Toussaint Bellemare ou « la nuit tous les chats sont gris »

, par noreply@blogger.com (Le Flâneur)

C'est le troisième article de suite que je publie sur la noyade de John Head. Celui-ci porte sur Toussaint Bellemare qui a plongé dans l'eau froide de la rivière pour ramener le noyé sur la rive. Il est devenu une célébrité sur le Saint-Maurice. Grand chasseur, nageur et guide de canots, un personnage que l'on ne devine pas en consultant les registres et les recensements.

Le récit de Gérin

Dans Deux voyages sur le Saint-Maurice, publié en 1889, Napoléon Caron racontait que M. Toussaint Bellemare avait repêché le corps du fils du gouverneur général Lord Edmund Head, noyé dans la rivière Saint-Maurice près de la chute de Grand-Mère. Il tenait cette information d'un autre récit de voyage sur le Saint-Maurice publié en 1872 par E. Gérin dans La Revue Canadienne : 

« À deux lieues au-dessus des Piles nous souhaitons le bonjour, en passant, à Toussaint Bellemare. Toussaint Bellemare est une des célébrités du St. Maurice. Il n'a pas de supérieur comme chasseur, comme nageur ou comme guide de canots. C'est lui qui retira de l'eau le corps du fils du Gouverneur Head lorsque cet infortuné jeune homme se noya à la Grand-Mère. Un sauvage était parvenu à trouver du bout d'une perche l'endroit où il gisait au fond de la rivière, mais c'est Bellemare qui, plongeant hardiment, rapporta sur le rivage le fils du représentant de notre souveraine.
Cette famille de Bellemare est presque toute employée dans le St. Maurice. On en retrouve quelques-uns à la Rivière-au-Rat ; d'autres sont employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
 »


La nuit tous les chats sont gris

Ce cas illustre bien les limites de la recherche généalogique basée sur l'examen des registres paroissiaux et des recensements. Ces sources ne nous disent rien sur la personnalité des gens. Il faut trouver d'autres documents pour mettre un peu de chair autour de l'os, mais ces autres sources sont rarement disponibles.


Ce que l'on sait de Toussaint Bellemare

Toussaint Bellemare est né à Trois-Rivières en 1813. Il n'était donc plus un jeune homme lorsqu'il a plongé dans le Saint-Maurice pour repêcher le corps de John Walker Head en 1859. Il a épousé Françoise Saint-Laurent le 17 janvier 1839 à Trois-Rivières. À son mariage, il était dit journalier, fils de Pierre Bellemare journalier et de Marguerite Doucet.

Toussaint Bellemare et sa famille ont remonté la rivière Saint-Maurice en suivant les progrès de la colonisation. Au recensement de 1852, le couple et ses cinq enfants résidaient au fief Saint-Étienne situé au nord de Trois-Rivières. Ils y étaient encore en avril 1860, mais n'ont pas été recensés à l'été 1861.

Vers 1870, on les retrouve en un lieu-dit « la Pêche sur le Saint-Maurice ». C'est probablement à cet endroit que Gérin les a visités, deux lieues (environ dix kilomètre) au dessus des Piles. L'étiquette Sur le Saint-Maurice signifiait probablement qu'il n'y avait par d'autre route que la rivière pour s'y rendre.

Ils vivaient donc en un endroit isolé. Tellement isolé qu'il n'a pas été visité par les recenseurs, non seulement en 1861 mais aussi en 1871.

Lors de ses funérailles le 13 juillet 1876 à Sainte-Flore, paroisse voisine des Piles, l'officiant a noté dans le registre que Toussaint était mort à la Pêche, Rivière Saint-Maurice à l'âge d'environ soixante et onze ans.


Il est donc décédé, non pas alors qu'il pêchait sur le Saint-Maurice comme certains l'ont cru, mais plutôt dans un lieu-dit nommé La Pêche sur le Saint-Maurice. En novembre 1870, Toussaint Bellemare a présenté une pétition au parlement de Québec. J'ignore le sujet de cette pétition, mais le recueil des Journaux de l'Assemblée nationale (volume 4) indique aussi que Bellemare était de l'endroit appelé "La Pêche" sur la rivière Saint-Maurice.

Voir en ligne : http://www.lecarnetduflaneur.com/20...