Terre des hommes en musique. – 1968-1971

, par Nicolas Bednarz

Les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame ont accueilli plusieurs festivals de musique au fil des ans. Mais saviez-vous que bien avant Osheaga, Heavy Montreal ou le Piknic Électronik, il y a eu Terre des Hommes ? Au tournant des années 1960-1970, l’exposition permanente a en effet accueilli de nombreux artistes internationaux ou locaux d’importance, parmi lesquels Black Sabbath, Robert Charlebois, les Guess Who, James Brown, Joan Baez, Frank Zappa, Nina Simone, Léo Ferré ou Chuck Berry. Chaque été, les photographes de la Ville de Montréal étaient sur place : ils nous ont laissé de nombreux clichés inédits de ces concerts. Nous vous présentons pour la première fois ces images, dont plusieurs ont récemment été numérisées.

1968

Bien sûr, il y a d’abord Expo 67, avec sa multitude de spectacles présentés au cours de l’été. En tout, 727 groupes musicaux de 21 pays différents (mais principalement des États-Unis et du Canada) y donnent plus de 2 000 spectacles gratuits. Mais ce n’est qu’un début : cet événement ponctuel se transforme progressivement en festival annuel à partir de 1968.

Les Sinners à Expo 67 (Pavillon de la jeunesse). Photo de Patricia Ling. P132-2_021-008. Archives de la Ville de Montréal.

Les Sinners à Expo 67 (Pavillon de la jeunesse). Photo de Patricia Ling. P132-2_021-008. Archives de la Ville de Montréal.

Dès ses débuts, l’exposition permanente Terre des Hommes comporte en effet un volet musical. Les premiers pas sont modestes. En avril 1968, l’administration municipale lance une invitation à tous les groupes amateurs : « en venant se produire sur place, ils pourront bénéficier de l’entrée gratuite sur le site les jours de leur spectacle » (Montreal Star, 1er avril 1968). La Place des Nations est transformée en discothèque géante gratuite. On réfléchit à la possibilité d’utiliser certains sites (le Théâtre du Canada, le Jardin des Étoiles) comme lieux de spectacles où l’on pourrait inviter des « vedettes ».

La chanteuse Muriel Millard se produit plusieurs semaines au Jardin des Étoiles. Ginette Reno lui succède en août. Jean-Pierre Ferland et Louise Forestier donnent un concert à la Place des Nations le 8 août. Parmi les autres noms à l’affiche cet été là : Louis Armstrong, Jean-Guy Moreau, Claude Gauthier, Miriam Makeba et l’OSM. Un festival pop et quelques concerts sont organisés en dehors du site, à l’Autostade (Herb Alpert et son orchestre Tijuana Brass), tandis que de nombreux spectacles faisant plus généralement partie de ce « festival d’été » se tiennent en salle, par exemple à la Place des Arts et au théâtre Maisonneuve. Au terme de 1968, il y aura donc bel et bien eu des concerts, mais les réalisations demeurent modestes comparativement à celle d’Expo 67.

1969

Terre des Hommes souhaite bonifier l’offre de spectacles sur les îles à l’été 1969. Le directeur du bureau des spectacles, Marc Latraverse (ancien directeur de l’agence « les Artistes nord-américains » et frère du producteur et imprésario Guy et de la comédienne Louise), désire « mettre sous contrat de grands noms de la chanson et des variétés » (Dimanche-Matin, 27 avril 1969). Pour ce faire, il dispose d’un budget de 800 000$. On voit grand, on met sur pied le « Festival des étoiles », qui prévoit des concerts gratuits tout au long de l’été. Les spectateurs devront toutefois acheter leur visa pour accéder au site (un visa pour la saison complète coûte par exemple 12$).

Parmi les noms progressivement confirmés : Juliette Gréco, Françoise Hardy, Gilbert Bécaud, Nina Simone, Thelonious Monk, Jimmy Smith, Sam & Dave, France Gall, Petula Clark, James Last, Erroll Garner, Vanilla Fudge, Joan Baez, Sly and the Family Stone, Frank Zappa, the Fifth dimension, Monique Leyrac, The Crazy World of Arthur Brown, Eva, Claude Léveillée et Gilles Vigneault. Les concerts auront lieu à la Place des Nations, au Kiosque international ou au Théâtre du Canada. Une nouveauté par rapport à l’année précédente, Terre des Hommes aura son orchestre officiel, appelé à participer à diverses manifestations.

Le chanteur français Gilbert Bécaud en concert à la Place des Nations. Spectacle inaugural de la saison estivale, devant près de 30 000 spectateurs. - 14 juin 1969. Photo de Carl Mailhot. VM94-TDH69-096-003. Archives de la Ville de Montréal.

Gilbert Bécaud en concert à la Place des Nations. Spectacle inaugural de la saison estivale, devant près de 30 000 spectateurs. – 14 juin 1969. Photo de Carl Mailhot. VM94-TDH69-096-003. Archives de la Ville de Montréal.

Le chanteur français Gilbert Bécaud ouvre la saison des spectacles sur la Place des Nations le samedi 14 juin 1969. Le succès est au rendez-vous, alors que la foule compacte envahit la place à pleine capacité. La Ville lui offre pour un soir un cachet de 10 000$ (auquel s’ajoute un 5 000$ pour son chef d’orchestre Christian Bernard).

