Visite du premier ministre Robert Borden en Grande-Bretagne

, par Bilan du Siècle - Université de Sherbrooke

Au Canada, certains journaux reprochent à Borden d’avoir dénoncé la Loi navale de 1910 alors qu’il était dans l’opposition, mais de n’avoir rien fait pour la modifier depuis son arrivée au pouvoir. Pour les nationalistes canadiens-français, Borden est même considéré comme plus impérialiste que l’ex-premier ministre Wilfrid Laurier
. Effectivement, les pressions exercées sur le Canada par les Britanniques convainquent les ministres de Borden du « péril allemand ». Ceux-ci réagiront en adoptant plusieurs mesures d’aide à l’Empire. Cette décision creuse un fossé entre les Conservateurs et les Nationalistes du Québec, leurs alliés lors de l’élection de 1911. Henri Bourassa
déclare à ce sujet : « Il semble absurde que le Canada puisse et doive « sauver » l’Angleterre et la France, préserver la neutralité de la Belgique, anéantir la flotte allemande dans la mer du Nord, tenir l’Autriche et l’Italie en respect dans la Méditerranée, quand il lui reste tant à faire pour mettre sa propre demeure en ordre, et qu’il lui faudrait consacrer des années d’efforts intenses et dépenser des sommes fabuleuses pour compléter sur son propre territoire, les oeuvres essentielles dont l’Angleterre est pourvue depuis des siècles. » Il ajoute que, de toute façon, la contribution canadienne à l’Empire serait négligeable. De plus, selon Bourassa, le vrai péril qui menace le Canada est la pénétration économique, intellectuelle et morale des Américains. Les impérialistes répliqueront à Bourassa que la France est également menacée et que les Canadiens français devraient se porter à son secours en cas de menace. Des campagnes publicitaires seront orchestrées en ce sens. Bourassa protestera contre cette exploitation du sentiment francophile des Canadiens français en écrivant que « ...les Canadiens français ne sont pas plus prêts à se saigner pour la France que pour toute autre nation étrangère. » Selon lui, le développement du Canada doit être la priorité des Canadiens. Questionné sur une éventuelle fédération réunissant des représentants des colonies au sein d’un parlement impérial, Bourassa dit apprécier l’idée, mais la trouve inapplicable. Il n’en parle d’aileurs plus. Or, Borden et ses collègues semblent tentés par cette possibilité, une approche qui risque de consommer la rupture définitive entre Conservateurs et Nationalistes.Au Canada, certains journaux reprochent à Borden d’avoir dénoncé la Loi navale de 1910 alors qu’il était dans l’opposition, mais de n’avoir rien fait pour la modifier depuis son arrivée au pouvoir. Pour les nationalistes canadiens-français, Borden est même considéré comme plus impérialiste que l’ex-premier ministre Wilfrid Laurier
. Effectivement, les pressions exercées sur le Canada par les Britanniques convainquent les ministres de Borden du « péril allemand ». Ceux-ci réagiront en adoptant plusieurs mesures d’aide à l’Empire. Cette décision creuse un fossé entre les Conservateurs et les Nationalistes du Québec, leurs alliés lors de l’élection de 1911. Henri Bourassa
déclare à ce sujet : « Il semble absurde que le Canada puisse et doive « sauver » l’Angleterre et la France, préserver la neutralité de la Belgique, anéantir la flotte allemande dans la mer du Nord, tenir l’Autriche et l’Italie en respect dans la Méditerranée, quand il lui reste tant à faire pour mettre sa propre demeure en ordre, et qu’il lui faudrait consacrer des années d’efforts intenses et dépenser des sommes fabuleuses pour compléter sur son propre territoire, les oeuvres essentielles dont l’Angleterre est pourvue depuis des siècles. » Il ajoute que, de toute façon, la contribution canadienne à l’Empire serait négligeable. De plus, selon Bourassa, le vrai péril qui menace le Canada est la pénétration économique, intellectuelle et morale des Américains. Les impérialistes répliqueront à Bourassa que la France est également menacée et que les Canadiens français devraient se porter à son secours en cas de menace. Des campagnes publicitaires seront orchestrées en ce sens. Bourassa protestera contre cette exploitation du sentiment francophile des Canadiens français en écrivant que « ...les Canadiens français ne sont pas plus prêts à se saigner pour la France que pour toute autre nation étrangère. » Selon lui, le développement du Canada doit être la priorité des Canadiens. Questionné sur une éventuelle fédération réunissant des représentants des colonies au sein d’un parlement impérial, Bourassa dit apprécier l’idée, mais la trouve inapplicable. Il n’en parle d’aileurs plus. Or, Borden et ses collègues semblent tentés par cette possibilité, une approche qui risque de consommer la rupture définitive entre Conservateurs et Nationalistes. Source : Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec : Les écoles du Keewatin, Montréal, Éditions Bernard Valiquette, 1946, p.151-157.

Voir en ligne : http://bilan3.usherbrooke.ca/bilan/...