« Staycation » d’affaires dans ma propre ville : petit séjour à l’hôtel pour travailler… et décrocher de la maison

, par Catherine Ferland Historienne

D’entrée de jeu, pardon pour l’anglicisme. « Staycation » ? Ce néologisme, né de la contraction entre « stay » (séjour) et « vacation » (vacances), décrit le fait de choisir un établissement hôtelier pour sa valeur première de destination, et non uniquement en guise de coin dodo. Et c’est exactement ce qui se passe pour moi : je me trouve à l’Hôtel Château Laurier, à Québec, dans ma propre ville, et ma chambre fait figure de petit cocon douillet dans lequel je travaille pour trois jours et duquel j’entends sortir le moins possible !

Vue de ma fenêtre : le Manège militaire, par un soir frisquet de novembre.

Au moment d’écrire ces lignes, je suis assiste à une jolie table de travail, avec vue sur le Manège militaire et sur les Plaines d’Abraham. La rive sud de Québec, en arrière-plan, constitue ma ligne d’horizon. Qu’est-ce que je fais dans un établissement hôtelier, dans ma propre ville ?

Avant de vous parler du « comment », j’ai très envie de débuter par le « pourquoi ». En effet, pour quelle raison peut-on éprouver l’envie de séjourner quelques temps dans un hôtel situé à moins de 20 minutes de chez soi ?

En cinq mots : pour décrocher de la maison.

Foyer, doux foyer

Depuis mars 2020, on a lu et entendu beaucoup de choses concernant l’impact de la pandémie sur le monde du travail. Des experts se sont prononcés sur les profondes transformations qui se produisent depuis quelques mois dans notre rapport au boulot, tant dans ses aspects fonctionnels que relatifs à la santé mentale. On a abondamment parlé de l’impact de la désertion du centre-ville par les fonctionnaires, professionnels et employés qui, en temps normal, font vivre de nombreux petits commerces, restaurants, cafés et hôtels. Certains aspects positifs des restrictions ont aussi été évoqués, notamment l’économie en temps de transport que le télétravail peut représenter.

Or, j’ai vu passer bien peu de choses portant spécifiquement sur les travailleurs autonomes et entrepreneurs qui travaillent normalement à partir de leur domicile, une catégorie dont je fais partie. Sans vouloir comparer ou retirer quelque légitimité que ce soit à la condition des travailleurs « de bureau » qui se sont brusquement retrouvés confinés à la maison, c’est à la situation des travailleurs « à la maison » que je m’intéresse aujourd’hui.

Changer d’horizon pour quelques jours : quel bonheur !

Travailler de chez soi nécessite une discipline personnelle, une indispensable capacité à « sectoriser », à réellement réserver du temps exclusif au travail sans se laisser distraire par l’environnement, les tâches ménagères ou, pour certains, l’attrait de la télévision. Les travailleurs autonomes et entrepreneurs dont le bureau se trouve à la maison vous le diront : cette autodiscipline ne s’acquiert pas si facilement. Elle est le fruit d’un certain nombre de semaines (voire de mois) d’ajustements et de tâtonnements. La pandémie est venue chambouler cet équilibre.

Du jour au lendemain, en raison des diverses mesures de restrictions et de confinement, le calme espace de travail s’est retrouvé chamboulé par la présence des conjoints et des enfants, alternativement en congé forcé, en télétravail ou école à distance. Même avec une volonté en béton, il est devenu difficile d’atteindre le niveau de concentration optimale pour mener à bien certaines tâches, notamment intellectuelles.

Promiscuité territoriale

Personnellement, je me considère chanceuse : mes trois enfants sont au secondaire et démontrent beaucoup d’autonomie. Il n’en demeure pas moins que mes deux plus grands ont une journée sur deux de « télé-école », avec des cours sur GoogleMeet. La table de la cuisine ainsi que le divan du salon sont devenus des annexes scolaires. Mes deux petits chiens ne s’en plaignent pas ; je les soupçonne de s’instruire discrètement, bien nichés sur les genoux de l’un ou l’autre de mes enfants. (Les animaux domestiques sont possiblement les grands gagnants de la situation actuelle.) Même si je n’ai pas besoin de superviser leur travail, je mentirais si je disais que la présence de mes enfants ne m’affecte pas. J’ai toutefois une pensée pour mes collègues dont les enfants sont plus jeunes. C’est exigeant, ces petites bêtes-là ! Et on ne se le cachera pas, la fréquence des collations – même et peut-être surtout lorsqu’ils sont ados – est déconcertante. Bref, ça bouge.

Les conjoints, chums, blondes s’avèrent aussi un élément de distraction non négligeable. Hormis dans les rares cas où les deux membres du couple sont travailleurs autonomes, il y a une sorte de « travail d’éducation » à faire auprès de l’être aimé. Témoin involontaire du quotidien du travailleur autonome, il ne réalise peut-être pas à quel point sa présence constante peut être déstabilisante. Comment expliquer à notre amoureux qu’il n’a rien à se reprocher en tant que tel, mais que le seul fait qu’il se trouve dans la maison compromet notre concentration ? C’est encore plus vrai en appartement, où la promiscuité rend les contacts visuels et les intrusions sonores inévitables.