À ce sujet, à quel cachet peuvent s’attendre les artistes invités par la Ville de Montréal ? Voici quelques exemples :
– 3 000$ pour Thelonious Monk et ses 3 musiciens – 1 spectacle à la Place des Nations le 21 juin
– 5 000$ pour Nina Simone et ses 9 musiciens – 1 spectacle à la Place des Nations le 21 juin
– 5 500$ pour Pete Seeger and the Hudson River (11 personnes) – 1 spectacle à la Place des Nations le 12 juillet
– 8 500$ pour France Gall – 5 spectacles au Kiosque international les 14, 15 et 16 juin.
– 8 500$ pour Tiny Tim – 1 spectacle à la Place des Nations.
– 10 000$ pour Ravi Shankar et ses musiciens – 5 spectacles au Kiosque international les 9, 10 et 11 août
– 11 850 pour Juliette Greco et ses 6 musiciens – 5 spectacles au Kiosque international
– 15 000$ pour the Fifth dimension – 1 spectacle à la Place des Nations le 20 août
– 16 050$ pour James Brown et son orchestre – 1 spectacle à la Place des Nations le 2 août
– 16 500 pour Sergio Mendez et Brazil 66 – 1 spectacle à la Place des Nations le 27 août

Juliette Greco au Kiosque International. - 5 juillet 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-184-010. Archives de la Ville de Montréal.

Juliette Greco au Kiosque International. – 5 juillet 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-184-010. Archives de la Ville de Montréal.

Au début du mois de juillet, Juliette Gréco donne cinq représentations au Kiosque international : la salle est pleine. Le journaliste culturel René Homier-Roy est sur place. Dès son entrée sur scène, la chanteuse française montre qu’elle « pourrait triompher de n’importe quel public », choisissant pour l’occasion un répertoire simple, facile, composé de pièces très connues comme Paris-Canaille, Chandernagor, Si tu t’imagines, Sous le ciel de Paris ou Les feuilles mortes. Les spectateurs présents lui réservent un triomphe (La Presse, 7 juillet 1969)

Le samedi 5 juillet, ce sont les très populaires américains du groupe rock psychédélique Vanilla Fudge qui sont de passage à la Place des Nations. Plus de 25 000 spectateurs répondent à l’appel et envahissent le site. Dès les premières chansons, l’organiste du groupe lance un appel à l’assistance entassée derrière les barrières en place. « Rapprochez-vous ! Venez vous joindre à nous ! » lance-t-il. En moins d’une minute, près de 2 000 jeunes envahissent la scène. Surpris, les musiciens sont obligés de quitter en coulisses. Il faut près de 40 minutes aux policiers pour rétablir l’ordre. Le spectacle peut enfin reprendre. Alors que la foule continue de se presser vers l’avant, un cordon policier est maintenu au devant de la scène. Comme le dira l’organiste du groupe en fin de soirée : « It was a ball, Montrealers sure know how to respond ! ». Les membres du groupe connaissent toutefois une fin de séjour à Montréal moins heureuse. Mark Stein et Richard Zimmer sont en effet arrêtés par la police dans leurs chambres de l’hôtel Mont-Royal, après avoir été trouvés en possession de plusieurs grammes de haschisch.

La foule envahit la scène au concert de Vanilla Fudge. - 5 juillet 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-183-005. Archives de la Ville de Montréal.

La foule envahit la scène au concert de Vanilla Fudge. – 5 juillet 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-183-005. Archives de la Ville de Montréal.

Pete Seeger avec the Hudson River Sloop Singers. - 12 juillet 1969. Photo de Carl Mailhot. VM94- TDH69-180-007. AVM.

Pete Seeger avec the Hudson River Sloop Singers. – 12 juillet 1969. Photo de Carl Mailhot. VM94- TDH69-180-007. AVM.

Le samedi 12 juillet, Pete Seeger et les Hudson River Sloop Singers présentent leur spectacle à la Place des Nations. Sur le rebord du banjo du chanteur folk, on retrouve cette inscription : « Cet instrument cerne la haine et la contraint à capituler ». Seeger remplace Joan Baez, dont le concert a dû être repoussé au samedi suivant, le 19 juillet.

Joan Baez à la Place des Nations. - 19 juillet 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-222-022. AVM.

Joan Baez à la Place des Nations. – 19 juillet 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-222-022. AVM.

Qu’à cela ne tienne, la célèbre chanteuse américaine, grande promotrice de la non-violence, des droits civiques et de la paix, est présente la fin de semaine suivante. En compagnie du Struggle Mountain Resistance Band, Joan Baez livre ses chansons folk avec beaucoup de conviction et une touche d’humour. Elle interprète également une pièce des Beatles, une autre de The Band (I shall be released, qui devient We shall be released) ainsi que Suzanne, de Leonard Cohen. Enceinte, la jeune chanteuse profite notamment de sa tribune pour prendre la défense des opposants au service militaire (dont fait partie son mari, alors emprisonné pour cette raison). Elle est chaleureusement et longuement applaudie. (The Gazette, 21 juillet 1969)

Joan Baez en concert à la Place des Nations. - 19 juillet 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-222-013. Archives de la Ville de Montréal.

Joan Baez en concert à la Place des Nations. – 19 juillet 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-222-013. Archives de la Ville de Montréal.

Sam & Dave au Kiosque International. - 17 juillet 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-205-003. AVM.

Sam & Dave au Kiosque International. – 17 juillet 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-205-003. AVM.

Les populaires Sam & Dave, artistes de musique soul, sont au Kiosque international les 19, 20 et 21 juillet. Accompagnés par des musiciens du Tijuana Brass et de Margie Hendricks des Raelettes (Ray Charles), ils y présentent des « standards », accueillis avec un enthousiasme modéré par les adolescents présents. (The Gazette, 21 juillet 1969)

The Association à la Place des Nations. - 23 juillet 1969. Photo de M. Pelletier. VM94-TDH69-219-002. AVM.

