d’aide aux sinistrés. De juin à décembre, 215 maisons sont déplacées vers Arvida et Shipshaw, marquant la fin de Saint-Jean-Vianney.

 

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Déménagement après le cataclysme de Saint-Jean-Vianney, 1971. BAnQ Québec (E10,S44,SS1,D71-099PC6). Photographe Jules Rochon

 

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Déménagement des maisons à Saint-Jean-Vianney, 1971. BAnQ Québec (E10,S44,SS1,D71-371PG1). Photographe Jules Rochon

 

BAnQ possède plusieurs documents tant photographiques, audio-visuel que textuel disponibles entre autre dans les fonds E17, Ministère de la Justice et E8, Ministère de la Santé et des Services Sociaux concernant cette catastrophe naturelle.

 

Sylvie Bédard, archiviste – BAnQ Québec

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