Un virage américain ? : l’acculturation disciplinaire des premiers diplômés de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval

Jules Racine St-Jacques
Entre 1941 et 1944, les frontières européennes étant fermées par la guerre, quatre des diplômés les plus prometteurs de l’École des sciences sociales, politiques et économiques de l’Université Laval sont envoyés aux États-Unis pour parfaire leur formation. Dans l’histoire de l’institutionnalisation des sciences sociales québécoises, ce moment américain est souvent perçu comme un point d’incurvation de la trajectoire disciplinaire qui conduit de la normativité religieuse à la rationalité scientifique. Dans sa forme la plus radicale, ce schéma interprétatif a pu conduire l’historiographie à croire que la dimension catholique de l’enseignement des sciences sociales lavalloises n’avait été qu’une stratégie d’intégration de la discipline dans le champ universitaire, stratégie progressivement abandonnée à partir du retour des premiers diplômés de leur voyage aux États-Unis. En mettant au jour l’effort d’acculturation disciplinaire de ces étudiants pendant leurs séjours, l’analyse de leur correspondance avec le père Georges-Henri Lévesque, directeur de l’École, illustre bien l’esprit ambivalent, à la fois scientifique et chrétien, dans lequel le père Lévesque a fondé son école et érigé sa faculté. Renforçant les constats déjà posés par Jean-Philippe Warren, elle montre ainsi que, si les sciences sociales lavalloises ont pu représenter une menace pour les autorités religieuses par leur potentiel critique inhérent, elles se sont néanmoins développées avec la religion, et non contre elle.

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