The Association à la Place des Nations. – 23 juillet 1969. Photo de M. Pelletier. VM94-TDH69-219-002. AVM.

Le 23 juillet, on peut assister à la prestation des sept Californiens du groupe The Association, qui offre des chansons et des harmonies proches de celles des Beach Boys. La foule est dense sur la Place des Nations pour célébrer leur musique convenue, mais parfaitement exécutée. Parmi les nombreuses personnes présentes qui esquissent des pas de danse, on remarque un spectateur plus âgé, vêtu d’un chandail à l’effigie de Harry Truman et d’un large sombrero. L’ambiance est à la bonhomie (The Gazette, 24 juillet 1969).

James Brown à la Place des Nations. - 2 août 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-242-011. Archives de la Ville de Montréal.

James Brown à la Place des Nations. – 2 août 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-242-011. Archives de la Ville de Montréal.

Le 2 août, c’est au tour du roi du soul, le chanteur James Brown, de fouler la scène de la Place des Nations. Accompagné de 21 musiciens et d’une troupe de danseurs, Brown chante, crie, hurle, rit ou pleure et rallie la foule présente. La Place est pleine à craquer (27 000 spectateurs, la plus grande foule à cette date) et 130 employés sont présents pour assurer la sécurité. On dénombre pas moins de 50 cas d’évanouissements causés par la chaleur torride et la densité de la foule : les jeunes victimes doivent être transportées à la tente des premiers soins, où elles récupèrent sans trop de mal. Sur place, indifférent à l’enthousiasme quasi-hystérique qui l’entoure, le journaliste culturel René Homier-Roy est pour sa part déçu par le chanteur et « ses techniques quelconques et démodées ». Force lui est tout de même de reconnaître « que ce petit homme est assurément un des meilleurs chanteurs noirs actuels et qu’il sait admirablement chauffer un orchestre et un public » (La Presse, 4 août 1969)

Le grand cithariste indien Ravi Shankar donne trois spectacles au Kiosque international les 9, 10 et 11 août. L’artiste impressionne notamment grâce à ses improvisations surprenantes, d’une grande finesse. Le public est enchanté et debout en fin de concert. (The Gazette, 11 août 1969)

Ravi Shankar au Kiosque International. - 10 août 1969. Photo de Carl Mailhot. VM94-TDH69-267-007. Archives de la Ville de Montréal.

Ravi Shankar au Kiosque International. – 10 août 1969. Photo de Carl Mailhot. VM94-TDH69-267-007. Archives de la Ville de Montréal.

Robert Charlebois à la Place des Nations. - 10 août 1969. Photo de Carl Mailhot. VM94-TDH69-266-016. Archives de la Ville de Montréal.

Robert Charlebois à la Place des Nations. – 10 août 1969. Photo de Carl Mailhot. VM94-TDH69-266-016. Archives de la Ville de Montréal.

Le 9 août 1969, c’est également le concert de Robert Charlebois sur la Place des Nations. Les cheveux teints en blond, le chanteur monte sur scène « entre les jambes d’un immense géant de plastique noir gonflé, habillé d’un « jump suit » or garni de frites pailletées ». L’immense foule a notamment droit aux chansons Dolores, Demain l’hiver, Californie, Egg generation, Engagement, CPR blues, Lindbergh, Tout écartillé et Ostiville. La performance est enlevante, le groupe de rock libre du Québec (dérivé du quatuor de jazz libre) est à la hauteur et le guitariste Arthur Cossette arbore fièrement ses plus belles plumes pour l’occasion. En première partie, les spectateurs ont droit à la Révolution française (ex Sinners) et au groupe le Triangle. (Dimanche-Matin, 10 août 1969)

Le samedi 16 août, c’est au tour de Frank Zappa d’offrir une prestation, au sein des Mothers of invention. Le concert a lieu au Kiosque du Canada. Sur scène, ils sont dix musiciens, dont deux batteurs, un trompettiste, deux pianistes, des saxophones et des guitares. Si chacun fait le pitre tour à tour comme le veut la tradition, tous « jouent avec discipline le moment venu, dans la meilleure tradition du jazz ». La musique est « jolie et sophistiquée ». La pluie se mêle toutefois de la partie et le groupe doit abréger sa prestation. (La Presse, 18 août 1969)

Frank Zappa avec The Mothers of Invention au Kiosque du Canada. - 17 août 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-282-001. Archives de la Ville de Montréal.

Frank Zappa avec The Mothers of Invention au Kiosque du Canada. – 17 août 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-282-001. Archives de la Ville de Montréal.

Mahalia Jackson à la Place des Nations. - 16 août 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-275-013. AVM.

Mahalia Jackson à la Place des Nations. – 16 août 1969. Photo de Gordon Beck. VM94-TDH69-275-013. AVM.

Le même soir, la grande chanteuse soul Mahalia Jackson bouleverse la foule venue assister à son concert sur la Place des Nations. Infatigable en apparence malgré de récents problèmes cardiaques, Jackson, qui a presque 60 ans, charme et enthousiasme avec ses chansons teintées de gospel et de jazz. Elle interprète notamment Lord remember me, Down by the Riverside et I found the answer. (Montreal Star, 18 août 1969)

James Last à la Place des Nations. - 23 août 1969. Photo de Carl Mailhot. VM94-TDH69-307-004. AVM.

James Last à la Place des Nations. – 23 août 1969. Photo de Carl Mailhot. VM94-TDH69-307-004. AVM.

