Un parc pour 1 million de dollars ?

, par Instantanés

Niché au cœur de l’île, le parc du Mont-Royal est sans conteste un maillon fort de l’identité montréalaise depuis son inauguration, il y a près de 140 ans. Ce lieu bucolique voit le jour en 1876 suite à des expropriations visant à mettre la main sur des terrains convoités qui appartiennent pour la plupart à des notables montréalais. Le volumineux dossier de la Cour Supérieure relatif à l’expropriation en 1872 d’un des terrains de Stanley Clark Bagg, le principal propriétaire terrien de l’île juste après les Sulpiciens, illustre l’importance de l’expropriation comme levier du développement urbain.

Ordonnance d'expropriation à l'endroit de Stanley Clark Bagg, 1872. BAnQ Vieux-Montréal, Fonds Cour Supérieure (TP11,S2,SS2,SSS42).

Ordonnance d’expropriation à l’endroit de Stanley Clark Bagg, 1872. BAnQ Vieux-Montréal, Fonds Cour Supérieure (TP11,S2,SS2,SSS42).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le terrain contesté forme un espace rectiligne au pied de la montagne et aux limites de la ville, à cheval entre Montréal et le village de Saint-Jean-Baptiste. Il s’étend jusqu’à l’actuelle avenue du Mont-Royal, évoluant de part et d’autre du tracé de la future avenue du Parc. C’est en quelque sorte un terrain vague fréquenté par du bétail paissant en toute quiétude et des citadins curieux par les courses de chevaux organisées au Fletcher Field (aujourd’hui le parc Jeanne-Mance).

L’enjeu crucial de l’opération d’expropriation est évidemment les compensations financières versées aux propriétaires. Les commissaires pour le parc engagent à grands frais le célèbre paysagiste américain Frederick Law Olmsted pour réaliser l’aménagement du parc et des dizaines d’expropriations doivent être effectuées pour des terrains souvent très vastes. Plusieurs propriétaires de terrains expropriés, dont Stanley C. Bagg, contestent en cour la valeur accordée à leurs terrains. À terme, la Ville a dépensé plus de 1 000 000 $ pour acquérir les terrains en 1876. D’ailleurs, le coût exorbitant de ces contestations judiciaires force Olmsted à retourner à la table à dessin et revoir son aménagement en ne tenant plus compte de certains terrains trop litigieux à obtenir. Stanley C. Bagg et sa femme Catharine Mitcheson reçoivent finalement 69 498$ en or. Quelques mois avant son décès, Bagg déclare qu’il aurait pu empocher encore plus si son souhait initial, lotir le terrain et le rattacher au réseau de rues avoisinantes, avait pu se matérialiser.

Ces documents judiciaires relatent la bataille entre l’entité municipale, solennellement prénommée « Le Maire, les Échevins et les Citoyens de la Cité de Montréal » et les experts que Bagg convoque pour attester de cette sous-évaluation. Pas moins de 28 témoins se présentent à la barre ; ils ont pour la plupart examiné in situ le terrain et font référence à leur connaissance du marché immobilier montréalais afin d’échafauder une valeur approximative à la propriété. Des avocats, des ingénieurs, des hommes d’affaires francophones et anglophones, des fonctionnaires provinciaux et municipaux, viennent faire une déposition témoignant de leur implication, à différents niveaux certes, dans la vie socio-économique de la métropole.

Plan du terrain de Stanley C. Bagg avant l'expropriation, 1872. BAnQ Vieux-Montréal, Fonds Cour Supérieure (TP11,S2,SS2,SSS42).

Plan du terrain de Stanley C. Bagg avant l’expropriation, 1872. BAnQ Vieux-Montréal, Fonds Cour Supérieure (TP11,S2,SS2,SSS42).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emplacement du terrain en 1881, quelques années après l’inauguration du parc. Notons la projection du tracé de la rue Bleury qui ne se concrétisera que 2 ans plus tard. Atlas of the City of Montreal, 1881.  BAnQ Rosemont-La Petite-Patrie.

Emplacement du terrain en 1881, quelques années après l’inauguration du parc. Notons la projection du tracé de la rue Bleury qui ne se concrétisera que 2 ans plus tard. Atlas of the City of Montreal, 1881. BAnQ Rosemont-La Petite-Patrie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le dossier d’expropriation de Bagg (TP11,S2,SS2,SSS42, nos 777 et 1597) ainsi que les autres expropriations dans le cadre du parc du Mont-Royal, notamment celles d’Hugh Allan (no 819/1886) et Pierre-Étienne Picault (no 488/1888) peuvent être consultés à BAnQ Vieux-Montréal. Un dossier de plans d’aménagement du parc du Mont-Royal s’ajoute aux ressources disponibles.

Hyacinthe Munger, agent de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

Cet article Un parc pour 1 million de dollars ? est apparu en premier sur Instantanés.

Voir en ligne : http://blogues.banq.qc.ca/instantan...