Alors la situation est la suivante : vous vous retrouvez avec des personnes pour lesquelles le confinement est vécu à l’envers, car au lieu de se sentir oppressées de devoir rester chez elles, elles doivent plutôt apprendre à vivre avec « l’envahissement » de leur espace de travail ! Ajoutez à cela une situation en elle-même, qui nous fait vivre toute une gamme d’émotions grises et beiges comme la lassitude, l’anxiété, le découragement, et vous avez un beau cocktail qui peut finir par affecter la santé mentale. D’où une légitime envie de fuir momentanément.

Rien à voir avec l’amour qu’on éprouve pour nos proches, là. Les miens, je les adore. Mais j’éprouve un impérieux besoin de me recentrer un peu. Ma solitude de manque !

Retrouver un havre de calme, sans fouillis familial sous les yeux, pour entrer en état de concentration propice au travail… eh bien, c’est exactement la raison pour laquelle j’ai quitté temporairement mon domicile pour me lover dans une chambre d’hôtel !

Oh, que ça commence bien !!!

Un cocon pour travailler

En posant mon manteau et mes bagages dans ma belle chambre, je suis prête à vivre l’expérience et à accueillir ce qui va passer. Bien sûr, j’ai du boulot, mais je me suis déjà accordé à l’avance la permission de simplement relaxer pendant la première demi-journée. La chambre que j’occupe est spacieuse, pourvue d’un immense lit, d’un foyer au gaz, d’une grande salle de bain, d’une très large fenêtre orientée vers le sud-est (allô, luminothérapie !) et surtout d’un grand bureau qui accueillera, pendant quelques jours, mon MacBookPro et mes notes.

Mon cocon de travail pour les prochains jours.

Déjà, le silence ambiant est fabuleux. La ventilation et le léger zzzzz du minifrigo créent un bruit blanc, presque un mantra. Les trucs à écrire, les entrevues que je vais accorder, de même que les réunions auxquelles j’assisterai, ne seront pas perturbées par le bruit d’armoires qui se ferment, de conversations animées ou de jappements de mes chiens.

Comme bien des travailleurs autonomes ou entrepreneurs, mes principaux outils de travail sont le téléphone cellulaire, l’ordinateur et Internet. J’ai donc avec moi tout ce qu’il me faut pour travailler. Je m’y emploie calmement. Un thé. Trois heures de musique. C’est tellement zen ! Je retrouve la solitude complète comme une vieille amie bienveillante. J’entre dans un état de concentration fabuleux, ce qui ne m’étais pas arrivée depuis longtemps. J’écris sans effort. Mes doigts courent sur le clavier. Je me lève pour me dégourdir, regarder dehors, laisser mon regard se perdre quelques minutes sur les Plaines d’Abraham et la tour Martello. Pour la première fois depuis des mois, mon horizon de travail n’est pas celui des murs de ma maison et des haies qui entourent mon jardin. Mon doux, que ça fait du bien !

Sans exercer de pression, je suis productive. Tout se passe comme si mes neurones, en n’étant pas obligés de se mobiliser pour m’isoler « de force » de mon environnement domestique, s’avèrent super disponibles pour travailler. Alors j’écris. Je parle. Les idées vont tout naturellement, les mots fusent spontanément.

Des petits cadeaux ! 🙂

Se recentrer

Au terme de ce court séjour, j’aurai abattu un boulot impressionnant. J’ai accordé deux entrevues pour mon plus récent livre, avancé des dossiers pour les Rendez-vous d’histoire de Québec, retranscrit des notes pour mon manuscrit en cours, assisté à un conseil d’administration en Zoom… et écrit cet article !

Si j’ai beaucoup travaillé, j’ai aussi pris du temps pour moi. Je suis allée marcher sur la colline parlementaire et sur la rue Cartier. J’ai pris des photos et fait quelques croquis d’éléments architecturaux intéressants, juste pour le fun. Je suis allée nager à trois reprises dans la piscine de l’hôtel, totalement seule. J’ai commandé un repas gastronomique au restaurant le Louis Hébert, juste à côté. J’ai dormi tout mon content dans le gros lit king ultra-confortable. J’ai regardé un vieil épisode de Downton Abbey qui passait à la télé. J’ai poussé le cliché jusqu’à mariner dans l’immense bain à remous avec un masque facial et un masque capillaire… Bref, j’ai maximisé mon séjour en profitant des installations et des avantages de la localisation !

Jolies maisons victoriennes à proximité de l’hôtel. On dirait un conte de Dickens !

J’ai envie de conclure sur ceci : si vous êtes dans cette situation de travailleur autonome « envahi » qui a besoin d’une escapade momentanée hors du foyer, n’hésitez pas à demander un court séjour à l’hôtel en guise de cadeau de Noël. Vous y travaillerez et vous y reposerez encore mieux que si vous étiez partis 2 semaines dans le sud. Sérieusement, c’est tout simple et ça fait un bien fou !

Merci à l’Hôtel Château Laurier pour le chaleureux accueil, l’hébergement, les déjeuners et les petites attentions.

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