Le 23 août, James Last foule les planches de la Place des Nations, en compagnie de ses 17 musiciens. Par un temps magnifique et doux, l’arrangeur-chef d’orchestre livre un « récital de ses plus grands succès sur disques », y allant même d’un « étonnant Give peace a chance », qu’il chante avec deux de ses invités tandis que les musiciens de l’orchestre se baladent sur scène avec leurs instruments. Sur place, René Homier-Roy avoue préférer les cuivres de James Last aux violons de Paul Mauriat (autre arrangeur et chef d’orchestre bien connu de ces années). (La Presse 25 août 1969)

Au terme de cette saisons estivale de 1969, force est de reconnaître « l’étonnante qualité de ce Festival qui a fait défiler quelques uns des plus grands noms du spectacle international ». « L’organisation a fait des miracles avec presque rien (…) se donnant un mal de chien pour faire de cette manifestation un succès ». (La Presse, 11 septembre 1969). En tout, Terre des Hommes a présenté 196 spectacles professionnels auxquels ont assisté 864 900 personnes

1970

Calendrier préliminaire des concerts. - 1970. VM166-D23555-1-A. Archives de la Ville de Montréal.

Calendrier préliminaire des concerts. – 1970. VM166-D23555-1-A. Archives de la Ville de Montréal.

À l’été 1970, le « Festival des étoiles » comprend 26 spectacles à la Place des Nations (mercredis et samedis), 65 au Kiosque international (samedis, dimanches et lundis), 144 au Théâtre du Canada (du mercredi au dimanche) et 12 au Kiosque du Canada (qui devient le centre de la musique pop le mardi soir et est utilisé « presque uniquement en fonction de la jeunesse »). La discothèque est par ailleurs en opération pendant 72 jours. On refuse toutefois d’organiser un grand festival de musique pop, pour des raisons de logistique et de sécurité (l’idée sera reprise en 1971). Le budget total pour l’ensemble des spectacles est de 1 271 000$. (Le Devoir, 1er avril 1970)

Comme pour l’année précédente, les concerts sont gratuits, mais l’entrée sur le site demeure payante. Les prix sont de 12$ pour un visa de saison adulte, 7,5$ pour un visa de saison jeunesse (entrée libre pour les moins de 6 ans), 2,5$ pour un visa d’une journée adulte et 1,25$ pour un visa d’une journée jeunesse. Marc Latraverse demeure à la tête de la programmation, comme directeur du service des spectacles. Au printemps, il voyage aux États-Unis et en Europe afin de rencontrer divers artistes. Elvis Presley est notamment invité, mais le cachet exigé de 120 000$ est jugé trop élevé.

Chuck Berry à la Place des Nations. - 4 juillet 1970. Photo de M. McDonald. VM94-TDH70-135-018. Archives de la Ville de Montréal.

Chuck Berry à la Place des Nations. – 4 juillet 1970. Photo de M. McDonald. VM94-TDH70-135-018. Archives de la Ville de Montréal.

On souhaite donner une place à tous les styles musicaux : acid-rock, blues, ballades, chansons populaires, soul, country, western, etc. La programmation est vaste : on accueillera notamment les Guess Who, Procol Harum, Chicago, Trini Lopez, Paul Anka, Wilson Pickett, Tonny Bennett, Lou Rawls, Johnny Mathis, Henry Mancini, France Gall, Peggy Lee, Booker T and the MG’s, Sonny & Cher, Joe Cocker, Dionne Warwick, the Temptations, Frida Boccara, Chet Atkins et BB King. Du côté québécois, on aura notamment Ginette Reno, Claude Léveillée, Renée Claude, L’infonie, les Jérolas, Donald Lautrec et Robert Charlebois. Terre des Hommes possède son propre ensemble de jazz ainsi que son orchestre classique. Ces formations accompagnent les artistes de passage lorsque c’est nécessaire.

On donne une cure de jeunesse aux équipements de la Place des Nations : une nouvelle scène de 20 pieds par 60 pieds est érigée, un système d’amplification de 1 000 watts et des nouveaux haut-parleurs sont ajoutés et le système d’éclairage est bonifié.

Bo Diddley à la Place des Nations. - 4 juillet 1970. VM94-TDH70-138-011. AVM.

Bo Diddley à la Place des Nations. – 4 juillet 1970. VM94-TDH70-138-011. AVM.

La programmation donne une grande place aux chanteurs venus d’ailleurs mais génère parallèlement du mécontentement chez les artistes québécois. La Guilde des musiciens dénonce ainsi une année « franchement mauvaise pour les musiciens montréalais » et menace de déclarer Terre des Hommes « terra inimica » l’année suivante. Marc Latraverse se défend en suggérant que les artistes internationaux attirent beaucoup plus les foules. (La Presse 13 août 1970)

Ginette Reno au Jardin des Étoiles. - 13 juin 1970. VM94-TDH70-070-004. AVM.

Ginette Reno au Jardin des Étoiles. – 13 juin 1970. VM94-TDH70-070-004. AVM.

Ginette Reno ouvre la saison avec un spectacle fort réussi au Jardin des étoiles, démontrant qu’elle « n’a rien perdu de son excellente technique de cabaret ». En première partie, André Gagnon et son clavecin électrique (La Presse, 12 juin 1970). C’est ensuite à Renée Claude d’ouvrir la saison du Kiosque international, avec autant de bonheur que Ginette Reno. « Renée Claude, très belle dans un ensemble noir, a chanté pendant près d’une heure, ne s’interrompant que pour présenter, de quelques mots très heureusement choisis, quelques unes de ses chansons » (René Homier-Roy, La Presse, 15 juin 1970)

Renée Claude au Kiosque international. - 12 juin 1970. Photo de M. McGee. VM94-TDH70-050-010. Archives de la Ville de Montréal.

Renée Claude au Kiosque international. – 12 juin 1970. Photo de M. McGee. VM94-TDH70-050-010. Archives de la Ville de Montréal.

Le 16 juin, c’est au tour des américains de Booker T. and the M.G.’s de présenter leur musique soul instrumentale sur la Place des Nations. Les quatre musiciens réussissent à charmer et à faire danser les quelques milliers de spectateurs sur place. Booker Jones (orgue), Al Jackson (batterie), Duck Dunn (basse) et Steve Cropper (guitare) interprètent notamment Green onions (leur grand succès), Sweet potato, Hiphugger et Soul Limbo.

Booker T. and the M.G.'s à la Place des Nations. - 17 juin 1970. Photo de M. McDonald. VM94-TDH70-078-002. Archives de la Ville de Montréal.

Booker T. and the M.G.’s à la Place des Nations. – 16 juin 1970. Photo de M. McDonald. VM94-TDH70-078-002. Archives de la Ville de Montréal.

Procol Harum à la Place des Nations. - 23 juin 1970. VM94-TDH70-101-015. AVM.

Procol Harum à la Place des Nations. – 23 juin 1970. VM94-TDH70-101-015. AVM.

Le 23 juin, une horde de jeunes spectateurs envahit la Place des Nations, « se donnant des aires de Peter Fonda », cigarette à la bouche, en attendant le groupe britannique Procol Harum. Lorsque les musiciens embarquent enfin sur scène, la sonorisation se révèle malheureusement défaillante. Pour le spectateur, c’est un peu comme « écouter un vieux disque rayé sur un lecteur portatif antique » (The Gazette, 25 juin 1970). Le système de son de la Place des Nations est simplement inadéquat face aux amplificateurs et aux équipements puissants utilisés par le groupe. L’administration corrigera le tir au lendemain de ce désastre. Malgré tout, l’immense foule présente semble apprécier la performance, qui culmine avec l’interprétation du succès A whiter shade of pale. Le jeu du batteur B. J. Wilson impressionne comme toujours.

Procol Harum à la Place des Nations. - 23 juin 1970. Photo de M. McDonald. VM94-TDH70-101-060. Archives de la Ville de Montréal.

Procol Harum à la Place des Nations. – 23 juin 1970. Photo de M. McDonald. VM94-TDH70-101-060. Archives de la Ville de Montréal.

Les Guess Who à la Place des Nations. - 1er juillet 1970. VM94-TDH70-101-045. AVM.

Les Guess Who à la Place des Nations. – 1er juillet 1970. VM94-TDH70-101-045. AVM.

Le 1er juillet, c’est au tour des Guess Who d’affronter la Place des Nations. Le groupe canadien ne déçoit pas, proposant des réinterprétations nouvelles de ses succès, se lançant même par moments dans de sympathiques improvisations. On profite de ce spectacle pour lui remettre un disque d’or qu’il s’est récemment mérité. Même si la Place n’est pas remplie à pleine capacité, la foule sur place est considérable. (La Presse 2 juillet 1970).

les Guess Who à la Place des Nations. - 1er juillet 1970. VM94-TDH70-101-028. AVM.

Les Guess Who à la Place des Nations. – 1er juillet 1970. VM94-TDH70-101-028. AVM.

Le 19 juillet, le chanteur québécois Claude Léveillée donne un concert très réussi dans un Kiosque international bondé (quelque 3 000 personnes). Il y chante de vieux et récent succès, mais également des nouvelles chansons, le tout avec beaucoup de chaleur. L’accompagnement musical inclut une flûte, des bongos, un second piano et quatre choristes.

Foule sur la Place des Nations. - 23 juin 1970. Photo de M. McDonald. VM94-TDH70-102-004. Archives de la Ville de Montréal.

Foule sur la Place des Nations. – 23 juin 1970. Photo de M. McDonald. VM94-TDH70-102-004. Archives de la Ville de Montréal.

Certains soirs, la Place des Nations se transforme plus en lieu de socialisation qu’en salle de concert. Lors du passage du groupe Chicago, le journaliste Juan Rodriguez note ainsi que la majorité de la foule présente ne voit pas la scène, que la plupart sont assis, discutent, écoutent une radio transistor, ou restent simplement immobiles les yeux dans le vide, prenant tout de même le temps d’applaudir le groupe à la fin de chaque chanson. (Montreal Star, 29 juillet 1970). À l’inverse, le passage réussi de Wilson Pickett fait danser chacun des 20 000 spectateurs réunis sur la Place des Nations (Montreal Star, 12 août 1970).

Le 7 septembre 1970, le Journal de Montréal titre : « Pour Robert Charlebois, ils étaient 50 000 ». Si le nombre est exagéré (la Place des Nations a une capacité maximale de 25 000 personnes environ), l’article reflète le succès colossal rencontré par le chanteur québécois, qui vient tout juste de remporter le grand prix du festival international de Sopot, en Pologne. La foule supporte stoïquement le vent glacial et la pluie qui balaient la Place des Nations. Charlebois présente un spectacle solide, rassembleur, « plein de feu et de vie », dans lequel il enchaîne notamment Mon pays, Oridnaire, Tout écartillé, Te v’là, Québec Love, Sensation, Lindbergh ou Terre-Love. En première partie, la chanteuse Monique Leyrac est accompagnée de 12 musiciens « dirigés avec beaucoup de précision par Franck Dervieux ». (René Homier-Roy, La Presse, 8 septembre 1970)

Robert Charlebois à la Place des Nations. - 6 septembre 1970. Photo de M. Lauzé. VM94-TDH70-306-010. Archives de la Ville de Montréal.

Robert Charlebois à la Place des Nations. – 6 septembre 1970. Photo de M. Lauzé. VM94-TDH70-306-010. Archives de la Ville de Montréal.

Le spectacle clôture la saison 1970 des spectacles de Terre des Hommes. En tout, près de 6 millions de personnes auront foulé le sol des îles durant l’été 1970.

1971

En 1971, la Ville de Montréal souhaite présenter deux fois plus de spectacles que pour l’année précédente. Cette fois, c’est André Morin, réalisateur à la télévision de Radio-Canada, qui est choisi comme producteur des spectacles de Terre des Hommes. Les concerts auront lieu tous les jours, à la Place des Nations et au Kiosque international (île Sainte-Hélène), ainsi qu’au Théâtre du Canada, au Théâtre de la lagune et au Kiosque du Canada (île Notre-Dame). Si l’accès général au site de Terre des Hommes est gratuit, les visiteurs doivent le plus souvent payer un droit d’entrée pour assister aux spectacles (les prix vont de 50c à 2$) et pour visiter les Pavillons (de 25c à 1$). On souhaite toutefois maintenir au plus bas le prix des concerts, afin d’encourager leur accessibilité pour tous.

Programmation 71, Jim Bruce, Montreal Star, 5 juin 1971. VM166-D23555-1-A. AVM.

Programmation 71, Jim Bruce, Montreal Star, 5 juin 1971. VM166-D23555-1-A. AVM.

Comme ses prédécesseurs, André Morin souhaite que tous les genres musicaux soient représentés à Terre des Hommes : opéra, comédie musicale, western, jazz, rock underground, chanson, musique pop ou humour seront notamment au programme. « Avant même que le programme de la saison ne soit arrêté, je puis dire que tous les genres de spectacles auront droit de cité à Terre des Hommes pendant la saison 1971. (…) Terre des Hommes est une entreprise publique et tout le monde doit en avoir pour son argent » (Mars 1971). Cette année, le site sera ouvert du 11 juin au 6 septembre, de 11h à 2h30am.

André Morin contacte notamment les productions Donald K. Donald afin de s’assurer de la participation de certains groupes rock. S’il est trop tard pour inviter de grosses pointures à la Led Zeppelin, Terre des Hommes ne désespère pas d’attirer des artistes de « calibre international ». Les groupes rock doivent surtout être présentés les vendredi soirs à la Place des Nations, au coût de 2$ par personne. Le samedi est réservé aux chanteurs populaires.

Plan des scènes. - 5 juin 1971. The Gazette. VM166-D23555-1-A. Archives de la Ville de Montréal.

Plan des scènes. – 5 juin 1971. The Gazette. VM166-D23555-1-A. Archives de la Ville de Montréal.

Les vedettes locales de la chanson se produisent quant à elles au Kiosque international, du jeudi au dimanche. Ce même Kiosque accueille les musiciens jazz les mardis et mercredis soirs. Du côté du Théâtre du Canada, on présente des concerts de musique classique les lundis soirs et les autres-après-midis de semaine, le tout organisé par le Centre d’art d’Orford des Jeunesses musicales. Au Théâtre de la Lagune, on offre des concerts de musique lyrique les soirs de fin de semaine (et un opéra-rock amateur en semaine). Enfin, le Kiosque du Canada accueille des groupes amateurs de musique pop, des chorales ou des troupes de folklore.

Calendrier préliminaire. - 2 juin 1971. VM166-D23555-1-A. Archives de la Ville de Montréal.

Calendrier préliminaire. – 2 juin 1971. VM166-D23555-1-A. Archives de la Ville de Montréal.

Début juin, on dévoile les « têtes d’affiches » : Jerry Lewis, Tino Rossi, Charles Trenet, Léo Ferré, Robert Charlebois (qui annulera finalement son spectacle), Paul Anka, Mahalia Jackson, Emerson Lake & Palmer, The Allman Brothers Band, Gilles Vigneault, Charlie Byrd, Dizzie Gillepsie, Mountain, Richie Havens et Black Sabbath sont du nombre. Les cachets les plus élevés dépassent les 10 000$ (avec par exemple Mountain, Richie Havens, Tino Rossi, Paul Anka ou Jerry Lewis). Suivent des groupes comme Emerson Lake & Palmer (7 000$), le Paul Butterfield blues band (4 000$), les Byrds (6 500$), Procol Harum (7 000$) et Black Sabbath (7 500$). Les artistes de chez nous perçoivent des cachets oscillant le lus souvent autour de 3 240$ (Renée Claude, Michel Louvain, Claude Valade, Michèle Richard, Claude Blanchard, Claude Landré).

Ti-Blanc Richard (père de Michèle ) à la Place des Nations. – 12 Juin 1971. VM94-TDH71-277-001. AVM.

Ti-Blanc Richard (père de Michèle ) à la Place des Nations. – 12 Juin 1971. VM94-TDH71-277-001. AVM.

Les débuts de la saison 1971 sont difficiles, alors que le public n’est pas toujours au rendez-vous. De nombreux artistes doivent affronter un parterre presque vide. Le 12 juin, le Festival western attire à peine 318 spectateurs à la Place des Nations. Marcel Martel ou Ti-Blanc Richard affrontent la situation avec bonne volonté : « on n’est pas gros ce soir mais on va avoir du plaisir, ok mesdames messieurs ? » (La Presse 14 juin 1971). Il faut dire que le service de publicité de Terre des Hommes a été mis sur pied à la toute dernière minute. Bon nombre d’artistes locaux se plaignent du peu de promotion que les responsables leur accordent. Tex Lecor se produit devant une cinquantaine de spectateurs lors de son premier concert. L’humoriste Claude Landré vit un sort similaire (167 personnes le vendredi, 533 le samedi et 336 le dimanche).

Concert western à la Place des Nations : le chanteur québécois Marcel Martel. – 12 Juin 1971. VM94-TDH71-277-008. Archives de la Ville de Montréal.

Concert western à la Place des Nations : le chanteur québécois Marcel Martel. – 12 Juin 1971. VM94-TDH71-277-008. Archives de la Ville de Montréal.

Claude Landré, au Kiosque international. – Juin 1971. VM94-TDH71-260-002. AVM.

Claude Landré, au Kiosque international. – Juin 1971. VM94-TDH71-260-002. AVM.

Claude Landré sort d’ailleurs de ses gonds à cette occasion et déclare : « C’est tout simplement révoltant la façon dont ont traite les artistes qui acceptent d’aller présenter des spectacles (…) Au service de presse, on s’est contenté de faire parvenir aux journaux un communiqué laconique, à diffuser un horaire par l’agence d’information Telbec et à publier quelques annonces avec nos photographies de la grandeur d’un timbre-poste. (…) Comment espère-t-on attirer le public ainsi ? » (Dernière heure, 4 juillet 1971). Le service des relations publiques reconnait le problème et fait passer le budget de publicité de 50 000 à 150 000$. On se défend par ailleurs en expliquant que la Ville n’a officiellement mandaté ce service ad hoc que trois semaines avant l’ouverture de Terre des Hommes, alors qu’il aurait fallu des mois pour se préparer adéquatement.

Mylon Lefevre à la Place des Nations. – 1971. Photo de M. Hansen. VM94-TDH71-258-007. Archives de la Ville de Montréal.

Mylon Lefevre à la Place des Nations. – 1971. Photo de M. Hansen. VM94-TDH71-258-007. Archives de la Ville de Montréal.

Même le spectacle de la célèbre vedette américaine Jerry Lewis n’attire que 8 000 personnes. C’est bien peu par rapport aux 25 000 spectateurs qui viennent écouter les rockeurs américains de Mountain le 18 juin. Le groupe mené par Leslie West et Felix Pappalardi joue pour l’occasion ses classiques comme Mississippi Queen ou Open your heart. En première partie, on retrouve Mylon Lefevre (un protégé de Pappalardi) avec son groupe Holy smoke, qui compte parmi ses membres deux Montréalais (Marty Symon à la batterie et J.P. Lauzon à la guitare). Le maire Jean Drapeau est de passage sur le site et s’abstient de toute grimace, malgré son aversion connue pour la musique rock (la Gazette 21 juin 1971)

Richie Havens à la Place des Nations. – 11 juin 1971. Photo de M. Hansen. VM94-TDH71-216-021. Archives de la Ville de Montréal.

Richie Havens à la Place des Nations. – 11 juin 1971. Photo de M. Hansen. VM94-TDH71-216-021. Archives de la Ville de Montréal.

L’heure semble en effet au rock pour les plus jeunes. Ils sont généralement au rendez-vous les vendredis soirs sur la Place des Nations. Plusieurs passent par-dessus les clôtures ou les font carrément sauter afin d’entrer gratuitement. Terre des Hommes doit régulièrement faire appel à plus de cent policiers et agents de sécurité par spectacles. Le concert de Richie Havens attire une foule massive, entraînant des débordements de ce type. En première partie, Crowbar, de Toronto, qui offre une prestation rock énergique « qui fait danser la foule ». Havens peine par contre à briller sur scène. Le journaliste Juan Rodriguez le décrit même comme l’un des chanteurs « les plus ennuyeux et prétentieux de la scène actuelle » (Montreal Star, 14 juin 1971)

Le critique se montre également mitigé face au jazz de Lee Gagnon. Le 15 juin, ce dernier réussit pourtant à attirer une foule petite mais très enthousiaste au Kiosque international. Évoquant une performance « plaisante mais convenue », Rodriguez semble par ailleurs en quête de territoires inconnus puisqu’il qualifie également la prestation de Charlie Byrd de « prévisible, bien que réussie sur le plan technique ».

Lee Gagnon au Kiosque international. – 15 juin 1971. VM94-TDH71-252-010. AVM.

Lee Gagnon au Kiosque international. – 15 juin 1971. VM94-TDH71-252-010. AVM.

Affiche pour le concert de Herbie Hancock et de Neilson Simon. - 29 et 30 juin 1971. P067-2-D046-077. AVM.

Affiche pour le concert de Hancock et Simon. – 29 et 30 juin 1971. P067-2-D046-077. AVM.

La venue de Herbie Hancock au Kiosque international ne passe pas inaperçue. Accompagné de son sextuor (Billy Hart à la batterie, Buster Williams à la basse, Eddie Henderson à la trompette, Bennie Maupin au saxophone et Julian Priester au trombone), il enthousiasme la foule avec son approche électrique, différente de ses premières contributions piano aux enregistrements de Miles Davis dans les années 1960. En première partie, le trio formé de Neilson Simon (guitare), de Charlie Biddle (bassiste) et de Normand Villeneuve (batterie) est également accueilli à bras ouverts. Ces brillants jazzmen montréalais présentent le set qu’ils font habituellement à la Bohême, six soirs par semaine, et qui inclut des pièces comme Summertime ou Listen here.

Le Neilson Simon trio en concert au Kiosque international (première partie de Herbie Hancock). Les Montréalais d'adoption Neilson Simon (guitare) et Charles Biddles (contrebasse). - Juin 1971. Photo de M. Hansen. VM94-TDH71-297-007. Archives de la Ville de Montréal.

Le Neilson Simon trio en concert au Kiosque international (première partie de Herbie Hancock). Les Montréalais d’adoption Neilson Simon (guitare) et Charles Biddles (contrebasse). – Juin 1971. Photo de M. Hansen. VM94-TDH71-297-007. Archives de la Ville de Montréal.

Affiche pour le Festival Pop. 1971. P067-2-D046-085. AVM.

Affiche pour le Festival Pop. 1971. P067-2-D046-085. AVM.

Dans le domaine de la musique rock de chez nous, le grand événement est sans contredit le Festival Pop, qui accueille Mashmakan, l’Infonie, Mahogany Rush, Hill, Expédition, Stein, Necessity et Cheeque. Le tout dure 12 heures et commence à midi, le 30 juin 1971. Petit retour sur la programmation détaillée, tel que décrite dans la Presse de l’époque :

Midi à 13h – Stein : « le groupe le plus populaire de la Vieille Capitale ». L’ensemble comprend Richard Bruneau, Danny Jobidon (guitare) et Raynald Gagnon.

13h à 14h – Incubus : « pour leur coordination extraordinaire et la qualité de leur musique ». Le groupe inclut Léo England (batterie), Michel Phaneuf (claviers), André Deguire (guitare et voix) et Luc Giroux (basse).

14h à 15h – Ô Canabis : « on les dit graves et on juge leur son tight. L’excellent musicien Maurice Richard, qui a longtemps travaillé avec Robert Charlebois fait partie du groupe ».

15h à 16h – Necessity : « un son expérimental qui se gagnera bon nombre d’admirateurs ».

16h à 17h – Expédition : « Ils ont participé à tous les spectacles présentés dans les CEGEP et les polyvalentes. Un nouveau membre vient de se joindre au groupe, un organiste de génie qui sera la primeur de ce concert ». Le groupe est composé de Gilles Hamel (piano), Jean Millaire (guitare, futur membre de Corbeau), Jocelyn Lapierre (batterie), Pierre Bourdon (chant) et Richard Desaulniers (basse).

17h à 18h – Mahogany Rush : « Plusieurs connaisseurs voient en eux le son qui remplacera un jour celui du regretté Jimi Hendrix ». Le groupe comprend Jimmy Ayoub (batterie), Paul Harwood (basse) et Frank Marino (guitare et voix).

19h à 20h – Cheeque (avec des membres d’April Wine) : « Ils préfèrent le bon vieux R&B ». Le groupe inclut Brian Greenway (guitare), Gerry Wright (lead vocal), Lorne Nehring (batterie), Marc Fleur (guitare), Steve Lang (basse) et André (orgue).

20h à 21h – Wizard : « le plus heavy de tous les groupes montréalais ».

21h à 22h – Mashmakan : « un groupe montréalais qui jouit présentement d’une grande popularité en Amérique et au Japon et dont le second microsillon est en voie de fracsser tous les records de vente.

22h à 23hHill : « de tous les groupes montréalais, c’est celui que préfèrent les amateurs de musique underground.

23h à minuitL’Infonie (avec Raoul Duguay et Walter Boudreau) : « ils ont accepté l’idée de ce festival « ben l’fun » avant leur séparation définitive. Après TDH, chacun des membres du groupe volera de ses propres ailes.

Stein.1971. VM94-TDH71-181-014. AVM.
Incubus. 1971. VM94-TDH71-185-006. AVM.
Ô Canabis. 1971. VM94-TDH71-183-002. AVM.
Expédition. 1971. VM94-TDH71-189-002. AVM
Cheeque. 1971. VM94-TDH71-193-001. AVM.
Wizard. 1971. VM94-TDH71-190-005. AVM.

Mahogany Rush à Terre des Hommes,. 1971. VM94-TDH71-182-009. Archives de la Ville de Montréal.

Mahogany Rush à Terre des Hommes,. 1971. VM94-TDH71-182-009. Archives de la Ville de Montréal.

Terre des Hommes souhaite éviter un « flop » du type « Festival pop de Manseau ». La promotion est soutenue : « pour la première fois au Québec, les amateurs de musique pop pourront vivre une expérience unique et découvrir « chez eux » des groupes qui n’ont rien à envier à leurs voisins américains ». Le coût d’admission est de 1.50$. Au final, l’événement est un succès alors que plus de 25 000 personnes franchissent les tourniquets de la Place des Nations. Le tout se déroule dans « une atmosphère de détente et de joie de vivre » (Journal de Montréal, 2 juillet 1971). Le maire Drapeau lui-même se présente sur place, sans escorte, pour observer le déroulement du festival. Il se déclare satisfait devant « cette mer de jeunes qui s’amusent fermement mais dans le calme ». La chaleur est intense (35 degrés celsius) et le 12 heures de festival se transforme en véritable course d’endurance. En après-midi, les jeunes plongent spontanément dans les bassins pour se rafraîchir.

Festival Pop à la Place des Nations. – 30 juin 1971. VM94-TDH71-287-053. Archives de la Ville de Montréal.

Festival Pop à la Place des Nations. – 30 juin 1971. VM94-TDH71-287-053. Archives de la Ville de Montréal.

http://archivesdemontreal.com/documents/2021/06/VM94-TDH71-287-017-130x129.jpg" alt="Stein sur scène. 30 juin 1971. VM94-TDH71-287-017.

Voir en ligne : http://archivesdemontreal.com/2021/...